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SOUVERAINET? ALIMENTAIRE MENAC?E

L’agriculture indienne ? l’?preuve de l’OMC

Roland-Pierre Paringaux

Sunday 29 June 2003, by PARINGAUX*Roland-Pierre

Article paru dans le Monde Diplomatique, septembre 2002.

Dans un discours prononc? le 31 juillet, ? la veille du terme de son mandat, M. Mike Moore, directeur g?n?ral de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) d?clarait : ? Ce qui nous motive le plus, ce sont les ?tres humains au service desquels nous sommes. ? On ne sait si son propos rassurera tant les 900 millions de paysans chinois inquiets des cons?quences de l’entr?e de leur pays, en janvier 2003, dans l’organisation, que leurs homologues de l’Inde. Dans ce pays o? la politique agricole a longtemps ?t? dict?e par des consid?rations li?es ? l’approvisionnement int?rieur et ? l’autosuffisance alimentaire, l’OMC pousse ? l’ouverture accrue des march?s. Avec, pour cons?quence, la destruction d’un secteur confront? aux grands producteurs ?trangers, auxquels l’abaissement des barri?res ouvre un boulevard.

? ICI, c’est trop dur d’?tre paysan. J’ai tout essay?, mais je suis toujours perdant. ? Voil? plusieurs ann?es que ? ?a ne va plus ? pour M. Gangappa, un agriculteur du village de Kalmala, situ? ? une vingtaine de kilom?tres de Raichur, dans l’Etat de Karnataka, au sud de l’Inde. M. Gangappa, 33 ans, une femme et quatre enfants ? nourrir, dispose, pour tout gagne-pain, de 3 hectares de terre plant?s en riz et en piments.

Comme tant d’autres dans ce coin br?lant du plateau du Deccan, il a longtemps cultiv? le coton avec profit. En 1996, pour un investissement de 35 000 roupies (745 dollars), il en avait empoch? 130 000 (2 600 dollars). Tout ?tait alors moins cher. Semences, pesticides, eau, ?lectricit?, carburant et m?me le cr?dit ?taient subventionn?s par l’Etat. Le prix de revient d’un kilo de coton ?tait de 7 roupies, celui du march? de 26 roupies. D?sormais, la situation est invers?e : le co?t de production est de 25 roupies par kilo, le prix du march? de 17. Entre-temps, la filature de Raichur a ferm? ses portes, victime tout ? la fois de sa mauvaise gestion, de la concurrence et de la qualit? du coton local. En 1998, une tentative d’implanter dans la r?gion une vari?t? de coton transg?nique a d?clench? de violentes r?actions (1).

Beaucoup d’agriculteurs se sont donc rabattus sur la culture du riz et des piments. Mais, en 2001, pour un prix de revient moyen de 400 roupies par quintal de paddy, on en proposait 350 sur le march?. Soit, ? qualit? ?gale, moiti? moins qu’en 2000 ! Certains stockent en attendant une remont?e des prix ou une intervention du gouvernement. D’autres, press?s par les cr?anciers, vendent ? perte. M. Gangappa, lui, c?de sa r?colte ? un usurier 10 % au-dessous du tarif sur le march?. En 2001, le prix du piment ?tait ?galement en baisse. Il escomptait un chiffre d’affaires d’environ 80 000 roupies (1 700 dollars) pour un co?t de 90 000 roupies (1 915 dollars) ; une perte de 10 000 roupies (200 dollars) qui le met encore plus ? la merci de l’usurier.

Pour son voisin aussi, M. Yellapa, qui cultivait des plantes ol?agineuses (tournesol et arachide), c’?tait ? mieux avant ? ; en 2000, la baisse des subventions, la concurrence des importations et la hausse de certains co?ts de production ont eu raison de ses choix. En quelques ann?es, raconte ce villageois, le prix de certaines semences vendues par une multinationale indo-am?ricaine a d?cupl?, passant de 25 ? plus de 200 roupies le kilo. ? Sauf pour le riz, explique-t-il, il faut racheter des semences tous les ans, car elles produisent peu la seconde ann?e. ? En 2001, il a investi, lui aussi, dans le riz et les piments en s’endettant lourdement. On retrouve la m?me situation non loin de l?, dans des hameaux bordant un canal d’irrigation. Ici, un gros riziculteur, qui campe sur son stock, d?nonce ? des importations de riz ? bas prix ?. Un autre a laiss? son champ en jach?re. Il se loue ? la journ?e, mais, dit-il, ? cela ne suffit pas pour vivre ?.

Un doigt accusateur

On ?voque un nomm? Satiah, qui n’a pas eu la force de continuer. Coinc? entre la loi du march? et celle de l’usurier, il s’est donn? la mort en avalant des pesticides. Parfois, l’Etat indemnise la famille. L’argent sert alors ? rembourser l’usurier, faute de quoi celui-ci saisit le terrain, et la famille va grossir les bidonvilles.

A quelques milliers de kilom?tres au nord, le Rajasthan, pays des maharajas, des palais et du d?sert, est, lui, ? victime ?, si l’on ose ?crire, d’une bonne r?colte (lire Une d?sastreuse abondance) ! Les organisations paysannes et les mouvements d’opposition pointent un doigt accusateur vers l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et son credo lib?ral. Pour eux, l’accord qui conduit l’Inde ? ouvrir en grand ses fronti?res au commerce international est le premier responsable de la crise que traverse l’agriculture. Et avec elle plus de 700 millions d’Indiens qui vivent tant bien que mal dans les zones rurales.

Ces derni?res ann?es, les opposants au gouvernement de M. Atal Vajpayee et ? sa politique lib?rale ont multipli? les manifestations contre l’OMC, la Banque mondiale et les transnationales occidentales, toutes accus?es de pousser m?caniquement, au nom de la productivit?, ? une agriculture de type industriel qu’ils jugent totalement inadapt?e aux r?alit?s indiennes. Une politique qui, non contente de faire le jeu des pays riches et des g?ants de l’agro-business, conduirait ? la ruine une ?conomie de subsistance permettant jusqu’? pr?sent ? des dizaines de millions de petits paysans et d’ouvriers agricoles de survivre. Avec les drames que cela suppose dans un pays de 1milliard d’habitants. Epouvantail embl?matique, l’OMC n’est pas la seule responsable des difficult?s que conna?t l’agriculture. En janvier 2001, un rapport officiel sur l’application de l’accord OMC dans l’Etat de Karnataka soulignait le manque d’infrastructures, de formation, de technologies, de qualit?, de comp?titivit?, d’?ducation, d’information, etc. (2). Un ?tat des lieux consternant mais pas exceptionnel. Toutefois, les pr?ceptes de l’OMC sont loin d’avoir repr?sent? la panac?e que certains faisaient miroiter aux dirigeants de New Delhi pour mieux les convaincre d’ouvrir leur march?.

C’est en 1994 que l’Inde a adh?r? au cycle de l’Uruguay. L’accord, qui allait donner naissance ? l’OMC, pr?voyait, pour la premi?re fois, de lib?raliser le commerce des produits agricoles en abaissant les tarifs et les barri?res non tarifaires. Trois domaines ?taient vis?s : l’ouverture aux importations, la r?duction des mesures de soutien et l’?limination des subventions ? l’exportation. Comme les autres pays en voie de d?veloppement, l’Inde dispose de temps pour s’adapter. Mais la voie est trac?e.

La loi du march? et son corollaire du ? juste prix ? doivent, en principe, rendre I’agriculture indienne plus comp?titive sur le plan international tout en r?duisant les interventions d’un secteur public pl?thorique et omnipr?sent. Ce serait le meilleur moyen pour dynamiser une activit? qui a certes connu de remarquables succ?s, permettant de passer en quelques d?cennies de la d?pendance ? l’autosuffisance alimentaire et m?me ? l’exportation, mais qui demeure repli?e sur elle-m?me, surprot?g?e, sous-capitalis?e et, au bout du compte, peu comp?titive.

Avec ses petites surfaces (1 hectare en moyenne), ses co?ts de production ?lev?s et ses faibles rendements, l’agriculture est loin des performances de l’industrie et des services, tir?s par le boom de la communication et par une classe moyenne citadine avide de consommation.

Profitant de l’ouverture et d’un avantage comparatif suppos?, l’agriculture devait ?tre la premi?re b?n?ficiaire de l’accord OMC. Or, touch?e de plein fouet par la chute des prix mondiaux, elle s’est enfonc?e dans la crise, et les mesures impos?es par l’OMC constituent souvent un facteur aggravant. Dans les ann?es 1990, la croissance a connu un net ralentissement : ce secteur a pris du retard en mati?re d’infrastructures et de cr?dits ; le foss? avec les revenus urbains s’est encore creus? ; enfin, la pauvret? absolue, qui avait baiss? dans les ann?es 1970-1980, passant de 55 % ? 35 % de la population, s’est mise ? remonter.

Erosion des revenus

Une brochure du minist?re de l’agriculture r?sumait ainsi la situation, en juillet 2000 : ? La croissance agricole a eu tendance ? faiblir dans les ann?es 1990. L’agriculture est devenue une profession comparativement peu rentable en raison de prix g?n?ralement d?favorables et d’une faible valeur ajout?e, ce qui a provoqu? le d?part de cultivateurs et une augmentation de la migration hors des zones rurales. La situation devrait encore ?tre exacerb?e par l’int?gration du commerce agricole dans le syst?me mondial, ? moins que des mesures correctives ne soient prises imm?diatement (3). ? Secr?taire adjoint ? l’agriculture, M. Jain parle d’une ? ?rosion du revenu des agriculteurs de 15 % ? en 2001. Or beaucoup gagnent ? peine l’?quivalent de 1 euro par jour, et la plupart sont endett?s.

En fait, depuis l’accord de 1994, les paysans ont surtout per?u le c?t? n?gatif des choses. Au chapitre des importations, les restrictions ont ?t? lev?es, entre 1999 et 2001, sur plus de 2 700 produits. La derni?re liste a pris effet en avril 2001 avec deux ann?es d’avance sur la date limite. Certains ont voulu voir dans cette h?te un geste en faveur des Etats-Unis pour les inciter ? lever l’embargo sur les transferts de technologies impos? ? l’Inde apr?s ses essais nucl?aires de mai 1998.

Tout cela inqui?te. Le premier grand test en mati?re d’importations, celui des huiles v?g?tales, n’est pas fait pour rassurer. Dans les ann?es qui ont suivi l’adh?sion ? l’OMC, le gouvernement a r?duit les tarifs douaniers sur cette denr?e tr?s demand?e par l’industrie et les particuliers. Le march? indien ?tait alors pratiquement autosuffisant et les cours mondiaux ?lev?s. Mais ceux-ci ont chut? et les producteurs locaux se sont trouv?s doublement d?savantag?s. Devenus trop chers ? l’exportation, ils ont aussi perdu une partie du march? int?rieur. En quelques ann?es, les huiles import?es de Malaisie, d’Indon?sie, des Etats-Unis et du Br?sil ? des prix tr?s bas ont pris environ 40 % du march?. Pour certains, l’affaire a ?t? une b?n?diction. Mais pour des millions d’agriculteurs et pour les industries de transformation locales, elle s’est r?v?l?e catastrophique. Rien qu’au Karnataka, plus de 100 huileries sur 115 ont ferm? leurs portes ces derni?res ann?es (4).

Le gouvernement tente de relativiser la situation. Selon M. Ja?n, ? mis ? part les huiles, il n’y a pas eu ces derni?res ann?es d’importations massives ni d’effets n?gatifs des importations sur l’agriculture ?. Il fait valoir par ailleurs qu’en cas de n?cessit?, le gouvernement dispose, dans le cadre de l’accord OMC, de moyens pour r?tablir les taxes et tarifs sur quelque 800 produits. Mais, comme le fait remarquer M.Nagara, un responsable syndical de la r?gion de Bangalore, le gouvernement ne l’a pas fait, ou si peu, dans le cas des huiles v?g?tales. Comme beaucoup, il craint que cette passivit? ne se renouvelle pour le sucre et les produits laitiers, des secteurs o? l’Inde est autosuffisante, mais la pression ext?rieure forte.

De plus, la lib?ralisation met ? mal le syst?me de subventions, de garantie des prix et d’assistance alimentaire dont a longtemps b?n?fici? une partie importante de la population mais qui est jug? trop complexe et co?teux. Une r?duction des mesures de soutien du secteur public ? la production, au marketing et aux revenus est donc planifi?e. Tout comme le d?mant?lement graduel du PDS, le r?seau national de magasins d’Etat, qui fournit une aide alimentaire ? bas prix ? des dizaines de millions d’Indiens.

Le gouvernement a choisi d’augmenter le prix des c?r?ales fournies par le PDS afin de le rentabiliser. Beaucoup de gens appartenant ? la cat?gorie des BPL (below poverty line : ceux qui vivent sous le seuil de pauvret?, avec moins de 1 dollar par jour) ont alors cess? d’acheter, faute de moyens. D’autres ont trouv? moins cher sur le march?. Dans les deux cas, le syst?me a perdu une partie de sa client?le. Des magasins ont mis la cl? sous la porte. Les subventions ont ?t? r?duites, mais du m?me coup des millions de gens se retrouvent dans une situation encore plus pr?caire.

Pour la premi?re fois depuis longtemps, la consommation alimentaire baisse alors que les stocks de c?r?ales s’amoncellent. ? C’est ? se demander si la vie de millions de gens est prise en compte ou s’ils sont consid?r?s, du point de vue de la productivit?, comme une quantit? n?gligeable ?, remarque le professeur Kamal M. Chenoy, de l’universit? Nehru, ? New Delhi, qui d?nonce ? des politiques impos?es par une minorit? de citadins ? ignorants de la r?alit? des campagnes ou indiff?rents ? leur sort. On ne dira jamais assez la responsabilit? que portent les gouvernements indiens successifs qui n’ont pas su - ou pas voulu- cr?er l’environnement et les infrastructures n?cessaires au d?veloppement d’un secteur dont d?pendent encore pr?s des trois quarts de la population.

L’Etat conserve certes une panoplie de mesures de protection. Mais outre qu’elles p?chent contre l’esprit de l’OMC, elles se r?v?lent souvent co?teuses et difficiles ? appliquer. Ainsi, une vingtaine de produits agricoles sont couverts par un ? prix minimal de soutien ?, mais celui-ci se situe souvent au-dessous du prix du march?, et le gouvernement n’a pas les moyens d’acheter toutes les r?coltes touch?es par la m?vente. ? Les paysans indiens ont ?t? plus affect?s que jamais par la chute des prix mondiaux, et cela malgr? le maintien des prix garantis sur 23 produits agricoles. Car ce syst?me de soutien des prix, qui fonctionnait en circuit ferm? avant l’ouverture du march?, a ?t? frapp? de plein fouet par les prix internationaux ?, explique le professeur d’?conomie Abhijit Sen, ancien pr?sident de la commission des prix agricoles. Il remarque par ailleurs que ces mesures de soutien sont ? tr?s en dessous de ce qui est autoris? par l’OMC ?. ? L’Inde n’est pas en mesure de donner plus de 1 % de son PNB en soutien alors que l’accord OMC autorise jusqu’? 10 % ?, indique de son c?t? M. Ja?n, abordant ainsi le troisi?me volet de l’accord OMC, celui qui concerne l’?limination des subventions ? l’exportation. Press?s par l’OMC de r?duire les aides, les subventions et les barri?res tarifaires, les Indiens constatent am?rement que celles des pays industrialis?s n’en finissent pas d’augmenter, alors que l’acc?s ? leurs march?s reste souvent difficile. Et de citer les chiffres de l’Organisation de coop?ration et de d?veloppement ?conomiques (OCDE), qui se passent de commentaires : 283 milliards de dollars de subventions ? l’agriculture pour les pays membres de l’Organisation en 1999 (dont 114 pour l’Union europ?enne, 54 pour les Etats-Unis et 58 pour le Japon) contre seulement 7 milliards pour l’Inde. Cela repr?sente 65 % du PNB agricole pour le Japon, 49 % pour l’Union europ?enne, 24 % pour les Etats-Unis et 6,5 % pour l’Inde. C?t? barri?res tarifaires, les Indiens, grands producteurs de riz, citent souvent, pour frapper les esprits, la taxe de 2 000 % impos?e par les Japonais au riz ?tranger.

Beaucoup ont alors l’impression de s’?tre laiss? entra?ner dans un syst?me ? deux poids, deux mesures ? qui renforce l’in?galit? commerciale entre les nations au lieu de la corriger. Avec, du c?t? des pays pauvres, une r?duction de subventions parfois vitales, et, du c?t? des pays riches, une augmentation qui leur permet de prendre des march?s via le processus de lib?ralisation - parfois m?me de d?truire l’activit? commerciale l? o? ils s’imposent avec la b?n?diction de l’OMC. D’o? le sentiment d’une injustice profonde.D’un double langage. ? Non seulement les Occidentaux font les r?gles du jeu, mais en plus ils trichent ?, s’emporte un haut fonctionnaire. ? L’OMC, constate plus diplomatiquement M. Ja?n, souffre encore de s?rieuses d?ficiences qui jouent en faveur des pays d?velopp?s. ? Pour ce haut fonctionnaire rompu aux n?gociations, ? si les subventions ?taient supprim?es dans le monde entier, l’agriculture indienne deviendrait comp?titive ?.

De nombreuses voix s’?l?vent, r?guli?rement, pour demander le rejet de l’accord OMC ou, ? tout le moins, la r?vision de ses r?gles. Les uns jugent le bilan n?gatif et l’impact sur la s?curit? alimentaire d?vastateur. L’ancien premier ministre Haradanahalli Dodde Gowda estime l’accord ? impraticable ? compte tenu des r?alit?s indiennes, et notamment du nombre ?lev? des petits paysans marginaux. Le premier ministre du Karnataka, M. Krishna, demande une ren?gociation et une meilleure concertation avec le gouvernement central. Celui-ci, pris entre les restrictions de l’OMC et son obligation d’assistance au monde rural, aimerait bien ren?gocier. ? Nous r?p?tons ? l’OMC qu’on ne peut pas mettre sur le m?me plan l’agriculture des pays d?velopp?s, tourn?e vers les exportations, et celle de l’Inde. Nous avons besoin d’un traitement diff?rent et de dispenses sp?ciales pour prot?ger nos paysans. ?

L’Inde, explique M. Ja?n, tente d’obtenir des mesures de protection plus avantageuses. Elle demande notamment que les pays dont une part importante de la population vit dans la pauvret? absolue puissent prendre des mesures de soutien au secteur agricole afin de relever les d?fis que posent la s?curit? alimentaire, la protection de l’environnement et la pr?servation des emplois ruraux.

Des mesures de survie

Il ne s’agit pas ici de d?cisions induisant une ? distorsion commerciale ? mais de mesures de survie. D’o? la n?cessit? d’une certaine flexibilit? par rapport ? l’approche conventionnelle des r?gles du march?. Aussi les sommes d?pens?es dans ces domaines ne devraient-elles pas ?tre incluses dans les mesures de soutien cumul?es - Aggregate Measures of Support (AMS) - dont la somme, selon l’accord OMC, ne doit pas d?passer 10 % de la valeur totale des produits agricoles dans les pays en d?veloppement et 5 % dans les pays d?velopp?s.

Bref, pas de salut sans une rallonge d’aide au secteur rural. Il y va de la vie de millions de gens. Il y va aussi du maintien dans les campagnes de populations pour lesquelles il n’existe gu?re d’autres perspectives d’emploi et qui, ? terme, menacent le pays d’un exode massif vers les villes. Le probl?me est explosif, et les autorit?s multiplient les mesures pour les fixer l? o? elles sont.

Expert agricole r?put?, M. Swaminathan n’est pas oppos? ? une certaine ? dose d’OMC ?. Il n’en pr?conise pas moins le r?tablissement de restrictions quantitatives aux importations lorsque, ? l’?vidence, celles-ci vont avoir un impact n?gatif, voire dramatique comme ce fut le cas pour les huiles v?g?tales. ? L’emploi et le niveau de vie de la population devraient ?tre les arguments de base de toutes nos n?gociations commerciales (5) ?, poursuit-il, laissant ainsi entendre que cela n’a pas toujours ?t? le cas.

P.S.

(1) En 1998, la culture, dans la r?gion de Raichur, du coton Bt, une vari?t? transg?nique r?sistante aux insectes de la multinationale am?ricaine Monsanto, avait ?t? d?truite par les paysans. Ceux-ci invoquaient le danger de contamination d’un organisme g?n?tiquement modifi? insuffisamment test?. Depuis, des cultures exp?rimentales ont ?t? entreprises dans plusieurs Etats. En 2001, un trafic de semences a permis une r?colte, ill?gale mais substantielle, de coton Bt dans l’Etat du Gujarat.

(2) ? Report on WTO and related issues in agriculture and food ?, gouvernement du Karnataka, janvier 2001.

(3) National Agriculture Policy, minist?re de l’agriculture, New Delhi, juillet 2000.

(4) ? The farming crisis ?, Frontline magazine, Chennai, 2 f?vrier 2001.

(5) ? The farming crisis ?, op. cit.

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