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REPORTAGE

Au Japon, les Cor?ens sympathisants du Nord sont en plein d?sarroi

Philippe Pons

Tuesday 26 August 2003, by PONS*Philippe

Les r?v?lations sur les enl?vements de citoyens nippons par le r?gime de Pyongyang ont pr?cipit? la crise au sein de l’organisation Chosen soren.

"Il n’y a pas de 38e parall?le ici", dit le patron d’un estaminet, faisant allusion ? la latitude ? laquelle se trouve la ligne de d?marcation entre les deux Cor?es, derni?re fronti?re de la guerre froide.

Dans le quartier populaire de Tsuruhashi, ? Osaka, connu pour son grand march? et sa minorit? cor?enne, les ressortissants du Nord et du Sud vivent en bon voisinage. "Ici, cette famille est du Nord, mais le marchand de l?gumes voisin est du Sud", explique-t-il au fil des rues. Tout le monde se conna?t, fr?quente les m?mes boutiques et consulte les m?mes diseuses de bonne aventure (mudang). Il y a de plus en plus de mariages entre les communaut?s et, lorsqu’un clandestin cor?en est recherch? par la police, tous serrent les rangs : "C’est d’abord un compatriote."

La vie ? Tsuruhashi refl?te la complexit? des liens de la minorit? cor?enne au Japon (650 000 personnes), divis?e en deux organisations : pro-Nord (Chosen soren) et pro-Sud (Mindan). Longtemps monolithique et inf?od?e ? Pyongyang, Chosen soren - l’Association g?n?rale des r?sidents cor?ens au Japon - est aujourd’hui en plein d?sarroi. Ses divisions refl?tent la crise d’un r?gime aux abois et d’un pays en voie de d?sint?gration dont la population endure privations et souffrances.

PORTE-?-FAUX

Depuis l’admission par Pyongyang, en septembre 2002, de l’enl?vement de 11 Japonais par ses agents, les membres de Chosen soren sont victimes d’un regain de discriminations et leurs enfants objets de brimades. A Niigata, fin juillet, deux attentats sans gravit? ont ?t? perp?tr?s par l’extr?me droite gangst?ris?e contre des locaux de l’association ; le 25 ao?t, une bombe artisanale a ?t? d?samorc?e devant ceux de la branche de Fukuoka. Le m?me jour, le ferry qui assure la liaison entre l’archipel et la Cor?e du Nord ?tait accueilli par des manifestations hostiles.

Surtout, beaucoup de Cor?ens du Nord au Japon se sentent en porte-?-faux ? l’?gard de l’organisation centrale. Longtemps cach?es, les dissensions internes s’?talent d?sormais au grand jour et, en d?pit des appels de la direction au sentiment patriotique, de plus en plus prennent la nationalit? sud-cor?enne.

La r?union de soutien aux parents des kidnapp?s japonais, organis?e conjointement par des Cor?ens du Nord et du Sud ? Osaka, en f?vrier, a ?t? r?v?latrice des d?chirements de Chosen soren. Le pr?sident d’une branche locale, Paek Song-bo, a pr?sent? ses excuses aux parents des victimes au nom de ceux - dont il fait partie - qui avaient refus? de croire que leur pays ait pu commettre de tels actes.

Chosen soren, qui revendique 56 000 membres et 200 000 sympathisants, a ?t? jusqu’? la fin des ann?es 1980 une organisation fortement politis?e, soud?e par un puissant sentiment d’identit? nationale. H?riti?re de la Ligue des Cor?ens du Japon, li?e ? la gauche nippone et dissoute dans le cadre des "purges rouges" des forces d’occupation am?ricaines ? la fin des ann?es 1940, Chosen soren forme une conf?d?ration d’une douzaine d’organisations (associations de femmes et de jeunes, chambres de commerce et d’industrie, etc.). Dans les ann?es 1960-1970, Pyongyang a financ? l’ouverture d’?coles et d’une universit? o? l’enseignement dispens? en cor?en met l’accent sur la culture nationale. L’all?geance ? Pyongyang ?tait alors enti?re.

L’origine g?ographique des Cor?ens ne constitue cependant pas un crit?re d’appartenance. La grande majorit? des Cor?ens du Japon sont originaires du sud de la p?ninsule et beaucoup de Sudistes ont adh?r? ? des organisations de Chosen soren pour conserver une identit? sans ?pouser pour autant son id?ologie : Mindan, l’organisation rivale du Sud, a un profil beaucoup plus bas et les deux associations ont ?t? farouchement hostiles du temps de la guerre froide.

L’adh?sion a constitu? un choix patriotique pour la g?n?ration qui a v?cu la d?portation de ses parents (2,5 millions de Cor?ens envoy?s au Japon comme travailleurs forc?s au temps de la colonisation nippone, entre 1910 et 1945) : pour elle, la R?publique populaire d?mocratique de Cor?e (RPDC) incarnait l’identit? cor?enne alors que le Sud ?tait sous le joug de dictatures pro-am?ricaines. A la fin des ann?es 1950, plus de 100 000 Cor?ens du Japon ont migr?, la joie au c?ur, vers cette "terre promise". Ceux qui sont rest?s au Japon sont consid?r?s par Pyongyang comme des "compatriotes d’outre-mer" : ils forment la plus importante minorit? nord-cor?enne ? l’?tranger, exception faite de celle de la r?gion frontali?re avec la Chine.

CIMENT L?ZARD?

Aujourd’hui, le ciment id?ologique et patriotique est l?zard?. Un foss? s’est creus? entre l’organisation centrale et la base, ainsi qu’entre les g?n?rations. Les chambres de commerce r?gionales, l’association des femmes ou celle des juristes vitup?rent la direction. M?me l’organe officiel, Chosen Shinpo, a fait son autocritique pour avoir longtemps ni? l’implication de Pyongyang dans les enl?vements. Les parents ont exig? la d?politisation de l’enseignement et les portraits de Kim Il-sung et de Kim Jong-il ont ?t? retir?s des ?coles.

"Nous portons aujourd’hui un regard plus froid sur la RPDC", dit Hong Gyong-ui, pr?sident de l’association des juristes en faveur des droits de l’homme de la branche de Chosen soren du Kansai (Osaka). "Enfants des victimes du colonialisme japonais, nous nous sommes d?couverts oppresseurs ? la suite des enl?vements", dit-il. "Nous voulons en finir avec une mentalit? h?rit?e de la guerre froide, mais la direction de Chosen soren est scl?ros?e. Nous cherchons ? nous forger une identit? ind?pendante de Pyongyang."

Pour autant, les Cor?ens du Nord demeurent les ressortissants d’un pays non reconnu par le Japon, n’ont pas de passeport et restent victimes de discriminations bien enracin?es. La n?cessit? de maintenir les r?seaux de solidarit? et de pr?server un syst?me scolaire national sont d?sormais les principales motivations pour ne pas quitter Chosen soren.

Isol?e et contest?e, la direction rentre la t?te tandis que ses adh?rents s’isolent de Pyongyang sans pour autant ?tre davantage accept?s par les Japonais.


Les lourds secrets de "l’?quipe des ?tudes"

Les enl?vements ont r?v?l? l’existence, au sein de Chosen soren, d’une organisation secr?te, "l’?quipe des ?tudes", qui d?pendait directement du Parti des travailleurs de Cor?e (PTC, communiste) et ?tait charg?e d’assister les agents du Nord dans leurs op?rations au Japon et en Cor?e du Sud. Cr??e dans les ann?es 1950, elle a ?t? dissoute en ao?t 2002, sur ordre de Pyongyang, ? la suite de r?v?lations faites au cours de l’enqu?te sur la faillite d’organismes de cr?dit mutuel nord-cor?ens au Japon. Selon l’Agence nationale de s?curit? nippone (renseignements int?rieurs), l’"?quipe des ?tudes" aurait ?t? m?l?e ? 37 op?rations d’agents nord-cor?ens op?rant au Japon. Les ordres auraient ?t? transmis par le bateau nord-cor?en Mangyongbong-92, qui effectue la liaison entre la RPDC et Niigata. Ce bateau est au centre d’une autre controverse : les transferts secrets de fonds ? Pyongyang. De 600 ? 800 millions de dollars seraient pass?s ainsi chaque ann?e clandestinement en RPDC, affirme la CIA. Selon Lee Chek, ancien membre de Chosen soren et auteur d’un best-seller (Ebranlement ! Histoire interne de Chosen soren), s’il y a bien eu des transferts, ils n’ont jamais atteint ce montant.

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