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Qui est responsable de ce conflit permanent ?

Luke Harding

Thursday 13 June 2002, by HARDING*Luke

Article The Observer (Londres) paru dans le Courrier International, n?606, ?dition du 13 juin 2002.

Si la politique nationaliste de New Delhi est un facteur aggravant dans l’escalade actuelle, le probl?me du Cachemire remonte en fait ? l’?poque de la d?colonisation.

DE NEW DELHI

Parmi les causes du conflit indo-pakistanais, l’une des plus importantes est sans doute le fait que l’Inde ait cess? d’?tre un Etat la?que - ?volution qui s’est accompagn?e d’un d?clin du Parti du Congr?s, autrefois puissant. Il y a quinze ans, le Bharatiya Janata Parti [BJP, Parti du peuple indien], actuellement au pouvoir ? New Delhi, n’?tait encore qu’une formation marginale, un peu atypique. Il avait peu d’?lecteurs et ne disposait que d’une poign?e de si?ges au Parlement. En moins d’une d?cennie, il allait cependant s’emparer du pouvoir, surfant sur une vague de renouveau hindou d?clench?e par la d?molition d’une mosqu?e du XVIe si?cle par des extr?mistes hindous dans la paisible ville d’Ayodhya, au nord du pays. En mai 1998, Atal Bihari Vajpayee, le Premier ministre, affermit son programme patriotique en effectuant cinq essais nucl?aires dans le d?sert du Rajasthan. Le Pakistan, qui avait acquis la plus grande partie de sa technologie nucl?aire aupr?s de la Chine et de la Cor?e du Nord [ainsi que de la France], ne tarda pas ? r?agir en proc?dant ? ses propres essais. La r?gion devint ainsi une v?ritable poudri?re.

Cela ?tant, le BJP a r?cemment subi une s?rie de revers ?lectoraux dans un certain nombre d’Etats importants, ce qui tendrait ? prouver que l’?lectorat indien commence ? se lasser de cette politique nationaliste agressive. Il y a aussi tout lieu de croire que la vague d’enthousiasme n?e des essais est d?sormais retomb?e. La coalition au pouvoir a de fortes chances de perdre la prochaine ?lection de 2004, m?me si certains estiment que l’unit? suscit?e par la guerre pourrait remettre le BJP en selle.

Au mois de f?vrier, le pays a par ailleurs connu de nouvelles convulsions. Des musulmans de la ville de Godhra, dans l’ouest, ont en effet mis le feu ? un train ramenant des militants hindous d’un p?lerinage ? Ayodhya. Bilan : 58 morts, dont de nombreuses femmes. Au cours des ?meutes de repr?sailles qui suivirent, des hindous du Gujarat massacr?rent et br?l?rent plus de 2 000 musulmans. Or les leaders locaux du BJP, au pouvoir dans cet Etat, ont ?t? accus?s d’avoir encourag?, voire d’avoir organis?, ces massacres. Narendra Modi, le Premier ministre de l’Etat du Gujarat, a donn? des ordres pour que la police n’intervienne pas. Comme dans la com?die hollywoodienne Des hommes d’influence , o? le pr?sident des Etats-Unis d?clare la guerre ? un pays jusqu’alors obscur pour d?tourner l’attention d’un scandale int?rieur, la menace d’une guerre avec le Pakistan a permis d’?clipser des gros titres l’affaire embarrassante du Gujarat.

La situation explosive du sous-continent fait aussi partie de l’h?ritage l?gu? par le colonialisme britannique. Si l’histoire avait suivi un cours un peu diff?rent, le Dr Karan Singh pourrait ?tre ? la t?te d’un vaste royaume. Il doit lui arriver d’y songer. Fils unique du maharadjah du Jammu-et-Cachemire, son destin semblait tout trac?. A la mort de son p?re, il aurait h?rit? d’un royaume tr?s ?tendu, artificiellement cr?? par l’ing?nieuse Grande-Bretagne victorienne. Son influence se serait fait sentir jusqu’? Gilgit, ? l’ombre de l’imposant massif du Karakorum, s’exer?ant sur la fertile vall?e du Cachemire et les hauts plateaux enneig?s du Ladakh, ainsi que sur le Jammu, la patrie de ses anc?tres hindous de la dynastie Dogra. Le diff?rend entre l’Inde et le Pakistan porte sur l’empire disparu et divis? de Singh. "Le Pakistan est all? jusqu’au bord du conflit nucl?aire. Nous allons peut-?tre tous y passer. Et tout cela ? cause de cet attrait mortel pour le Cachemire" , nous a-t-il d?clar? depuis son domicile de New Delhi. "Nous courons ? la catastrophe. Est-ce que ?a en vaut vraiment la peine ? " Singh, qui a ?t? ministre du Parti du Congr?s, aujourd’hui candidat ? la pr?sidence de l’Inde, consid?re les combattants qui traversent la fronti?re vers le Cachemire indien comme n’?tant que la manifestation la plus r?cente d’un conflit qui remonte ? la p?riode troubl?e d’avant l’ind?pendance de 1947.

Le p?re de Singh, souverain hindou d’un royaume ? majorit? musulmane, devait d?cider s’il allait s’int?grer ? l’Inde ou au Pakistan, l’un comme l’autre cr??s de fra?che date. Entour? de laquais, isol? des machinations de New Delhi, Hari Singh h?sitait. Il avait fini par se brouiller avec tout le monde - le Parti du Congr?s de Nehru, la Ligue musulmane de Muhammad Ali Jinnah [fondateur du Pakistan], les Britanniques et m?me avec le puissant leader politique du Cachemire, le cheikh Abdullah. D?j?, les guerriers tribaux du Pakistan commen?aient ? descendre sur Srinagar depuis la route de montagne. Le maharadjah organisa une f?te dans son palais d’?t?, situ? au bord de l’eau, et ordonna ? ses serviteurs d’allumer des milliers de bougies - alors qu’il avait l’ennemi ? sa porte. "Il ?tait parfaitement inconscient de l’imminence du d?sastre", nous a expliqu? Karan Singh. "Je ne crois pas que mon p?re ait bien pris la mesure des forces qui s’?taient lib?r?es avec l’ind?pendance et la partition. L’une des faiblesses du f?odalisme, c’est qu’il vous coupe des r?alit?s."

Le maharadjah, qui avait exig? l’ind?pendance du Cachemire, finit par accepter l’int?gration ? l’Inde. Aux premi?res heures du 26 octobre 1947, il devait fuir Srinagar. Ayant retrouv? son palais dans les plaines du Jammu, apr?s avoir ?chapp? aux guerriers tribaux du Pakistan, Hari Singh eut cette formule rest?e fameuse : "Nous avons perdu le Cachemire." Entre-temps, l’Inde faisait venir par pont a?rien plusieurs bataillons sur Srinagar et stoppait les envahisseurs. Il y eut un cessez-le-feu. Le Pakistan avait obtenu le contr?le du nord du Cachemire, zone lointaine et montagneuse, ainsi que d’une bande occidentale comprenant Muzaffarabad et Mirpur. Le front se stabilisa sous l’appellation officielle de Ligne de contr?le. Plus d’un demi-si?cle plus tard, les troupes indiennes et pakistanaises essaient encore de s’entre-tuer de part et d’autre de cette fronti?re.

P.S.

CONTEXTE

Si le Pakistan est en possession d’armes nucl?aires tactiques, comme le laissent entendre certains sp?cialistes, c’est leur mauvaise utilisation qui repr?sente le plus grand risque, explique Outlook . L’hebdomadaire indien rappelle que les Am?ricains sont particuli?rement inquiets dans la mesure o? ces armes de petite taille pourraient tomber entre les mains de terroristes, notamment des proches d’Al Qaida.

CHRONOLOGIE : Un demi-si?cle de haine

- 1947 Le 15 ao?t, ind?pendance et partition de l’Empire des Indes britannique. Le 27 octobre, le maharadjah du Cachemire, Hari Singh, qui souhaite l’ind?pendance de son royaume, demande l’aide de l’Inde face ? un soul?vement de Pachtounes venus du nord et d’une partie de la population musulmane locale. L’Inde envoie des troupes en ?change du rattachement du Cachemire ? l’Union indienne. La premi?re guerre indo-pakistanaise ?clate.

- 1949 Le 1er janvier, les hostilit?s cessent sous l’?gide des Nations unies. Le Cachemire est divis? suivant la ligne de cessez-le-feu (d?nomm?e "Ligne de contr?le") : 63 % du territoire (partie est) devient l’Etat indien du Jammu-et-Cachemire, le reste - l’Azad Kashmir ("Cachemire libre") et les Territoires du Nord - passant sous le contr?le du Pakistan. L’ONU recommande la tenue d’un r?f?rendum au Jammu-et-Cachemire, ce que New Delhi a toujours refus?.

- 1965 Deuxi?me guerre du Cachemire. La m?diation des Sovi?tiques aboutit ? un cessez-le-feu.

- 1971 Nouvelles hostilit?s provoqu?es par l’ind?pendance du Pakistan oriental (devenu le Bangladesh), soutenue par l’Inde.

- 1972 New Delhi et Islamabad signent l’accord de Simla, stipulant que les deux pays r?gleront seuls les contentieux. 1990 Des s?paratistes de tendances islamistes, soutenus par le Pakistan, engagent une lutte arm?e contre l’Inde au Jammu-et-Cachemire.

- 1998 En mars, victoire ?lectorale des nationalistes hindous en Inde. En mai, les deux fr?res ennemis proc?dent ? plusieurs essais nucl?aires.

- 1999 De mai ? juillet, le conflit de Kargil, au Cachemire indien, fait plus de 1 000 morts des deux c?t?s de la Ligne de contr?le. Le 12 octobre, coup d’Etat du g?n?ral Pervez Musharraf au Pakistan.

- 2001 Le 1er octobre, attentat suicide contre le Parlement du Jammu-et-Cachemire ? Srinagar (38 morts). New Delhi accuse Islamabad de ne pas respecter son engagement de lutter contre le terrorisme, exprim? ? la suite des ?v?nements du 11 septembre. Le 13 d?cembre, attaque suicide contre le Parlement f?d?ral indien ? New Delhi (14 morts). Le 26 d?cembre, Washington ajoute ? sa liste noire deux groupes islamistes bas?s au Pakistan qui sont accus?s par les Indiens d’?tre impliqu?s dans l’attentat de New Delhi (Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammad). Les arm?es des deux pays sont ? nouveau sur le pied de guerre.

- 2002 Le 12 janvier, le pr?sident Musharraf annonce, dans son discours ? la nation, la mise au pas des organisations islamistes actives au Pakistan et l’interdiction de cinq groupes islamistes dont les deux mis en cause par New Delhi. Le 25 janvier, l’Inde teste un missile Agni I de port?e interm?diaire (700 km). Le 14 mai, un commando d’extr?mistes musulmans attaque un bus civil puis un camp de l’arm?e indienne pr?s de Jammu (35 morts). La tension monte fortement. Le 21 mai, Abdul Gani Lone, l’un des dirigeants s?paratistes mod?r?s qui s’opposent aux islamistes, est assassin?. Du 25 au 28 mai, le Pakistan proc?de ? de nouveaux tirs de missiles. D?but juin, Moscou et Washington tentent d’apaiser la tension.

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