Debating India
Home page > Public directory > Social and Economical Issues > Il n’existe pas de libre-?change

Forum social mondial

Il n’existe pas de libre-?change

Pierre PRAKASH

Friday 16 January 2004, by PRAKASH*Pierre

Article paru dans Lib?ration, ?dition en ligne du vendredi 16 janvier 2004.

Shrirang P. Shukla Ancien ambassadeur indien au Gatt (General Agreement on Tariffs and Trade), l’anc?tre de l’OMC, est aujourd’hui dirigeant de la Campagne du peuple indien contre l’OMC, une plate-forme qui regroupe plus de 200 organisations.

Pourquoi luttez-vous contre la mondialisation dont vous ?tiez un des promoteurs?

Quand j’?tais ambassadeur de l’Inde au Gatt, de 1984 ? 1989, mon r?le principal ?tait de r?sister au lancement du cycle dit de l’Uruguay Round, et plus particuli?rement ? l’introduction de ?nouveaux sujets? de n?gociation. A l’?poque, comme aujourd’hui d’ailleurs, les pays riches exigeaient des pays comme l’Inde qu’ils acceptent de lib?raliser leurs services, leurs investissements ou encore qu’ils se plient aux r?gles de la propri?t? intellectuelle telles qu’elles sont con?ues dans les pays industrialis?s. En f?vrier 1989, le gouvernement m’a d?barqu? de mon poste. Deux mois plus tard, il acceptait que ces questions figurent ? l’agenda des n?gociations d’un nouveau round commercial. J’ai r?alis? que nous entrions dans une logique o? la marchandisation du monde serait de plus en plus dominante. Ce que j’avais combattu pendant cinq ans.

Mais l’Inde, dont la croissance fr?le les 8 %, ne b?n?ficie-t-elle pas du libre-?change ?

Il n’existe pas de libre-?change pur dans le monde. Tout ce qui existe, c’est plus ou moins d’ouverture ?conomique. Prenons l’exemple de l’agriculture : l’Inde a-t-elle b?n?fici? du fait d’avoir ouvert ce march? ? Depuis avril 2001, et sous la pression des Etats-Unis, le gouvernement indien a accept? de r?duire tous les quotas sur les importations agricoles. Cette int?gration ? l’agriculture mondiale s’est faite au pire moment puisque les cours mondiaux des denr?es agricoles sont depuis quelques ann?es aussi d?pr?ci?s qu’ils l’avaient ?t? ? la veille de la crise de 1929. R?sultat : dans un pays o? 70 % de la population d?pend de l’agriculture, les paysans sont incapables de payer leurs dettes, et se suicident par centaines. Avant, l’Etat assurait une stabilit? des prix, toutefois, ce syst?me a ?t? aboli au nom de l’ouverture ?conomique. Aujourd’hui, les paysans sont totalement d?pendants d’un march? volatil.

Le gouvernement affirme que l’?conomie ne s’est jamais mieux port?e...

C’est un discours tr?s partiel, qui ne concerne que 8 % ? 10 % du milliard d’Indiens. L’?lite contr?le les m?dias, les lobbies et les principaux partis politiques. Et c’est eux qui ont cr?? ce discours sur les suppos?s avantages apport?s par la mondialisation. A qui profitent les importations de parfums ou de voitures ? A une toute petite minorit? d’Indiens. La grande majorit? n’en voit pas la couleur. Elle souffre de l’augmentation du ch?mage, d’une industrie qui stagne, et d’une agriculture qui perd sa capacit? ? absorber les pressions d?mographiques sur le march? du travail. Quant aux in?galit?s sociales, elles sont tr?s loin de r?gresser...

A cause d’une trop grande ouverture au reste du monde ou de l’absence d’une vraie politique redistributive?

L’absence de politiques redistributives s’explique aussi par l’adoption d’une nouvelle politique ?conomique. Depuis dix ans, et sous la pression du FMI ou de l’OMC, nous avons favoris? l’ouverture ?conomique sur fond d’orthodoxie budg?taire. Au final, la lib?ralisation commerciale n’aide que ceux qui ont des biens et des salaires. Et va contre les autres, l’?crasante majorit? des Indiens. M?me si je consid?re que l’OMC est un symbole des tendances imp?rialistes des pays riches, le fait est que nous y avons des repr?sentants. Les d?cisions qui y sont prises sont valid?es par le gouvernement.

La lib?ralisation de l’?conomie n’a pas stimul? l’initiative priv?e?

C’est ce que veut la th?orie, mais dans la r?alit? indienne c’est une autre histoire. Par exemple, le taux d’investissement n’a pas augment? depuis 1995. Il a m?me chut? ces derni?res ann?es, de 26 % ? 23 % du PIB. Cr?er un r?gime lib?ral ne suffit pas ? stimuler une croissance industrielle. Il faut aussi une demande. Or, les Indiens souffrent justement de quasi absence de pouvoir d’achat. Le revenu annuel moyen est de 478 dollars par personne. Le gouvernement a beau dire que le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvret? a chut? ? 26 % de la population (270 millions de personnes), ?a ne correspond pas ? la r?alit?.

L’Inde profite quand m?me de d?localisations des pays riches...

Combien d’emplois cela repr?sente-t-il ? Quelques centaines de milliers, tout au plus. Une goutte d’eau dans l’oc?an. Et puis ces d?localisations peuvent tr?s bien quitter le pays demain si les avantages en co?ts salariaux de la maind’oeuvre indienne venaient ? dispara?tre. D’ailleurs, la Chine est d?j? sur les rangs.

Donnez-nous une raison de ne pas d?sesp?rer du syst?me...

S’il n’y avait pas de raison, notre vie n’aurait plus de sens. Tant que l’on per?oit l’injustice, l’espoir et l’alternative sont toujours possibles. Bien s?r, le syst?me est dominant, pourtant, quand on regarde l’histoire, on voit qu’aucun syst?me n’a dur? trop longtemps ou partout. Voil? ce qui donne de l’espoir. Les syst?mes sont faits puis d?faits. Il ne faut pas avoir peur.?

SPIP | template | | Site Map | Follow-up of the site's activity RSS 2.0