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MERCENAIRES

L’ultralib?ralisme appliqu? ? la guerre

Philippe JACQU?

Wednesday 27 August 2003, by JACQU?*Philippe

L’externalisation est devenue l’une des manies des grandes entreprises. M?me l’arm?e am?ricaine s’y met et sous-traite des t?ches ? des "entreprises militaires priv?es".

Ce secteur de services p?se d?j? 100 milliards de dollars. Le "Financial Times" a enqu?t?. "Ils se tiennent devant le palais pr?sidentiel ? Kaboul, en Afghanistan. Cheveux coup?s en brosse, lunettes de soleil profil?es, pistolet ? la ceinture, ils ressemblent comme deux gouttes d’eau aux soldats des forces sp?ciales am?ricaines qui gardaient jusqu’? r?cemment l’entr?e de la pr?sidence afghane." Mais, assure le "Financial Times", "ce sont des employ?s de DynCorp, une entreprise de Virginie engag?e par le minist?re des Affaires ?trang?res am?ricain pour d?fendre les chefs afghans contre les tentatives d’assassinat".

DynCorp est pr?sente ? Kaboul, mais aussi en Colombie et en Irak. Cette "entreprise militaire priv?e" m?ne des centaines de missions ? travers le monde. DynCorp, mais aussi Kroll, Vinnell Corp, Kellogg, Brown & Root, Executive Outcomes, Sandline International ou MPRI sont am?ricaines, anglaises ou sud-africaines et louent leurs services aux quatre coins de la plan?te ? diff?rents Etats, de la Croatie ? l’Arabie Saoudite, en passant par les Etats-Unis.

Selon le "Financial Times", qui vient de publier une vaste enqu?te en deux volets sur ces mercenaires du XXIe si?cle, "ces entreprises sont engag?es pour des t?ches relativement courantes, comme la construction et la garde de campements militaires ou le transport de troupes, mais aussi pour des t?ches plus sophistiqu?es. Il s’agit dans ce cas de conseil strat?gique, de mise en place de cha?nes logistiques sur le terrain, de formation militaire ou de service de veille et d’espionnage. Enfin, quelques soci?t?s, une minorit?, sont requises pour mener des combats." Le plus souvent, les personnels de ces "entreprises militaires priv?es" sont d’anciens soldats de l’arm?e am?ricaine ou d’autres arm?es.

Externalisation = r?duction des co?ts

Cela ressemble pour le "FT" ? "une privatisation rampante des affaires de la guerre. Pendant la premi?re guerre d’Irak, une personne travaillant pour l’arm?e am?ricaine sur cinquante ?tait engag?e par une firme priv?e. Pour la derni?re guerre, une sur dix travaillait pour un sous-traitant du Pentagone. Au dernier d?compte, 700 000 salari?s de soci?t?s priv?es travaillaient de par le monde pour l’arm?e am?ricaine", explique le quotidien ?conomique londonien.

Et, de fait, pour certains observateurs, "cet accroissement sans cesse plus important des firmes priv?es dans les questions de s?curit? remet en cause le monopole ?tatique de l’utilisation l?gitime de la force". En effet, il faut rappeler que les Etats se sont construits du XVIIe au XIXe si?cle en interdisant les arm?es priv?es et en cr?ant des arm?es nationales. Ces arm?es, gr?ce ? la conscription, ont eu un r?le d’int?gration et de construction identitaire des nations.

Pour d’autres observateurs, moins attach?s aux pouvoirs r?galiens, ce n’est qu’un business de plus qui p?se 100 milliards de dollars annuellement. Comme pour la plupart des t?ches, il ne s’agit pas de combat pur : beaucoup d’analystes expliquent que les arm?es se concentrent sur leur travail de base, le combat, et externalisent les services p?riph?riques, comme les transports de troupe, voire les questions de logistique.

En r?alit?, il s’agit d’appliquer les pr?ceptes n?olib?raux ? l’arm?e et au traitement de la guerre. Dans les ann?es 70, l’arm?e am?ricaine comptait 1,5 million de GI ; aujourd’hui, apr?s diverses restructurations, elle n’en compte plus que 750 000. L’Etat va chercher sur le march? des services produits ? moindre co?t - "jusqu’? quinze fois moins cher que si l’arm?e am?ricaine assurait ces t?ches", pr?cise le "FT".

Rupture de contrat en pleine bataille

L’arm?e am?ricaine a d’autant plus recours au priv? qu’elle est pr?sente sur des th??tres d’op?ration de plus en plus nombreux. Selon un analyste cit? par le "FT", "une ’l?gion ?trang?re’ priv?e permet ? l’US Army de combler ses manques en personnel tout en remplissant les engagements pris par Washington".

Un autre avantage apport? par les entreprises priv?es est politique. Pour une question d’image, le gouvernement am?ricain se refuse ? engager en masse des soldats pour mener la guerre contre les narcotrafiquants en Colombie. En recourant ? DynCorp, l’arm?e am?ricaine sous-traite ses op?rations d’?pandage de produits toxiques sur les champs de coca, ses op?rations de secours, voire de chasse aux barons de la drogue. De m?me, pour le Kosovo, l’arm?e am?ricaine a toujours refus? d’envoyer ses troupes ; elle a donc engag? DynCorp.

Mais recourir au priv? pr?sente tout de m?me pas mal d’inconv?nients dans les affaires de la guerre. "Les entreprises contractantes ne sont pas soumises ? la discipline militaire. Par cons?quent, une entreprise peut rompre un contrat quand elle le veut, m?me en pleine guerre. Le seul recours possible de l’arm?e est de poursuivre l’entreprise devant les tribunaux pour rupture de contrat - la derni?re chose qui vient ? l’esprit d’un g?n?ral en plein combat?"

Un vide juridique

Pis, le recours syst?matique ? des entreprises pour mener des op?rations de guerre ou assimil?es est "moralement tr?s douteux", estime le "FT". En effet, quel droit doit-on appliquer ? ces entreprises ? Dans les Balkans, au milieu des ann?es 90, plusieurs employ?s de DynCorp s’?taient retrouv?s m?l?s ? des affaires de racket et de trafic d’adolescentes. L’employ? de DynCorp qui a d?nonc? les malversations a ?t? vir? et les hommes mis en cause ont ?t? renvoy?s dans leurs foyers. Aucun n’a comparu devant un tribunal.

A ces d?rives s’ajoute le vide juridique qui entoure l’activit? des "entreprises militaires priv?es". "Selon un expert sp?cialis? dans la loi am?ricaine r?gissant les contrats Etat-entreprise, le gouvernement n’a toujours pas clarifi? les points cl?s concernant les salari?s travaillant pr?s d’un champ de bataille. A qui un salari? d’un sous-traitant de l’arm?e doit-il rendre compte ? Que se passe-t-il s’il d?cide que le lieu est trop dangereux pour travailler ? Peut-il porter une arme ? Qui est responsable s’il est tu? ou bless? ? Quels sont ses droits s’il est arr?t? par l’ennemi ? Quelle est sa responsabilit? s’il tue ou blesse des civils de mani?re intentionnelle ou par accident ?" Ces questions restent sans r?ponse. Et l’expert de conclure : "Il est tout de m?me choquant de savoir que, alors que 700 000 personnes assurent un travail militaire sans avoir le statut de soldats, le gouvernement am?ricain n’a toujours pas ?dict? de r?gle ! "

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