Debating India
Home page > Public directory > Social and Economical Issues > "Dabba", le petit plat qui court la ville

CHRONIQUE DE L’AUTRE BOMBAY

"Dabba", le petit plat qui court la ville

Erich Inciyan

Thursday 15 January 2004, by INCIYAN*Erich

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du jeudi 15 d?cembre 2004.

D’abord on ne les voit pas, puis on les cherche partout. Sur des chariots, sur des v?los ou sur la t?te de porteurs de cageots. A la sortie de la gare, au bas des gratte-ciel ou, en ?tage, ? l’entr?e des bureaux. Ces bo?tes cylindriques, identiques, avec des codes myst?rieux peints sur le m?tal, sont partout. Chaque midi, dans le quartier d’affaires, elles circulent pour livrer 175 000 repas aux employ?s de la capitale financi?re de l’Inde.

Pas n’importe quel repas : des petits plats pr?par?s chez soi ! Le syst?me des dabba (bo?tes) est unique ? Bombay. "Aujourd’hui, ma m?re m’a pr?par? un curry v?g?tarien avec du riz", dit Nisha, une secr?taire d’Air India, qui vient d’une lointaine banlieue. Tous mangent, ? la m?me heure, des plats diff?rents contenus dans les compartiments superpos?s de leur dabba. Puis chaque bo?te, vide, repart vers la maison o? elle a ?t? pr?par?e.

"Z?RO D?FAUT"

"Il n’y a jamais d’erreur", commente la jeune femme. Selon le Pr C. K. Prahlad, originaire de Bombay et professeur d’?conomie dans le Michigan, il y aurait une erreur sur 1,6 million de transactions ! Ce "z?ro d?faut", qui dure depuis cinquante ans, m?riterait d’?tre ?tudi? dans les ?coles de gestion. La ville et ses banlieues sont divis?es en 200 secteurs, chacun fort de 25 porteurs. Ces derniers vont chercher les plats, vers 10 heures, aux domiciles de leurs clients. Charg?s de dix ? vingt bo?tes, plac?es sur des cageots, ils se rendent ? la gare la plus proche.

A chaque gare, des dabba montent et descendent du train. Une m?me bo?te peut changer plusieurs fois de mains avant d’arriver ? destination. Le mouvement est r?gl? par les codes peints sur les cylindres, qui indiquent la maison et la station de d?part, ainsi que la gare et le bureau d’arriv?e.

L’une des plus importantes entreprises du secteur est une coop?rative cr??e par des femmes, Lijjat, qui compte plus de 40 000 employ?s. Le profit n’est pas la priorit? de ce collectif quasiment autog?r?, o? les dirigeants sont ?lus par la base. Au client, le service est factur? 150 roupies par mois (3 euros). Un livreur gagne 3 250 roupies mensuelles (65 euros), plus les pourboires des destinataires de dabba.

A l’origine, le service a ?t? con?u pour les castes sup?rieures, qui croient ne pas pouvoir consommer une nourriture pr?par?e par des mains inconnues ou de castes inf?rieures. "Traditionnellement, les cuisiniers ?taient toujours des brahmanes, et la ma?tresse de maison ne laissait entrer personne d’autre dans sa cuisine", commente Rashmi Poddar, une historienne de l’universit? de Bombay. "Tout ?a, c’est du pass?. Moi, du moment que c’est hygi?nique, je n’ai pas de probl?me id?ologique. Les dabba me font gagner du temps et de l’argent", assure Nisha, la secr?taire. "Le code alimentaire n’est plus aussi strict. Dans mon foyer, le cuisinier est toujours brahmane, mais la cuisine est ouverte ? tous", compl?te l’universitaire.

SPIP | template | | Site Map | Follow-up of the site's activity RSS 2.0