Debating India

INDE

Les firmes boudent Calcutta la rouge

Pierre PRAKASH

Tuesday 28 October 2003, by PRAKASH*Pierre

Article paru dans Lib?ration, ?dition en ligne du mardi 28 octobre 2003.

Bata s’en va: une claque pour le Bengale occidental, qui a pourtant ?dulcor? son id?ologie.

Bata quitte Calcutta, Calcutta est en ?moi. L’annonce, fin septembre, du d?m?nagement partiel des activit?s du c?l?bre fabricant de chaussures a provoqu? la consternation dans la capitale communiste du Bengale occidental. Bata ne relocalise pourtant ? New Delhi que ses activit?s commerciales et marketing, et ne touche pas ? la production. Mais pour une ville qui tente de se d?barrasser de sa r?putation de bastion syndicaliste, la nouvelle est d?sastreuse : dans les esprits, Bata vient en effet de rejoindre la longue liste des entreprises ayant d?sert? depuis le d?but de l’?re communiste. Comme Philips, Dunlop ou la brasserie Shaw Wallace, tous partis pour cause d’exc?s de syndicalisme. ?Chaque d?part est une nouvelle claque, se lamente un repr?sentant du gouvernement, car m?me si une d?localisation ob?it ? des raisons commerciales, au Bengale, c’est tout de suite mis sur le dos du pouvoir communiste. Et maintenant il va falloir ramer pour expliquer aux investisseurs potentiels que le d?part de Bata n’a rien ? voir avec le syndicalisme ou la politique du gouvernement.?

S?questrations. Dirig? depuis vingt-six ans par le Parti communiste indien, le Bengale souffre en effet d’une mauvaise r?putation aupr?s des investisseurs, indiens et ?trangers. Jusqu’? peu, le gouvernement et les syndicats travaillaient main dans la main, au point que les n?gociations salariales se menaient en pr?sence d’un repr?sentant de l’Etat. Les incidents violents n’?taient pas rares, les ouvriers n’h?sitant pas ? s?questrer leurs patrons quand ils ne c?daient pas. Le directeur de Bata, d’ailleurs, avait ?t? malmen? pas ses employ?s il y a quelques ann?es.

De ce fait, l’?re communiste s’est sold?e par la disparition de nombreuses usines, la virulence des syndicats ayant non seulement pouss? certaines au d?part mais aussi emp?ch? toute restructuration de celles qui sont rest?es. R?sultat : cet Etat qui comptait autrefois parmi les plus industrialis?s du pays en raison de l’h?ritage colonial est aujourd’hui un d?sert industriel. Dans le m?me temps, le flux incessant de r?fugi?s d?barquant du Bangladesh voisin est venu gonfler les rangs des ch?meurs. Aujourd’hui, le Bengale n’a donc d’autre choix, pour redresser la barre, que de se faire le plus attrayant possible aupr?s des investisseurs. Un revirement d’autant plus n?cessaire que l’Etat doit faire face ? une concurrence de plus en plus exacerb?e de la part des autres Etats indiens pour attirer les capitaux.

Aujourd’hui, le gouvernement communiste a donc mis son id?ologie prol?tarienne en sourdine pour s’accommoder de l’?conomie de march?. ?C’est une histoire assez semblable ? celle de la Chine, explique un analyste, si ce n’est que le gouvernement est, ici, d?mocratiquement ?lu.? Ceux qui avaient ?t? port?s au pouvoir, dans les ann?es 70, sur un programme ax? sur les r?formes agraires et les droits sociaux n’h?sitent plus ? draguer les investisseurs ?capitalistes?. L’Etat est all? jusqu’? demander les services du cabinet de conseil McKinsey afin d’apprendre comment s?duire les ennemis d’antan.

Subventions. La brochure r?alis?e par la West Bengal Industrial Development Corporation (WBIDC), l’organe public charg? de faire la promotion de l’Etat, est ainsi digne d’une multinationale am?ricaine. On y vante, ? longueur de pages et de CD-Rom, les avantages qu’offre le Bengale aux investisseurs, des exon?rations de taxes aux subventions ? l’?lectricit? en passant par la possibilit? d’obtenir des terrains gratuits, fournis par l’Etat. ?Il y a un ?norme ?cart entre la perception et la r?alit?, se lamente Atri Bhattacharya du WBIDC. Nous souffrons d’une image qui n’est plus d’actualit?.? Depuis le lancement de son op?ration de charme, le Bengale est en effet devenu une destination aussi int?ressante que n’importe quel autre Etat indien. Il attire d’ailleurs en moyenne quelque 400 millions de dollars d’investissements par an et la croissance d?passe les 7 % sur les trois derni?res ann?es.

Informatique. Selon la Conf?d?ration indienne de l’industrie (CII), plus d’une centaine d’entreprises ont par ailleurs ?t? cr??es, ces trois derni?res ann?es, dans le domaine des nouvelles technologies. Comme beaucoup d’Etats indiens, le Bengale compte d’ailleurs sur l’informatique, et plus globalement sur le secteur des services, pour soutenir la croissance ?conomique. ?Nous b?n?ficions dans ce domaine d’une abondance de main-d’oeuvre qualifi?e et, dans ces entreprises-l?, la question du syndicalisme ne se pose pas?, explique Amithab Khosla de la CII. Seul probl?me : cette main-d’oeuvre qualifi?e n’est pas celle qui souffre du ch?mage et n’est, surtout, pas celle qui est la plus ? m?me de reconduire le gouvernement communiste en place.

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