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PAKISTAN

L’attentat contre Pervez Moucharraf souligne la fragilit? du Pakistan

Fran?oise Chipaux

Friday 26 December 2003, by CHIPAUX*Fran?oise

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du 26 d?cembre 2003.

Le pr?sident pakistanais a ?chapp? de justesse, jeudi, ? une attaque terroriste qui a fait quatorze morts. C’est la deuxi?me en moins de deux semaines. Les commanditaires auraient pu b?n?ficier de complicit?s au sein de l’arm?e, de la police ou des services secrets.

Kaboul de notre correspondante en Asie du Sud

Pour la deuxi?me fois en moins de quinze jours, le pr?sident pakistanais, le g?n?ral Pervez Moucharraf, a ?chapp?, jeudi 25 d?cembre, ? un attentat. Cette fois, l’attaque a ?t? op?r?e par un commando- suicide de deux hommes qui ont fait chacun exploser leur voiture au passage du convoi pr?sidentiel.

Selon le ministre de l’information, Cheikh Rachid Ahmed, une premi?re voiture est sortie d’une station-essence pour se jeter sur l’avant du convoi ; une seconde a fait de m?me depuis une autre station pour toucher l’arri?re du cort?ge. Quatorze personnes, dont trois policiers et un soldat, ont ?t? tu?es, et quarante-six autres bless?es, sans compter les deux commandos. La plupart des victimes sont des passants. Toujours selon Cheikh Rachid, le pare-brise arri?re de la voiture du pr?sident a ?t? endommag?, mais le v?hicule blind? a pu poursuivre sa route.

Quelques heures apr?s, dans un entretien ? la t?l?vision d’Etat, le pr?sident est apparu calme. "J’?tais l’objectif", a-t-il affirm? en rejetant la responsabilit? sur "des extr?mistes tromp?s", tout en ajoutant :"Nous devons les combattre et nettoyer le pays de ces extr?mistes. Ce sont des l?ches, mais ma d?termination est ferme et j’ai totale foi en Dieu."

L’attentat a eu lieu dans l’une des rues principales de Rawalpindi, ? 12 h 40, alors que le pr?sident rentrait chez lui en venant d’Islamabad. C’est ? peu pr?s au m?me endroit que, le 14 d?cembre, des explosifs plac?s sous un pont avaient saut? apr?s le passage de la voiture du pr?sident. "Le convoi venait juste de passer et l’explosion s’est produite environ une demi-minute plus tard", a rappel? un t?moin du premier attentat, Nasir Sidiqi, jeudi ? la t?l?vision priv?e pakistanaise Geo.

Th??tre des deux attentats, la ville de Rawalpindi, qui jouxte Islamabad, est le si?ge de l’?tat-major de l’arm?e. La cit? est th?oriquement une zone de tr?s haute s?curit? et ces deux incidents, ? onze jours d’intervalle, am?nent certains analystes pakistanais ? s’interroger sur d’?ventuelles complicit?s au sein de l’arm?e ou de la police.

Le pr?sident Moucharraf ?volue dans des conditions de haute s?curit?. Lors de ses d?placements, des convois-leurres partent en m?me temps que le sien, la circulation est interdite et le pr?sident est accompagn? de soldats lourdement arm?s. Par ailleurs, pour No?l, la s?curit? avait ?t? renforc?e dans le pays afin de prot?ger la petite communaut? chr?tienne, cible de plusieurs actions meurtri?res depuis le 11 septembre 2001.

"UNE D?FAILLANCE"

Ce nouvel attentat d?montre "une d?faillance" de la s?curit? pr?sidentielle, a admis le ministre de l’information. Il illustre aussi la d?termination des commanditaires ? assassiner le pr?sident. Dans une premi?re tentative, en avril 2002 ? Karachi, le d?tonateur ? distance, cens? faire sauter une voiture bourr?e d’explosifs le long du parcours pr?sidentiel, n’avait pas fonctionn?. Le 14 d?cembre, selon des sources officielles, le pr?sident aurait ?t? sauv? par le syst?me de brouillage ?lectronique plac? sur sa voiture, qui aurait retard? l’explosion de quelques minutes. Cette fois, dans un mode op?ratoire peu commun au Pakistan, ce sont deux hommes qui ont jet? leurs voitures sur le convoi.

Depuis que le g?n?ral Moucharraf a d?cid? de rallier le Pakistan ? la politique am?ricaine de lutte antiterroriste, il s’est attir? beaucoup d’ennemis. A deux reprises d?j?, dans des cassettes authentifi?es, Ayman al-Zawahri, un Egyptien consid?r? comme le num?ro deux du r?seau terroriste Al-Qaida, a appel? au renversement du pr?sident. "Moucharraf est celui qui a rendu l’Am?rique capable de mettre fin ? l’?mirat islamique d’Afghanistan. Le sang de ces innocents coule des mains, des poches et des comptes secrets de Moucharraf", d?clarait-il au mois de septembre. Le dirigeant appelait les musulmans pakistanais "? s’unir et coop?rer pour renverser le tra?tre et installer une autorit? croyante au Pakistan qui d?fendrait l’islam et les fid?les". Islamabad avait r?agi en affirmant, par la voix du porte-parole du minist?re des affaires ?trang?res, Masood Khan, que "le Pakistan fait partie de la guerre antiterroriste et qu’il continuera, en d?pit des menaces".

A deux semaines du sommet des pays de l’Asie du Sud, convoqu? ? Islamabad et auquel participera le premier ministre indien, les regards se tournent vers les groupes de gu?rilla au Cachemire. Ces derniers ont r?cemment protest? violemment contre des d?clarations de M. Moucharraf, laissant entendre que le Pakistan pourrait envisager d’appuyer les r?solutions de l’ONU qui recommandent l’organisation d’un r?f?rendum au Cachemire, afin de permettre aux Cachemiris de choisir entre l’Inde et le Pakistan. Les r?cents gestes d’ouverture vis-?-vis de l’Inde ont ?t? interpr?t?s par ces groupes comme une trahison de leur cause.

Autres suspects possibles, les groupes "sectaires" (chiites contre sunnites) que le pr?sident a bannis et qui ont toujours fait preuve d’une extr?me violence. Les responsables de l’attentat pourraient ?tre issus d’un croisement de ces tendances, qui coop?rent depuis longtemps et se sont rapproch?s depuis le 11 septembre 2001.

P.S.

Vers un sommet r?gional risqu? ? Islamabad

Les deux attentats commis en onze jours dans une zone de haute s?curit? de Rawalpindi (? 15 km d’Islamabad) contre le pr?sident pakistanais inqui?tent au plus haut point les participants au prochain sommet des pays d’Asie du Sud, qui doit se tenir du 4 au 6 janvier dans la capitale pakistanaise. Si les services de s?curit? pakistanais ne peuvent pas assurer la s?curit? de leur pr?sident, quelles garanties peuvent avoir les repr?sentants de l’Inde, du N?pal, du Bangladesh, du Bhoutan, du Sri Lanka et des Maldives ? Ce sommet marquera surtout la premi?re visite du premier ministre indien, Atal Bihari Vajpayee, dans la capitale pakistanaise. M. Vajpayee s’?tait rendu en f?vrier 1999 ? Lahore, mais sans visiter alors Islamabad. Ce sommet de l’Association des pays d’Asie du Sud pour la coop?ration r?gionale (SAARC), qui aurait d? avoir lieu en janvier 2003, avait ?t? report? en raison de la tr?s haute tension r?gnant alors entre l’Inde et le Pakistan, ainsi que face au refus de New Delhi de confirmer la pr?sence de M. Vajpayee. - (Corresp.)

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