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Les minorit?s indiennes s’alarment de la mont?e de l’extr?misme hindou

Fran?oise Chipaux

Saturday 28 June 2003, by CHIPAUX*Fran?oise

Article paru dans le Monde, ?dition du 28 juin 2003.

A l’occasion des scrutins de l’automne, les nationalistes du BJP esp?rent renouveler leur succ?s acquis, fin 2002, au Gujarat, apr?s une campagne de violences qui a fait pr?s de 2000 morts.

La Fin de l’Inde. Provocateur, le dernier ouvrage de l’?crivain sikh Khushwant Singh tombe ? pic : avant les ?lections g?n?rales de 2004, les scrutins de l’automne dans les Etats du Rajasthan, de Madhya Pradesh, de Chhattisgarh et de Delhi ont raviv? l’activit? des extr?mistes hindous. Ceux-ci esp?rent renouveler, dans ces Etats, leur succ?s au Gujarat, acquis gr?ce ? une campagne de haine et d’intol?rance qui a suivi les ?meutes intercommunautaires dans lesquelles pr?s de 2 000 personnes - dont 90 % de musulmans - ont p?ri.

A 88 ans, Khushwant Singh, auteur prolifique et pol?mique, qui d?die son livre "? tous ceux qui aiment l’Inde", ne craint pas d’?crire que, "loin de devenir grande, l’Inde se livre aux chiens et, ? moins d’un miracle, le pays va se casser. Ce ne sera pas le Pakistan ou n’importe quelle autre puissance ?trang?re qui nous d?truira. Nous nous ferons hara-kiri". Excessifs peut-?tre, les propos de Khushwant Singh se veulent avant tout une sonnette d’alarme contre la mont?e d’un hindouisme militant oppos? ? "la fabrique d?mocratique et la?que de l’Inde".

FUTUR INCERTAIN

Ses proph?ties catastrophistes ne sont pas partag?es par beaucoup, mais l’inqui?tude est r?elle parmi les minorit?s, musulmane (12,2 % du milliard d’Indiens) et chr?tienne (2,3 %), tandis que certains s’interrogent sur un futur qui pourrait devenir incertain. "Les ?lections g?n?rales ? venir sont notre dernier espoir. Si le BJP -Parti du peuple indien, nationalistes hindous- revient au pouvoir seul, avec une large majorit?, ce pays ne restera pas uni pour longtemps", affirme Imtiaz Ahmed, professeur de sciences politiques ? l’universit? Jawaharlal-Nehru. Arriv? au pouvoir en 1998, le BJP gouverne, depuis, l’Inde, avec une coalition si large qu’elle limite ses capacit?s ? appliquer son programme "hindouiste".

Beaucoup d’experts situent le regain de l’hindouisme militant au d?but des ann?es 1990 et ? la procession - Rath Yatra - de l’actuel vice-premier ministre et ministre de l’int?rieur, Lal Krishna Advani, en direction de la mosqu?e d’Ayodhya, revendiqu?e par les extr?mistes hindous comme le lieu de naissance du "dieu" Ram. "Depuis ce moment, l’id?e de nationalisme hindou est pr?sente dans les discours publics et politiques", observe le professeur Balveer Arora, recteur de l’universit? Jawaharlal-Nehru. "Avant, on parlait de pauvret?, de justice, de solidarit? sociale, mais, maintenant, on parle de la fiert? d’?tre hindou, de la menace musulmane", regrette-t-il.

Le plus grave probl?me d?battu r?cemment au Madhya Pradesh, un Etat pauvre de pr?s de 100 millions d’habitants, ?tait, par exemple, de savoir si le g?teau d’anniversaire offert au dieu-singe Hanuman par la candidate du BJP aux ?lections,Uma Bharti, contenait des oeufs ou non (l’affront serait s?rieux pour une pure v?g?tarienne). Le Parlement f?d?ral s’appr?te ? discuter du vieux probl?me de l’interdiction de l’abattage des vaches, animal sacr? pour les hindous. Le d?bat sur la construction, r?clam?e avec force par les extr?mistes hindous, d’un temple sur l’emplacement de la mosqu?e d?truite ? Ayodhya, en d?cembre 1992, empoisonne encore la vie politique depuis des ann?es. "Le Sangh Parivar -la famille hindoue qui, autour du Corps national des volontaires (RSS), rassemble les diff?rentes branches de l’hindouisme militant- a r?ussi ? changer les mentalit?s. De plus en plus d’Indiens pensent qu’il faut une nation hindoue et qu’il n’y a pas de mal ? cela", dit Imtiaz Ahmed.! Le probl?me est que la nation hindoue d?finie par le RSS exclut ou soumet les non-hindous.

DISCOURS SECTAIRE

"Etre hindou est une nationalit?", affirme ainsi Ram Madhav, porte-parole du RSS. "Inde et hindou sont synonymes", dit-il, avant d’ajouter : "Nous organisons la soci?t? de telle fa?on que les gens sentent qu’ils appartiennent ? une nation, et nation veut dire culture." Depuis son accession au pouvoir, le BJP a pris le contr?le de nombres d’institutions culturelles ou ?ducatives ? travers lesquelles il peut faire mieux passer son discours.

La r??criture de l’histoire fait partie de cette campagne visant ? promouvoir "l’hindouit?". "C’est une op?ration ? long terme, un poison qu’on est en train d’introduire dans l’esprit des jeunes", affirme le professeur Balveer Arora. "Le Conseil mondial hindou -VHP- a pris en otage notre h?ritage et met toute la mythologie hindoue au service d’un objectif politique r?ducteur", d?nonce Swami Agnivesh, pr?sident d’Arya Samaj, qui a lanc? un mouvement de "r?veil spirituel" pour attirer l’attention des hindous sur les d?rapages accomplis en leur nom. "Le VHP et ses alli?s ne peuvent ?tre contr?s que par les hindous", dit-il, avant d’ajouter : "Nous ne permettrons pas que le Rajasthan devienne un autre Gujarat."

Au fil des ans, des s?ries t?l?vis?es consacr?es ? la mythologie hindoue, des campagnes pour l’exaltation des symboles de l’hindouisme (comme la distribution des tridents), des revendications douteuses mais qui, ? force d’?tre r?p?t?es, prennent l’allure de v?rit?s historiques, la soci?t? indienne est devenue plus r?ceptive ? un discours sectaire.

"Il y a cinquante ans, 70 % de l’administration ?taient pro-peuple ; aujourd’hui, la tendance est invers?e et elle est ? 70 % pour la pr?servation de l’ordre social brahmanique, c’est-?-dire le maintien du syst?me des castes qui assure sa supr?matie", note ainsi Louis Prakash, directeur de l’Institut social indien. Pour lui, le RSS ne vise pas que les minorit?s, mais tout ce qui peut menacer "l’ordre ?tabli".

EFFETS D?SASTREUX

Cette analyse est partag?e par le maulana Asad Madani, pr?sident du Jamiat Ulama-i-Hind, la plus importante organisation musulmane, qui contr?le un large r?seau de madrasas (?coles coraniques). "Toutes les minorit?s, qui constituent 85 % de la population, doivent s’unir pour combattre ce mouvement -extr?miste hindou-", dit-il. "Nous avons besoin d’un nouveau parti politique, mais pas d’un parti pour les seuls musulmans", ajoute-t-il.

"La meilleure chose qui soit pour l’instant est qu’aucun chef fondamentaliste musulman ne parle avec le m?me venin" (que le VHP et ses alli?s), reconna?t Swami Agnivesh. Mais pour combien de temps ? Les provocations des extr?mistes hindous ne resteront sans doute pas toujours impunies. "Les musulmans croient encore au r?le la?que d’une partie des dirigeants politiques", note Shamsul Islam, professeur de sciences politiques ? l’universit? Delhi, qui ajoute : "L’hindutva -hindouisme militant- va rester et, plus ses h?rauts perdent, plus ils seront violents. Ce qui est inqui?tant, c’est qu’avec le soutien dont ils disposent ils pourraient devenir un Etat dans l’Etat."

Les extr?mistes hindous ne repr?sentent sans doute pas aujourd’hui une menace politique dans la mesure o? ils ne peuvent pas prendre le pouvoir, mais leurs actions risquent bien d’alt?rer ? terme le caract?re pluriel de l’Inde avec les effets d?sastreux que cela peut avoir sur un ensemble multireligieux et multiethnique.

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