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POLITIQUES

Rapport accablant sur la sale guerre p?ruvienne

Anne-Louise POLACK

Saturday 30 August 2003, by POLACK*Anne-Louise

La Commission v?rit? et r?conciliation dresse un bilan sur vingt ans, qui n’?pargne ni l’Etat ni le Sentier lumineux.

Le P?rou a d?couvert, jeudi, un rapport accablant sur les atrocit?s commises durant vingt ans de ?sale guerre?, de 1980 ? 2000. Ce document fleuve de 4 500 pages en 19 tomes ?devrait aider le P?rou ? mettre les horreurs du pass? derri?re lui?, selon la Commission v?rit? et r?conciliation (CVR) qui note que cette guerre est l’une des plus sanglantes de l’histoire d’Am?rique latine.

Cette institution mise en place en 2001 s’inspire d’exp?riences similaires, notamment men?es en Argentine, au Guatemala ou en Afrique du Sud. La CVR p?ruvienne leur ressemble par la dur?e de la p?riode ?tudi?e et par les moyens mis en place : 17 000 t?moignages ont ?t? recueillis dans les cellules r?gionales de la Commission.

69 000 morts

Des acteurs cl?s ont notamment apport? leur contribution, comme Abimael Guzman, chef fondateur du groupe mao?ste du Sentier lumineux, sous les verrous depuis 1992, ou l’ex-Pr?sident Alan Garcia. Outre les t?moignages, l’institution a enqu?t? sur le r?le de l’arm?e dans des actes de torture et la d?tention ill?gale de dizaines de milliers de citoyens. Sous le couvert d’une l?gislation antiterroriste drastique, quel que 3 000 terroristes pr?sum?s ont ?t? d?tenus et reconnus coupables au cours de proc?s jug?s iniques.

Le chiffre de 69 000 morts ou disparus d?passe largement les premi?res estimations annonc?es. Le pr?tre Gaston Garatea, l’un des douze commissaires de la CVR, affirmait mercredi que le nombre total pourrait m?me s’?lever ? 75 000.

A sa comptabilit? macabre, la CVR adjoint 15 000 veuves, 38 000 orphelins, 35 000 tortur?s, 4 000 handicap?s et 162 000 d?plac?s. 75% des victimes sont des Indiens, de langue quechua, issus des r?gions les plus recul?es du pays, pi?g?s entre l’arm?e, les agents de l’Etat, le Sentier lumineux et, dans une moindre mesure, le Mouvement r?volutionnaire Tupac Amaru (MRTA). La Commission rend ?galement compte du traumatisme provoqu? par la ?sale guerre? sur les populations rurales qui ont fui les villages pour rejoindre la ville, plus s?re. Ces campagnes sont aujourd’hui d?sert?es, sans ?cole ni service d’aucune sorte et l’extr?me pauvret? y est le lot de la quasi-totalit? des foyers encore existants.

Les Send?ristes (Sentier lumineux) seraient responsables de 54 % des d?c?s, les forces arm?es de 30 %, le MRTA de 1,5 %, et les autres seraient attribu?s aux services sp?ciaux de s?curit? des gouvernements. Car les trois gouvernements successifs de ces deux d?cennies figurent sur le banc des accus?s. Fernando Belaunde (1980-1985), Alan Garcia (1985-1990) et Alberto Fujimori (1990-2000). La responsabilit? de ces chefs d’Etat, de leurs subordonn?s, de leur arm?e et de leur service d’intelligence est d?nonc?e dans le rapport. Cent vingt noms y figurent pour violations des droits de l’homme. Mais Fujimori, en fuite au Japon, est l’homme montr? du doigt par la CVR. Il a ?rig? tout son r?gne sur la lutte antiterroriste. En abusant de celle-ci pour se maintenir au pouvoir et instaurer une politique fond?e sur le secret : ?El Chinito? masquait la corruption g?n?ralis?e de son gouvernement. Son bras droit, Vladimir Montesinos, est accus? d’assassinats, de torture et de trafic de drogues.

Discr?dit

Une vaste campagne de d?stabilisation et de discr?dit a ?t? orchestr?e contre la CVR. Militaires et politiciens contestent la l?gitimit? de l’institution, qu’ils accusent d’?tre de m?che avec les Send?ristes. Selon les contestataires d’extr?me droite, la CVR ne ferait que d?stabiliser l’Etat de droit. La r?conciliation nationale s’amorce sur un terrain glissant.

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