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CHRONIQUE DE L’AUTRE BOMBAY

Chaque jour, des milliers de migrants ?lisent domicile dans la rue

Erich Inciyan

Tuesday 20 January 2004

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du mardi 20 janvier 2003.

Bombay de notre envoy? sp?cial

Shawn a 9 ans. Plus tard, il veut "?tre commando". Pour l’heure, il commande un soda, ne tient pas en place et fait des grimaces. Sa m?re, Meena, n’a pas dormi de la nuit. "Je l’ai cherch? partout. C’est un fugitif", dit-elle. Que faisait-il ? "Je me baladais avec mes copains", esquive le gar?onnet. Tous deux vivent depuis six ans dans la rue, pr?s de l’?glise Gloria, dans le quartier de Byculla (sud de Bombay), un secteur connu pour sa prostitution end?mique.

Leur morceau de trottoir est plac? sous la protection d’une affichette de Ganesh, le dieu ?l?phant. Leurs affaires tiennent dans deux bo?tes en bois, ficel?es ? un poteau. Leur linge s?che sur un grillage. Assise ? la table d’un bar voisin, Meena, 31 ans, raconte son histoire. Apr?s onze ans de vie commune et la naissance de deux enfants, son mari l’a abandonn?e. Il appartient ? une famille zoroastrienne relativement riche qui l’a "rejet?e", explique cette femme issue d’une basse caste hindoue. Depuis, Meena et ses enfants survivent, comme des millions d’habitants de Bombay dormant sur les trottoirs ou dans les bidonvilles.

De temps en temps, elle travaille "comme coiffeuse ou manucure". Elle ne mange pas tous les jours ? sa faim. Sous son aisselle, elle cache un porte-monnaie. Meena en sort une dizaine de petites pierres polies : " Une pour le foie, une pour le sang, une pour le c?ur..." Gr?ce au P?re Placido Fonseca, la fille a?n?e de Meena va ? l’?cole et Shawn devrait bient?t suivre le m?me chemin. Avec d’autres pr?tres de l’association Snehasadan, ce j?suite indien s’occupe depuis trente ans des enfants des rues de Bombay. "Ils sont environ cent mille", estime-t-il.

Des gamins vivent avec leurs parents, d’autres sont seuls. Ailleurs dans Byculla, le religieux tapote sur la t?te d’enfants en bas ?ge, sur des trottoirs occup?s par des immigr?s du Bengale. On voit passer les p?res de famille avec d’?normes paniers charg?s de fruits ou de l?gumes. "Ces gens viennent surtout des campagnes, comme la plupart des migrants indiens attir?s par Bombay. Ils gagnent dix fois plus que dans leurs villages", explique le j?suite.

La capitale ?conomique de l’Inde compte une population d’environ 17 millions d’habitants, dont la moiti? vivrait dans des bidonvilles ou dans les rues. Ils sont laveurs de taxis, porteurs, employ?s d’h?tels ou trieurs de d?tritus. A la gare de Churchgate, qui draine 600 000 employ?s par jour vers le quartier des affaires, on distingue sans mal les migrants, avec leurs balluchons et leur air perdu. Au commissariat de la gare, l’inspecteur S.G. Wavhal indique que "la police n’a pas de politique pour emp?cher les migrants de venir. La loi garantit la libert? d’aller et venir, de travailler n’importe o? en Inde".

Le policier estime de "10 000 ? 15 000" le nombre de migrants d?barquant ? Bombay chaque jour. Si les chiffres sont controvers?s, c’est notamment parce qu’un parti de l’extr?me droite nationaliste hindoue, le Shiv Sena, contr?le la municipalit? depuis 1995, tandis que l’Etat du Maharashtra (dont Bombay est la capitale) est aux mains du parti du Congr?s (partisan de la "la?cit?" ? l’indienne). Le Shiv Sena privil?gie les hindous originaires de l’Etat. Alli? au Parti du peuple indien (nationaliste hindou) qui dirige le gouvernement f?d?ral, le mouvement a cependant d? composer. "Bombay continuera d’attirer les hommes d’affaires et les plus pauvres des pauvres", assure le P?re Placido.

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