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Ayodhya, prochain rendez-vous des fanatiques

Purnima S. TRIPATHI

Thursday 31 January 2002, by TRIPATHI*Purnima S.

Article Frontline paru dans le Courrier international, n?587, ?dition du 31 janvier 2002.

En 1992, les extr?mistes hindous avaient d?moli la mosqu?e d’Ayodhya. Le 16 f?vrier prochain, ils se rassembleront sur le site pour lancer la construction d’un temple consacr? au dieu Rama.

Le VHP [Vishva Hindu Parishad, Conseil mondial des hindous], qui m?ne une campagne pour la construction d’un temple ? Ayodhya la place d’une mosqu?e que les fanatiques hindous avaient d?truite en d?cembre 1992, a annonc? qu’il projetait de d?buter les travaux ? partir du 12 mars. Pour les responsables de ce parti [ultranationaliste hindou], l’op?ration sera obligatoirement un succ?s. Ils sont en effet convaincus que le pouvoir central, dirig? par le BJP [Bharatiya Janata Party, Parti du peuple indien, ?galement ultranationaliste], n’osera pas faire respecter ses d?cisions [New Delhi veut maintenir le statu quo]. Si la situation d?rape, expliquent-ils, le Premier ministre Atal Bihari Vajpayee devra forc?ment s’aligner sur Rajnath Singh [Premier ministre de l’Uttar Pradesh en 1992, au moment de la destruction de la mosqu?e par les militants hindouistes]. Apr?s avoir refus? de faire usage de la force contre les fid?les du dieu Rama, il devra reconna?tre son incapacit? ? maintenir le statu quo et sera oblig? de pr?senter sa d?mission. Et le temple sera construit, comme pr?vu.

A en croire certains hauts responsables du VHP, l’essentiel du travail pr?paratoire ? l’?rection du temple est achev?. Plusieurs parties du b?timent ont d?j? ?t? fabriqu?es dans des ateliers r?partis dans tout le pays. "Le plus gros du travail a ?t? fait ? Jaipur et Ayodhya. Il reste maintenant ? acheminer les ?l?ments sculpt?s sur le site et ? les mettre en place. Toutes les sculptures pour la structure de base sont termin?es. Le temple pourrait ?tre ?rig? en quelques heures." Une fois que des centaines de milliers de personnes se seront rassembl?es sur le site, expliquent les militants, aucune force au monde ne pourra les emp?cher de faire ce qu’elles veulent. "Au pire", d?clare Acharya Giriraj Kishore, le vice-pr?sident du VHP, "ils ouvriront le feu, mais souvenez-vous, en 1990, un ?norme rassemblement de forces polici?res n’avait pas pu emp?cher les hindouistes de grimper sur le d?me de la mosqu?e Babri Masjid et d’y faire flotter le drapeau safran [couleur des nationalistes hindous]. Alors, que vont-ils faire de plus cette fois ? Tuer des gens ? Nous y sommes pr?par?s."

Deux mille militants du VHP vont s’installer ? Ayodhya ? partir du 16 f?vrier prochain. Ils r?citeront des mantras et accompliront des rites pendant cent jours, puis commenceront la construction. Lorsque L.K. Advani, le ministre de l’Int?rieur du gouvernement central, a d?clar? devant la Lok Sabha [chambre basse du Parlement f?d?ral] que le gouvernement ne permettrait ? personne de rompre le statu quo ? Ayodhya, Kishore n’a pas tard? ? r?pliquer. "Nous n’avons pas besoin de la permission du gouvernement pour construire le temple, a-t-il soulign?. Ils peuvent dire ou faire ce qu’ils veulent. Notre programme reste inchang?. Quand des centaines de milliers de personnes auront converg? sur Ayodhya et auront entour? le site, le gouvernement sera-t-il en mesure de les emp?cher de faire ce qu’elles veulent ? Quand le peuple veut quelque chose, le gouvernement doit c?der."

Ce genre d’action ne provoquera-t-il pas la chute du gouvernement Vajpayee ? Cette ?ventualit? ne semble pas g?ner le VHP. "Notre responsabilit? ne consiste pas ? assurer la survie du gouvernement, r?pond Kishore. Pour nous, le plus important c’est le temple. De toute fa?on, le gouvernement Vajpayee n’est pas vraiment un gouvernement BJP ; il d?pend trop de ses alli?s [de partis r?gionalistes]." Le VHP a re?u dans cette affaire le soutien inconditionnel du RSS [Rashtriya Swayamsevak Sangh, Association des volontaires nationaux, l’organisation ultranationaliste la plus importante du pays]. Son porte-parole, M.G. Vaidya, a d?clar? lors d’une conf?rence de presse, le 6 d?cembre 2001, que son mouvement projetait pour sa part de construire des temples ? Kashi et Mathura [apr?s avoir d?truit les mosqu?es qui occupent les lieux].

Le gouvernement, de son c?t?, a exprim? sa d?termination de maintenir le statu quo ? Ayodhya. La derni?re d?claration publique sur la question a eu lieu ? la Lok Sabha au cours du d?bat qui a suivi l’intrusion, le 17 octobre, des chefs du VHP dans le temple de fortune [qui avait ?t? dress? apr?s la destruction de la mosqu?e en 1992], malgr? une d?cision de justice qui leur en interdisait l’acc?s. Le ministre de l’Int?rieur a affirm? ? cette occasion : "Nous sommes responsables du statu quo ? Ayodhya. La cour supr?me a ordonn? son maintien et interdit toute modification, alt?ration ou ajout ? la structure existante. Nous ne laisserons personne rompre ce statu quo." Mais alors comment expliquer la mansu?tude dont on a fait preuve ? l’?gard des leaders du VHP apr?s ces ?v?nements ? Ils n’ont r?colt? qu’un proc?s-verbal pour "entrave au travail du personnel du gouvernement". Cette distance entre les paroles et les actes enl?ve toute cr?dibilit? au gouvernement. Du coup, on peut effectivement penser que si la situation d?g?n?re, le gouvernement se contentera de jouer les spectateurs muets, comme en 1992.

Cette nouvelle agression des ultranationalistes hindous a d?j? vici? l’atmosph?re. Plusieurs organisations musulmanes ont d?clar? qu’elles interviendraient physiquement si le gouvernement ne parvenait pas ? emp?cher le VHP de construire son temple ? Ayodhya. Il semblerait que le gouvernement f?d?ral et celui de l’Uttar Pradesh n’?taient pas pr?ts ? faire face ? l’attaque du VHP. Et la situation ne fera qu’empirer si le BJP ne gagne pas les ?lections dans cet Etat en f?vrier.

P.S.

Les trois fa?ades du nationalisme hindou

Le RSS (Rashtriya Swayamsevak Sangh, Association des volontaires nationaux) a ?t? fond? en 1925 par H. B. Hedgewar, un admirateur de l’id?ologue V. D. Savarkar (1883-1966), qui avait ?crit en 1923 un livre fondateur : Hindutva. Who is a Hindu ? (L’hindouit?. Qui est un hindou ?). L’organisation s’est donn? pour mission de renforcer la communaut? hindoue en disciplinant sa jeunesse et en organisant pour elle des s?ances quotidiennes d’entra?nement physique. Succ?dant ? Hedgewar en 1940 ? la t?te du mouvement, M. S. Golwalkar a clairement assimil? l’identit? indienne ? la religion hindoue et a ouvertement pr?conis? une politique de discrimination ? l’?gard des musulmans et des autres minorit?s religieuses. Apr?s s’?tre implant? dans le nord de l’Inde, surtout dans les hautes castes, le RSS s’est rapidement d?velopp? dans l’ensemble du pays. Ses 25 000 sections locales (shakha) organisent des s?ances d’entra?nement et de propagande aussi bien dans les villages que dans les villes. Le nombre de ses membres est estim? ? 2 millions.

Le VHP (Vishva Hindu Parishad, Conseil mondial des hindous) a ?t? cr?? en 1964 ? Bombay. Sa premi?re vocation ?tait de regrouper le plus grand nombre possible de chefs religieux ? travers le pays, afin de faire participer ces personnalit?s prestigieuses aux manifestations de masse du RSS. D?s 1984, le VHP a demand? la restitution du site de la mosqu?e d’Ayodhya, qui, selon la l?gende, avait ?t? construite au XVIe si?cle sur le lieu de naissance de dieu Rama, avatar de Vishnou. Durant tout l’?t? de 1989, soutenue par le RSS, la VHP a organis? l’acheminement vers Ayodhya de briques dites "de Rama", pour servir ? la construction du temple. Certaines de ces briques provenaient du Royaume-Uni et des Etats-Unis, o? la diaspora hindoue se montre souvent sensible aux sollicitations id?ologiques et financi?res du VHP. Ces manifestations ont abouti en d?cembre 1992 ? la destruction de la mosqu?e d’Ayodhya. Le VHP a organis?, le week-end dernier, une procession d’Ayodhya ? New Delhi, en r?clamant au gouvernement d’autoriser la construction du temple.

Le BJP (Bharatiya Janata Party, Parti du peuple indien), au pouvoir ? New Delhi depuis 1998, est la fa?ade politique du RSS. Ce dernier avait fond? d?s 1951 le Bharatiya Jana Sangh (BJS, Union du peuple indien), dont la strat?gie a longtemps oscill? entre une ligne politique mod?r?e et un militantisme agressif. En 1977, il a opt? pour la ligne mod?r?e et d?cid? d’entrer dans la coalition men?e par le Janata Party, qui venait de battre le Parti du congr?s d’Indira Gandhi aux ?lections. Mais cette coalition h?t?roclite a ?clat? en 1979. D?s l’ann?e suivante, les anciens dirigeants du BJS ont cr?? une nouvelle formation, le BJP. Sous la pr?sidence d’A. B. Vajpayee, l’organisation est rest?e plut?t mod?r?e jusqu’au milieu des ann?es 80. Mais L. K. Advani, le repr?sentant de l’aile dure et actuel ministre de l’Int?rieur de l’Union, a ensuite repris les r?nes du parti, qui s’est alors lanc? dans un militantisme agressif. Les affrontements d’Ayodhya, qui ont fait 1 200 morts en quelques jours, en sont le fruit. A. B. Vajpayee, l’actuel Premier ministre de l’Union, a repris le leadership en 1996.

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