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Sans le droit et par la force

Le meilleur des mondes selon Washington

mercredi 3 septembre 2003, par CHOMSKY*Noam

La guerre d’Irak n’est pas finie. Aux Etats-Unis, le pr ?sident Bush a d ? admettre que ses accusations contre Bagdad ? propos d’achats d’uranium au Niger ?taient fausses. Au Royaume-Uni, le suicide de David Kelly, qui avait d ?nonc ? les ? exag ?rations ? introduites par M. Anthony Blair dans son rapport sur l’Irak, fragilise l’avenir du premier ministre.

Petit ? petit, les ? mensonges d’Etat ? des dirigeants de la ? coalition ? sont r ?v ?l ?s au public. Enfin, sur le territoire irakien, les op ?rations se multiplient contre les forces d’occupation am ?ricaines qui essuient des pertes quotidiennes. Le Conseil de gouvernement instaur ? par l’administration que dirige M. Paul Bremer semble bien incapable de sortir le pays du chaos.

Le mois de septembre 2002 fut marqu ? par des ?v ?nements majeurs intimement li ?s. D’une part, les Etats-Unis, Etat le plus puissant de l’histoire de l’humanit ?, mirent en place une nouvelle strat ?gie de s ?curit ? nationale (1), annon ?ant qu’ils maintiendraient leur h ?g ?monie mondiale de fa ?on permanente et qu’ils r ?pondraient ? quelque d ?fi que ce soit par la force, terrain sur lequel ils ne comptent aucun rival depuis la fin de la guerre froide. D’autre part, au moment pr ?cis o ? cette politique ?tait rendue publique, les tambours de guerre se mettaient ? battre pour pr ?parer le monde ? l’invasion de l’Irak.

Cette nouvelle ? strat ?gie imp ?riale ?, comme la qualifi ?rent sur-le-champ les principales revues institutionnelles, fait des Etats-Unis un ? Etat r ?visionniste cherchant ? utiliser au maximum ses avantages momentan ?s dans le cadre d’un ordre mondial dont il tient les r ?nes  ?.

Dans ce ? monde unipolaire (...), aucun Etat ni aucune coalition ne peut contester  ? ? l’Am ?rique son r ?le ? de leader, de protecteur et de gendarme mondial (2) ?. John Ikenberry, que nous citons ici, mettait en garde contre les dangers de cette politique pour les Etats-Unis eux-m ?mes. Il s’opposa vigoureusement ? ce dessein imp ?rial. Il ne fut pas le seul.

Quelques mois suffirent pour que, ? travers la plan ?te, la peur ? l’ ?gard des Etats-Unis et la m ?fiance ? l’encontre de leurs dirigeants politiques atteignent des sommets. Une enqu ?te internationale, r ?alis ?e par Gallup en d ?cembre 2002 et quasiment ignor ?e par les m ?dias am ?ricains, r ?v ?la que le projet d’une guerre contre l’Irak men ?e ? unilat ?ralement par l’Am ?rique et ses alli ?s ? ne rencontrait presque aucun soutien (3).

M. Bush fit savoir aux Nations unies qu’elles ne pouvaient se rendre ? pertinentes ? qu’en approuvant les plans de Washington. Ou alors se r ?signer ? n’ ?tre qu’un lieu de d ?bats. A Davos, le ? mod ?r ? ? Colin Powell informa les participants au Forum ?conomique mondial, eux aussi oppos ?s aux projets guerriers de la Maison Blanche, que les Etats-Unis avaient le ? droit souverain d’engager une action militaire ?. Il pr ?cisa : ? Chaque fois que nous serons convaincus de quelque chose, nous montrerons la voie (4). ? Et peu importe si nul ne suit.

A la veille de leur guerre, MM. George W. Bush et Anthony Blair d ?cid ?rent d’afficher, lors du sommet des A ?ores, leur m ?pris du droit et des institutions internationales. Car leur ultimatum ne visait pas l’Irak, mais les Nations unies : capitulez, leur disaient-ils en substance, ou nous m ?nerons cette invasion sans nous soucier de votre insignifiante approbation. Et nous le ferons, que M. Saddam Hussein et sa famille quittent le pays ou non (5).

Le pr ?sident Bush clama que les Etats-Unis disposaient ? du pouvoir souverain d’utiliser la force pour garantir leur s ?curit ? nationale ?. La Maison Blanche ?tait n ?anmoins dispos ?e ? ?tablir en Irak une ? vitrine arabe ? sit ?t que la puissance am ?ricaine serait fermement install ?e au coeur de la principale r ?gion productrice d’ ?nergie du monde. Une d ?mocratie formelle ne poserait pas non plus de probl ?me, mais ? condition d’accoucher d’un r ?gime soumis, comme ceux que Washington r ?clame dans son pr ? carr ?.

La ? strat ?gie imp ?riale ? de septembre 2002 autorisait ?galement les Etats-Unis ? lancer une ? guerre pr ?ventive ?. Pr ?ventive et non pr ?emptive (6). Car il s’agit bien de l ?gitimer la destruction d’une menace qui ne s’est pas encore mat ?rialis ?e, qui peut ?tre imaginaire ou m ?me invent ?e. La guerre pr ?ventive n’est alors rien d’autre que le ? crime supr ?me ? condamn ? ? Nuremberg.

C’est ce que comprirent sur-le-champ ceux qui, aux Etats-unis, se soucient un peu du sort de leur pays. Au moment o ? la coalition envahissait l’Irak, l’historien Arthur Schlesinger estima ainsi que la strat ?gie imp ?riale du pr ?sident Bush ?tait ? terriblement proche de la politique men ?e par le Japon imp ?rial au moment de Pearl Harbor. Un jour qui, comme l’avait annonc ? ? l’ ?poque un autre pr ?sident am ?ricain, ?tait rest ? " ? jamais marqu ? du sceau d’infamie" (7) ?. Comment s’ ?tonner, ajoutait Schlesinger, que ? la vague mondiale de sympathie qui avait d ?ferl ? sur les Etats-Unis apr ?s le 11 septembre 2001 ait c ?d ? la place ? une vague mondiale de haine devant l’arrogance et le militarisme am ?ricains ? ? Et ? cette id ?e que le pr ?sident am ?ricain repr ?sentait ? une plus grande menace pour la paix que Saddam Hussein ? ?

A Washington, cette ? vague mondiale de haine ? ne posa pas de probl ?me particulier. Il s’agissait apr ?s tout d’ ?tre craints, pas d’ ?tre aim ?s. Et c’est assez naturellement que le secr ?taire d’Etat ? la d ?fense, M. Donald Rumsfeld, reprit ? son compte les propos du gangster Al Capone : ? On obtient davantage avec un mot gentil et un fusil qu’avec un mot gentil et rien de plus. ? Les dirigeants am ?ricains ?taient ?galement conscients que leurs agissements accroissaient le danger de prolif ?ration des armes de destruction massive et celui de terrorisme. Mais l’accomplissement de certains objectifs leur importait davantage que ce genre de risque. Car l’enjeu est ? la fois d’installer l’h ?g ?monie des Etats-Unis dans le monde et, sur le plan int ?rieur, d’appliquer leur programme de d ?mant ?lement des conqu ?tes progressistes arrach ?es par les luttes populaires au cours du XXe si ?cle. Mieux, il leur faut institutionnaliser cette contre-r ?volution afin de la rendre permanente.

Une puissance h ?g ?monique ne peut pas se contenter de proclamer sa politique officielle, elle doit l’imposer comme la nouvelle norme des relations internationales. D’ ?minents commentateurs viendraient ensuite expliquer que la r ?gle est suffisamment flexible pour que la nouvelle norme serve d ?sormais de mod ?le et soit appliqu ?e sans tarder. Mais seuls ceux qui d ?tiennent les armes peuvent fixer les ? normes ? et modifier ainsi le droit international ? leur guise.

Dans la nouvelle doctrine am ?ricaine, il faut que la cible vis ?e par les Etats-Unis r ?ponde ? plusieurs crit ?res. Elle doit ?tre sans d ?fense, assez importante pour justifier qu’on se soucie d’elle et appara ?tre non seulement comme une ? menace vitale  ?, mais aussi comme le ? mal absolu ?. L’Irak r ?pondait id ?alement ? ce portrait. Il remplissait ? l’ ?vidence les deux premi ?res conditions. Quant aux suivantes, il suffit de rappeler les hom ?lies de MM. Bush, Blair et leurs comp ?res : le dictateur ? assemble les armes les plus dangereuses du monde [pour] soumettre, intimider ou agresser ?. Ces armes, il les a ? d ?j ? utilis ?es contre des villages entiers, faisant des milliers de morts, de bless ?s et de handicap ?s parmi ses propres citoyens. (...) Si cela, ce n’est pas le mal, alors ce terme n’a plus de sens ?.

Prononc ? par le pr ?sident Bush, ce r ?quisitoire ?loquent sonne juste ; ceux qui contribuent au mal ne m ?ritent pas de demeurer impunis. Mais, parmi ces derniers, on compte pr ?cis ?ment l’auteur de ces nobles propos, certains de ses adjoints actuels et tous ceux qui se sont associ ?s ? eux quand, ensemble, ils soutenaient l’incarnation du mal absolu, longtemps apr ?s qu’il eut commis la plupart de ses terribles forfaits. Car, au moment m ?me o ? ils rab ?chaient les atrocit ?s commises par le monstre Saddam Hussein, les dirigeants occidentaux taisaient une information cruciale : tout cela s’ ?tait accompli avec leur soutien parce que ce genre de chose leur est au fond indiff ?rent. Le soutien devint condamnation sit ?t que l’ami d’hier commit son premier v ?ritable crime, celui de leur d ?sob ?ir (ou, peut- ?tre, d’avoir mal interpr ?t ? leurs ordres) en envahissant le Kowe ?t. La sanction fut terrible... pour ses sujets. Le tyran, lui, s’en sortit sans dommages, se trouvant m ?me confort ? par le r ?gime de sanctions que mirent en place ses anciens protecteurs.

Washington renouvela son soutien ? M. Saddam Hussein sit ?t apr ?s la premi ?re guerre du Golfe, quand le dictateur ?crasa les r ?voltes qui auraient peut- ?tre permis de le renverser. Thomas Friedman expliqua ? l’ ?poque dans le New York Times que, aux yeux de la Maison Blanche, ? le meilleur des mondes ? serait ? une junte irakienne ? poigne d ?barrass ?e de Saddam Hussein (8)  ?. Cet objectif paraissant inaccessible, il faudrait se contenter du second choix possible. Les rebelles ?chou ?rent donc une fois que Washington et ses alli ?s furent ?  ?tonnamment unanimes pour estimer que, quels que soient les p ?ch ?s du dirigeant irakien, celui-ci offrait ? l’Occident et ? la r ?gion une meilleure garantie de stabilit ? que ceux qui avaient eu ? subir sa r ?pression (9) ?. Tout cela est aujourd’hui escamot ? dans les commentaires sur les charniers renfermant les victimes de cette terreur qui servent ? justifier la guerre. ? D’un point de vue moral ?, a opin ? Thomas Friedman (10).

La population am ?ricaine tra ?nait les pieds : on la pr ?cipita dans un ?tat de fureur belliqueuse. D ?s le d ?but du mois de septembre 2002, ce fut un bombardement d’informations terrifiantes sur la menace imminente que Saddam Hussein faisait peser sur les Etats-Unis ainsi que sur ses liens avec Al-Qaida, lesquels sugg ?raient une implication du r ?gime irakien dans les attentats du 11 septembre 2001. La plupart des preuves ? agit ?es ne pouvaient que provoquer l’hilarit ? g ?n ?rale ?, comme l’ ?crivit la directrice du Bulletin of Atomic Scientists, ? mais plus elles ?taient ridicules, plus les m ?dias s’ ?vertuaient ? pr ?senter comme une marque de patriotisme notre disposition ? les gober (11) ?.

Cet assaut produisit ses effets. Une majorit ? d’Am ?ricains en vint ? consid ?rer que M. Saddam Hussein repr ?sentait une ? menace imminente ? pour les Etats-Unis. Bient ?t, pr ?s de la moiti ? d’entre eux crurent que l’Irak avait contribu ? aux attentats du 11 septembre. Le soutien ? la guerre en d ?coula. Et la campagne de propagande se r ?v ?la suffisante pour offrir ? l’administration Bush une courte majorit ? aux ?lections de la mi-mandat. Les ?lecteurs mirent de c ?t ? leurs pr ?occupations pour chercher refuge sous l’aile du pouvoir contre l’ennemi d ?moniaque...

Le 1er mai 2003, sur le pont du porte-avions Abraham-Lincoln, le pr ?sident Bush convoqua un spectacle destin ? ? conclure cette guerre de six semaines. Il pr ?tendit qu’il venait de remporter une ? victoire dans la guerre contre le terrorisme [en ayant] supprim ? un alli ? d’Al- Qaida (12)  ?. Aucune preuve n’avait ?t ? produite pour confirmer le lien entre M. Saddam Hussein et son ennemi av ?r ? Oussama Ben Laden. Quant au seul effet indiscutable de cette ? victoire contre le terrorisme ?, l’invasion et l’occupation de l’Irak, un responsable am ?ricain admet qu’il semble avoir surtout provoqu ? un ? important recul dans la "guerre contre le terrorisme"  ? en augmentant le nombre des candidats au recrutement dans les rangs d’Al-Qaida (13).

Pour le Wall Street Journal, le show sur le pont de l’Abraham-Lincoln ? marque le lancement de la campagne de r ??lection en 2004 ?. La Maison Blanche esp ?re qu’elle ? sera ax ?e, autant que possible, sur les th ?mes de la s ?curit ? nationale (14) ?. Avant les scrutins l ?gislatifs de 2002, M. Karl Rove, conseiller ?lectoral de M. Bush, avait d ?j ? demand ? aux militants r ?publicains de se focaliser sur les questions de s ?curit ? afin de faire oublier aux ?lecteurs la politique int ?rieure impopulaire de la Maison Blanche. Vingt ans plus t ?t, le pr ?sident Ronald Reagan ne se comportait pas autrement ; l’invasion de la Grenade en 1983 avait servi sa r ??lection l’ann ?e suivante...

M ?me si elle rencontra quelques succ ?s, cette campagne de propagande intensive n’est pas parvenue ? faire ?voluer l’opinion publique sur des questions de fond. Les Am ?ricains continuent ? pr ?f ?rer que les crises internationales soient g ?r ?es par les Nations unies plut ?t que par Washington, et les deux tiers d’entre eux estiment que c’est ? l’ONU - pas aux Etats-Unis - de se charger de la reconstruction de l’Irak (15).

L’arm ?e d’occupation n’ayant pas d ?nich ? les fameuses armes de destruction massive, la position de l’administration est pass ?e de la ? certitude absolue  ? que l’Irak les d ?tenait ? l’id ?e que les accusations lanc ?es avaient ?t ? ? justifi ?es par la d ?couverte d’ ?quipements potentiellement susceptibles de servir ? fabriquer des armes (16) ?. Des responsables de haut rang ont alors propos ? un ?ajustement ? du concept de guerre pr ?ventive qui autorisait les Etats-Unis ? attaquer ? un pays qui poss ?de des armes mortelles en grande quantit ?  ?. Cette modification ? propose que l’administration am ?ricaine agisse contre tout r ?gime hostile susceptible de vouloir et de pouvoir les produire (17)  ?. Ainsi, la principale cons ?quence de l’effondrement des accusations invoqu ?es pour justifier l’invasion sera le rel ?chement des crit ?res autorisant le recours ? la force.

Le plus grand succ ?s de la campagne de propagande am ?ricaine fut n ?anmoins le concert louant la ? vision ? pr ?sidentielle, lorsque M. Bush affirma vouloir apporter la d ?mocratie au Proche-Orient, au moment pr ?cis o ? il d ?montrait, au contraire, son extraordinaire m ?pris pour un tel concept. Car comment qualifier autrement la distinction faite par M. Rumsfeld entre ? vieille Europe ? et ? nouvelle Europe ? - la premi ?re vilipend ?e, la seconde lou ?e pour son courage. Pour les distinguer, le crit ?re ?tait clair : la ? vieille Europe  ? comprenait tous les Etats ayant adopt ? la m ?me position que la majorit ? de leur peuple, la ? nouvelle Europe ? prenait ses ordres ? Crawford (Texas) sans se soucier de son opinion publique, souvent plus oppos ?e encore ? la guerre que celle des autres pays.

Sur le versant d ?mocrate du spectre politique am ?ricain, M. Richard Holbrooke, secr ?taire d’Etat adjoint dans l’administration Clinton, insista alors sur un ? fait v ?ritablement important ? : la population des huit membres de la ? nouvelle Europe ? d ?passait celle de la ? vieille Europe ?. Ce qui, selon lui, prouvait bien que la France et l’Allemagne ?taient ? isol ?es  ?. De fait, pour pr ?tendre le contraire, il aurait fallu c ?der ? cette h ?r ?sie gauchiste qui voudrait que l’avis du peuple joue encore un r ?le dans une d ?mocratie. De son c ?t ?, l’ ?ditorialiste du New York Times Thomas Friedman r ?clamait que la France soit priv ?e de son si ?ge de membre permanent du Conseil de s ?curit ? de l’ONU. Elle s’ ?tait conduite comme un enfant en ? classe de maternelle  ? et ? ne savait pas jouer avec les autres (18)  ?. A en juger par les sondages, les peuples de la ? nouvelle Europe ? n’ ?taient pas sortis de cr ?che, eux non plus.

Le cas de la Turquie fut plus instructif encore. Son gouvernement r ?sista aux fortes pressions des Etats-Unis pour qu’elle prouve ? ses dispositions d ?mocratiques ? en ob ?issant aux ordres de Washington sans se soucier de l’opinion de 95 % de sa population. Cet ent ?tement rendit les observateurs politiques am ?ricains si furieux que certains all ?rent jusqu’ ? rappeler les crimes commis par Ankara contre les Kurdes en 1990 - sujet auparavant tabou en raison du r ?le complice jou ? par les Etats-Unis dans cette r ?pression. Un r ?le qui, toutefois, resta soigneusement pass ? sous silence.

Secr ?taire adjoint ? la d ?fense, M. Paul Wolfowitz a donn ? la cl ? de la nouvelle doctrine am ?ricaine. Il a en effet accus ? l’arm ?e turque de ? ne pas avoir jou ? le v ?ritable r ?le dirigeant qu’on ?tait en droit d’attendre d’elle ? lorsqu’elle choisit de ne pas contraindre le gouvernement ? pi ?tiner la volont ? de son opinion publique. La Turquie devait donc faire un effort et admettre : ? Nous avons fait une erreur. (...) Mais essayons de voir comment nous pourrions nous rendre maintenant aussi utiles que possible aux Am ?ricains (19). ? Le commentaire de M. Wolfowitz est d’autant plus ?clairant qu’on pr ?sente ce dernier comme un des principaux avocats de la croisade visant ? ? d ?mocratiser le Proche-Orient ?.

La col ?re de Washington contre la ? vieille Europe ? a des racines plus profondes que le simple m ?pris pour la d ?mocratie. Les Etats-Unis ont toujours ?t ? h ?sitants ? l’ ?gard de l’unification du Vieux Continent. Il y a trente ans, dans son discours sur ? L’ann ?e de l’Europe  ?, M. Henry Kissinger conseillait aux Europ ?ens d’exercer leurs ? responsabilit ?s r ?gionales ? dans le ? cadre global d’un ordre mondial ? d ?termin ? par les Etats-Unis. Une voie ind ?pendante ?tait donc d ?j ? proscrite. La m ?me sollicitude s’applique d ?sormais ? l’Asie du Nord-Est, la zone de croissance la plus dynamique du monde gr ?ce ? ses ?normes ressources et ? ses ?conomies industrielles modernes. Cette zone pourrait ? son tour caresser l’id ?e de contester un ordre mondial d ?fini par Washington. Mais cet ordre doit ?tre maintenu. A perp ?tuit ?. Si n ?cessaire, par la force.

P.-S.

(1) George W. Bush, La Strat ?gie de s ?curit ? nationale des Etats-Unis. Une ?re nouvelle, Washington, 20 septembre 2002. Lire le document int ?gral, en fran ?ais, sur le site du Monde.

(2) John Ikenberry, Foreign Affairs, New York, septembre-octobre 2002.

(3) Sondage dans 27 pays. Cf. ? A Rising Anti-American Tide ?, International Herald Tribune, Paris, 5 d ?cembre 2002.

(4) The Wall Street Journal, New York, 27 janvier 2003.

(5) Michael Gordon, The New York Times, 18 mars 2003.

(6) La validit ? juridique d’une guerre ? pr ?emptive ? d ?pend de l’existence de preuves mat ?rielles d ?montrant l’imminence du danger et la n ?cessit ? d’agir. La guerre pr ?ventive s’appuie, en revanche, non pas sur la crainte d’une agression imminente, mais sur une peur plus lointaine, sur une menace strat ?gique. Cf. Richard Falk, ? Les Nations unies prises en otage ?, Le Monde diplomatique, d ?cembre 2002.

(7) Los Angeles Times, 23 mars 2003.

(8) Thomas Friedman, The New York Times, 7 juin 1991.

(9) Thomas Friedman, op. cit. et Alan Cowell, The New York Times, 11 avril 1991.

(10) Thomas Friedman, The New York Times, 4 juin 2003.

(11) Linda Rothstein, Bulletin of Atomic Scientists, Chicago, juillet 2003.

(12) Elisabeth Bumilier, The New York Times, 2 mai 2003.

(13) Jason Burke, The Sunday Observer, Londres, 18 mai 2003.

(14) Jeanne Cummings et Greg Hite, The Wall Street Journal, 2 mai 2003 ; Francis Clines, The New York Times, 10 mai 2003.

(15) Program on International Policy Attitudes, universit ? du Maryland, 18-22 avril 2003.

(16) Dan Milbank, The Washington Post, 1er juin 2003.

(17) Guy Dinmore et James Harding, Financial Times, 3-4 mai 2003.

(18) Thomas Friedman, The New York Times, 9 f ?vrier 2003.

(19) Marc Lacey, The New York Times, 7-8 mai 2003.

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