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Des risques ?lev?s de confrontation

Praveen Swami

Thursday 13 June 2002, by SWAMI*Praveen

Article Frontline paru dans le Courrier International, n?606, ?dition du 13 juin 2002.

Le d?ploiement de forces importantes le long de la fronti?re n’a pas permis ? l’Inde d’emp?cher les infiltrations de terroristes. L’heure est ? la d?tente, mais tout incident pourrait d?boucher sur une nouvelle escalade militaire avec le Pakistan.

DE JAMMU

Depuis l’attaque du Parlement indien par un commando suicide, le 13 d?cembre dernier, la politique antiterroriste de New Delhi est ax?e sur le principe d’une offensive militaire conventionnelle. Les autorit?s ont d?ploy? des troupes suppl?mentaires au Jammu-et-Cachemire afin de mieux contr?ler la fronti?re et d’emp?cher les infiltrations [d’islamistes arm?s]. Mais cette politique n’a gu?re eu d’effets. Avec le massacre de Kaluchak, qui a fait 35 morts le 14 mai [un commando a attaqu? un autocar civil, puis un camp militaire dans un village situ? ? 15 kilom?tres au sud de Jammu], les groupes terroristes ont affich? leur capacit? ? poursuivre leurs actions. Dans la r?gion de Jammu, les effectifs des unit?s sp?ciales ont ?t? r?duits ? partir du mois de d?cembre, offrant aux terroristes une libert? d’action inhabituelle dans les montagnes.

Il est int?ressant de noter que le Lashkar-e-Taiba (LeT) n’a pas vraiment pris la peine de dissimuler le fait qu’il ?tait ? l’origine du massacre de Kaluchak, bien que celui-ci ait ?t? revendiqu? aupr?s d’une agence de presse de Srinagar [capitale, avec Jammu, de l’Etat du Jammu-et-Cachemire] par une organisation inconnue du nom d’Al Mansoorian. Son porte-parole - qui utilisait le pseudonyme d’Abou Oussama - ?tait d?j? connu pour avoir parl? au nom du LeT. Le mouvement sait que les services de renseignements indiens ?coutent les appels venus du Pakistan ? destination du Jammu-et-Cachemire, et comptait probablement faire passer le message ainsi. Ni le LeT, ni le gouvernement, ni les m?dias pakistanais n’ont r?fut? les rapports des services indiens, qui pr?cisent que le commando suicide de Kaluchak ?tait compos? de ressortissants pakistanais. Toujours d’apr?s les services de renseignements, le LeT attribue d?sormais des appellations diff?rentes ? chaque cellule en fonction de sa cible. Les membres de l’?quipe d’assassins abattus ? New Delhi le 10 mai, par exemple, utilisaient le nom de Tariq ibn-Ziyad, conqu?rant m?di?val de l’Espagne. Auparavant, le LeT fonctionnait en quatre mujma, ou groupes, d?sign?s en hommage aux califes du proph?te Mahomet. Les pressions qu’exerce Washington sur le Pakistan afin d’emp?cher une escalade portent certes leurs fruits, comme l’a montr? l’arrestation du chef du LeT, Hafiz Mohammed Saeed, ? la suite du massacre de Kaluchak. Mais il est int?ressant de noter que Saeed a ?t? arr?t? pour s?dition, et non pour l’attaque terroriste. Et que les camps du LeT et d’autres groupes fonctionnent toujours sans difficult? dans la partie pakistanaise du Cachemire. Ces activit?s sont seulement un peu plus discr?tes. Les strat?ges indiens ont aujourd’hui d’autres soucis. Six mois de d?ploiement le long de la fronti?re ont ?puis? les troupes. Bien que l’arm?e fasse tout son possible pour rendre leur cantonnement supportable, les soldats ont des conditions de vie rudimentaires. D’autant qu’ils doivent d?sormais supporter la chaleur ?crasante de l’?t?.

Les unit?s blind?es signalent par ailleurs un taux relativement ?lev? de probl?mes de moteur li?s ? la chaleur, qui affectent notamment les chars l?gers T-70, ?l?ments essentiels du dispositif offensif de l’arm?e de terre. Pour compl?ter le tableau, les militaires n’avaient pas pr?vu les difficult?s que conna?t le chasseur multir?les Mig 21, b?te de somme de l’aviation indienne. Les forces arm?es pakistanaises rencontrent elles aussi ce genre de probl?mes climatiques. Mais nombre de sp?cialistes consid?rent qu’il y a peu de chances qu’un engagement terrestre massif puisse tourner ? l’avantage de l’Inde. Ce qui laisse ouverte l’option d’affrontements limit?s, comme des frappes a?riennes ou de missiles sur les camps terroristes. Mais le risque de voir ces op?rations limit?es d?g?n?rer en guerre ? grande ?chelle n’est pas ? n?gliger.

Quand le d?ploiement a d?but?, les militaires indiens pensaient qu’ils b?n?ficiaient du soutien de Washington, dans la mesure o? les Etats-Unis faisaient ouvertement pression sur le Pakistan afin que ce dernier apaise les tensions au Cachemire. C’?tait sans doute vrai ? l’?poque, mais il semble ?vident que Washington a ensuite fait marche arri?re. D?s le mois de mars, les responsables am?ricains ont commenc? ? affirmer que les infiltrations de terroristes ? la fronti?re avaient diminu?, alors que toutes les informations donn?es par les services indiens montraient, de fa?on v?rifiable, que la violence s’?tait encore accrue au Jammu-et-Cachemire.

Il est pour l’instant difficile de d?terminer quelle est la ligne adopt?e par le gouvernement indien. En fait, certains indices tendraient ? prouver qu’il n’a pas de v?ritable politique sur la question et qu’il r?agit au jour le jour. Au-del? de l’actuelle baisse des tensions [le gouvernement indien a reconnu, le 10 juin, que le Pakistan avait pris des mesures effectives pour arr?ter les infiltrations de terroristes et a rouvert son espace a?rien aux avions pakistanais], le risque d’une guerre ? grande ?chelle reste extr?mement important. Toute intervention indienne - m?me limit?e - de l’autre c?t? de la Ligne de contr?le ne pourrait que provoquer des repr?sailles massives de la part du Pakistan. Islamabad ne manquerait pas de brandir la menace nucl?aire, avec ou sans l’intention d’aller jusqu’au bout. Car les Pakistanais sont persuad?s qu’ils peuvent marquer des points en for?ant la communaut? internationale ? intervenir [ce que New Delhi a toujours refus?].

Une guerre d?clench?e par l’Inde pourrait donc se r?v?ler ind?cise sur le plan militaire et d?sastreuse sur le plan diplomatique. Mais New Delhi doit parvenir ? convaincre le Pakistan de renoncer r?ellement ? sa politique d’aide aux terroristes. Sinon, le Cachemire va devoir se pr?parer ? un nouvel ?t? sanglant.

P.S.

SCISSION : Certains chefs de guerre croient au dialogue.

Le Hizbul Moudjahidin (HM), la seule milice arm?e v?ritablement cachemirie, vit une importante scission, ce qui pourrait favoriser une solution politique du probl?me du Cachemire, rapporte le bimensuel Frontline, de Madras. Abdul Majid Dar, l’un de ses dirigeants, qui jouissait d’un large soutien au sein de l’organisation, en a ?t? exclu le 3 mai dernier pour avoir entretenu des contacts avec les services secrets indiens. Le d?saccord entre Abdul Majid Dar, jusque-l? charg? de diriger toutes les op?rations militaires de l’HM, et Syed Salahuddin, le commandant supr?me du mouvement, avait ?clat? il y a pr?s de deux ans, quand Dar avait annonc? un cessez-le-feu unilat?ral face ? l’Inde. Cette tr?ve, fruit d’une n?gociation entre les autorit?s indiennes et certains militants cachemiris oppos?s ? l’intervention des djihadis ?trangers, avait ?t? rejet?e ? l’?poque par Salahuddin, ferme partisan de l’int?gration du Jammu-et-Cachemire dans le Pakistan. La violence a donc rapidement repris de plus belle. La guerre des deux factions s’est poursuivie. En ao?t 2001, Farooq Sheikh Mirchal, un commandant proche de Dar qui ?tait charg? des op?rations dans le nord du Cachemire, a ?t? assassin?. Quelques mois plus tard, Salahuddin a limog? deux autres commandants fid?les ? Dar : Khurshid Zargar, charg? du Sud, et Zafar ul-Fatah, charg? de la partie centrale du Cachemire. En mars 2002, le vieux politicien cachemiri Abdul Ghani Lone a publiquement pris position, ? son tour, en faveur de discussions avec l’Inde. Il allait ?tre assassin? ? la fin du mois de mai. Quant au Jamaat-i-Islami cachemiri, il a abandonn? sa position dure pour annoncer qu’il ne s’opposerait plus ? l’organisation des ?lections r?gionales pr?vues pour septembre prochain. Un article, ?manant apparemment de la faction Dar du HM, paru le 1er mai dans le Greater Kashmir, quotidien du Srinagar, affirmait que "si l’Inde engageait un processus de paix sinc?re, [les auteurs de l’article] renonceraient aux armes afin qu’une solution politique puisse ?tre trouv?e". Deux jours plus tard, Dar, Zargar, Ul Fatah, ainsi que plusieurs autres commandants ont ?t? exclus de l’HM. Quelles seront les cons?quences de cette scission ? D’apr?s le magazine Frontline, la faction de Dar (ainsi que d’autres organisations favorables ? un dialogue avec l’Inde) cherche ? cr?er un nouveau mouvement, favorable au processus ?lectoral. Un tel mouvement risque cependant de se heurter ? deux obstacles : le truquage des r?sultats auquel pourrait se pr?ter la National Conference, parti [musulman pro-indien] actuellement au pouvoir au Jammu-et-Cachemire, et le peu de temps dont dispose le mouvement pour construire une plateforme politique efficace. L’?ventuelle participation de la faction de Dar au scrutin, estime Frontline, constituerait un grand pas vers la paix.

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