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Ni indien, ni pakistanais

Rajiv Chandrasekaran

Thursday 13 June 2002, by CHANDRASEKARAN*Rajiv

Article du Washington Post paru dans le Courrier International, Numero 606, ?dition du 13 juin 2002.

En 1987, Abdul Ahad Waza abandonnait ses ?tudes universitaires dans le Cachemire sous contr?le indien et traversait les cols de montagne pour p?n?trer dans la partie pakistanaise de cette r?gion.

DE SRINAGAR

Avec plusieurs dizaines d’autres jeunes musulmans, il fut alors envoy? dans un camp militaire pakistanais situ? pr?s de la fronti?re afghane. "On nous a appris ? manier les armes et ? fabriquer des bombes, raconte-t-il. Et aussi ? nous battre contre les Indiens. Les Pakistanais ?taient nos amis. Ils voulaient nous aider ? recouvrer la libert?." [Les habitants du Cachemire indien sont majoritairement musulmans.]Mais, aujourd’hui, Waza ne veut plus recourir ? la violence, ni avoir affaire au Pakistan. A l’en croire, ce pays a trahi ses promesses en envoyant des milliers de Pakistanais et d’Afghans participer ? l’insurrection. Des fonctionnaires indiens et des responsables politiques cachemiris soutiennent que les combattants ?trangers, ou djihadis, ont noyaut? le mouvement rebelle autochtone, intensifiant le conflit et pr?nant l’annexion du Cachemire par Islamabad plut?t que l’ind?pendance.

Les combats ont fait plus de 50 000 morts au cours des treize derni?res ann?es, selon des d?fenseurs des droits de l’homme. "Il est temps pour nous d’envisager une solution politique, assure Waza. Mais les djihadis ne l’entendent pas de cette oreille. Ils veulent continuer ? se battre." Les combattants ?trangers ne sont pas favorables ? l’ind?pendance du Cachemire. "Ils veulent que nous fassions partie du Pakistan, commente Waza. Pour nous, il n’en est pas question." Ses objections sont partag?es par de nombreux Cachemiris vivant du c?t? indien de cette r?gion himalayenne divis?e. Mais un tel point de vue n’est gu?re pris en compte par les gouvernements indien et pakistanais, qui d?rivent vers une nouvelle guerre au sujet du Cachemire. L’Inde, qui a accus? les djihadis d’avoir perp?tr? une s?rie d’attentats meurtriers, a menac? d’une escalade des frappes militaires contre les camps d’entra?nement des combattants situ?s au Cachemire pakistanais. De son c?t?, le Pakistan a menac? d’employer la force, laissant planer le spectre d’une guerre totale entre ces deux pays voisins, dot?s l’un comme l’autre de l’arme nucl?aire.

Officiellement, le Pakistan assure n’apporter qu’un soutien moral et politique ? ce qu’il appelle la "lutte pour la libert?" des Cachemiris. Mais, dans la verdoyante vall?e du Cachemire, r?gion aux torrents ?tincelants, aux vergers de pommiers domin?s par les pics de l’Himalaya, tout le monde, semble-t-il, estime que le Pakistan ne fait pas que se livrer ? des manoeuvres diplomatiques et qu’il tente bel et bien d’arracher le territoire ? l’Inde.

Malgr? son ?coeurement vis-?-vis des djihadis, la population locale n’aime gu?re l’Inde, dont les forces de s?curit? ont ?t? accus?es de tortures, d’incarc?rations arbitraires et d’ex?cutions sommaires ? l’encontre des Cachemiris. " Les Indiens ont ?t? sans piti?", ass?ne Abdul Gani Bhat, haut dirigeant de l’All Parties Hurriyat Conference (APHC), une alliance r?unissant les groupes s?paratistes cachemiris. Waza, qui a aujourd’hui 37 ans, a pass? treize des vingt-deux derni?res ann?es dans les prisons indiennes. Il raconte qu’il est devenu rebelle parce que la police indienne l’emp?chait, comme d’autres ?tudiants, de s’engager en faveur de l’ind?pendance. En 1998, lorsqu’il est rentr? au Cachemire indien, il a int?gr? un nouveau groupe ind?pendantiste, le Front de lib?ration du Jammu-et-Cachemire (JKLF), qui tente de transformer le mouvement pour l’ind?pendance en un soul?vement rebelle. En juillet de la m?me ann?e, Waza a pris part ? l’un des premiers attentats ? la bombe dirig?s contre le gouvernement indien. Au d?but des ann?es 90, l’Inde avait presque ?cras? l’insurrection cachemirie naissante. Pour soutenir le mouvement rebelle, les combattants ?trangers [y compris des hommes proches d’Al Qaida, venus dans la r?gion ? la fin de la guerre d’Afghanistan contre l’occupation sovi?tique] ont commenc? ? s’infiltrer au-del? de la ligne de contr?le qui divise le Cachemire. Dans un premier temps, la population locale les a accueillis ? bras ouverts. Mais, devant l’aggravation de la violence et le recours grandissant des djihadis aux attentats suicides, des hommes comme Waza se sont mis ? troquer leurs fusils contre des m?gaphones.

L’animosit? envers les combattants ?trangers a ?t? encore accrue par la volont? de ces derniers d’imposer des usages islamiques rigides ? une population cachemirie en grande partie mod?r?e [la plupart des Cachemiris indiens sont des soufis]. Les djihadis ont notamment essay?, sans grand succ?s, d’obliger les femmes ? porter la burqa et ? rester clo?tr?es chez elles. "Nous n’avons pas la m?me culture, ni le m?me syst?me de valeurs", explique N.A. Baba, directeur du d?partement de sciences politiques ? l’Universit? du Cachemire. "Leur islam d’inspiration talibane n’a pas sa place ici."

Parmi les principales personnalit?s appelant les djihadis ? partir, il y eut Abdul Gani Lone, leader de la Hurriyat Conference, assassin? le 21 mai dernier ? Srinagar, capitale d’?t? du Cachemire indien. "Les Cachemiris sont pris entre deux feux, note M. Baba. Ils n’aiment aucun de leurs voisins." Et d’ajouter que, si le Pakistan et l’Inde entrent en guerre, le peuple cachemiri sera le premier perdant.

P.S.

CONTEXTE

D’apr?s un sondage effectu? en avril dernier, avant la reprise des combats, par l’institut britannique Mori, 92 % des personnes vivant dans l’Etat indien du Jammu-et -Cachemire refusent le statu quo, c’est -?-dire la partition du Cachemire sur des bases ethniques ou religieuses ; 850 personnes de diverses religions ont ?t? interrog?es dans 55 lieux diff?rents ; 61 % des personnes interrog?es pr?f?reraient conserver la nationalit? indienne, 6 % d?sireraient obtenir la nationalit? pakistanaise, et 33 % ne se prononcent pas.

GU?RILLAS

Des milliers de combattants arm?s

La vall?e du Cachemire compte plusieurs milliers de combattants s?paratistes, auxquels font face plus de 100 000 membres des diverses forces de s?curit? indiennes, selon des sources indiennes, quatre fois plus selon d’autres sources. Les groupes arm?s les plus importants sont bas?s non loin de Srinagar et sont favorables au rattachement du Cachemire au Pakistan. L’Inde accuse le Pakistan d’avoir introduit des Afghans dans les mouvements arm?s du Cachemire et de leur fournir des armes. Tous les groupes auraient des fusils d’assaut AK-47 et AK-56, des fusils-mitrailleurs et des mines terrestres. Certains disposeraient d’?quipements pour la vision de nuit et de moyens de communication modernes. Islamabad affirme cependant ne leur fournir qu’un soutien politique et diplomatique.

Le Front de lib?ration du Jammu-et-Cachemire fut l’un des groupes les plus actifs au d?but de la r?bellion arm?e, mais sa vigueur militaire semble avoir quelque peu faibli.

Le Hizbul Moudjahidin est principalement compos? de Cachemiris (voir encadr? p. 32) .

Le Lashkar-e-Taiba est form? principalement de combattants non cachemiris, partisans d’un islam fondamentaliste.

Le Harkat-ul-Moudjahidin ?mane de dissidents des deux premi?res factions et serait compos? - selon des sources militaires britanniques - d’Afghans, de Pakistanais et m?me d’Arabes.

Le Jaish-e-Mohammad (Arm?e de Mahomet) est apparu r?cemment au Pakistan ; il est dirig? par un religieux, le maulana Masood Azhar, lib?r? de prison en d?cembre 2000 en ?change d’otages retenus ? bord d’un avion indien.

L’une des rares organisations ind?pendantistes autoris?es par l’Inde au Jammu-et-Cachemire est la All Parties Hurriyat (Libert?) Conference. Fond?e en 1993, elle regroupe une vingtaine d’organisations s?paratistes non-violentes, essentiellement des partis politiques. Elle compte ?galement en son sein des branches politiques de groupes arm?s.

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