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CHINE

Man?uvres derri?re le paravent de bambou

Antoaneta BEZLOVA

Sunday 24 August 2003, by BEZLOVA*Antoaneta

Le nouveau dirigeant Hu Jintao a d??u ceux qui s’attendaient ? de fracassantes annonces de r?formes. Derri?re le rideau, son pr?d?cesseur, Jiang Zemin, l’a frein?.

Si l’on en juge par les d?tails fascinants qui ont filtr? ces derniers temps sur les querelles intestines au plus haut niveau du Parti communiste chinois (PCC), il semblerait que Hu Jintao, le nouveau patron du Parti, ait d? mettre un b?mol ? sa volont? d’annoncer, pour la premi?re fois en dix ans, des r?formes politiques r?guli?rement report?es. L’intrigue politique masque cependant une r?alit? : la question des r?formes est essentiellement envisag?e pour conforter le monopole du Parti communiste au pouvoir.

Le 1er juillet, lors du 82e anniversaire du PCC, Hu, cit? par l’agence de presse officielle Xinhua ? l’occasion de son premier grand discours politique, aurait appel? le Parti ? "se consacrer aux int?r?ts du public et ? gouverner pour le bien du peuple". Il a invit? les 60 millions de cadres du PCC ? faire preuve de modestie et ? vivre humblement. En revanche, ceux qui esp?raient l’entendre promettre des r?formes discr?tes, comme la possibilit? de voir plusieurs candidats se pr?senter aux ?lections locales, l’autorisation de candidatures rivales entre cadres du Parti et davantage de libert? dans les m?dias, en ont ?t? pour leurs frais.

Au lieu de cela, Hu aurait d?clar? que le Parti devrait manifester un "plus grand enthousiasme" pour les th?ories politiques de son pr?d?cesseur, Jiang Zemin, ? savoir la th?orie des "trois repr?sentativit?s", selon laquelle le Parti doit "repr?senter les forces productives d’avant-garde, la culture chinoise moderne et les int?r?ts fondamentaux du peuple". Les observateurs estiment que l’annonce programm?e d’un projet de r?forme politique, si mod?r?e soit-elle, a ?t? annul?e en raison de l’opposition des bonzes du Parti, en particulier celle de l’ancien chef du PCC. Jiang, qui reste aux commandes de l’arm?e chinoise, aurait bloqu? ces propositions d’une r?forme du syst?me jug?e trop "rapide".

Un article paru le 17 juin dans "Qiushi" ("En qu?te de v?rit?"), principal organe d’analyse th?orique du Parti, avait suscit? tous les espoirs, sugg?rant que le PC se pr?parait ? d?voiler un programme de "d?mocratie interne du Parti" en autorisant les candidatures rivales lors des ?lections locales et en ?voquant l’id?e d’une consultation avec les militants de base.

Yuan Yue, directeur du groupe Horizon Survey, institut de consultants semi-officiel, consid?re que le premier projet de discours de Hu mettait en relief trois sujets : une r?forme d?mocratique progressive au sein du Parti, des directives sur le partage des pouvoirs entre le PCC et le gouvernement, et le r?le incontournable du Parti dans la lib?ralisation des m?dias. "L’accent portait sur la fa?on qu’a le nouveau gouvernement de chercher ? se rapprocher des simples citoyens, d’?couter ce que les gens ont ? dire, et de r?soudre leurs probl?mes, explique Yuan. Cela pourrait ?tre l’une des ?tapes qui permettraient de r?aliser une r?forme politique g?n?rale en Chine. C’en serait fini des responsables ? vie. Ils seraient jug?s en fonction de leurs m?rites et de leurs actes."

Mais l’appel, dans la propagande du Parti, ? un "regain" d’attention pour les "trois repr?sentativit?s" de Jiang semble ?tre le signe d’une contre-attaque des conservateurs. Les censeurs du Parti ont par ailleurs interdit tout reportage ind?pendant sur des sujets sensibles, dont la gestion par P?kin de l’?pid?mie de SRAS, ou encore le myst?rieux accident survenu ? bord d’un sous-marin, qui a entra?n? il y a peu la mort des 70 hommes de son ?quipage. Dans les semaines qui ont pr?c?d? le discours de Hu, des d?tails sur les querelles internes au PCC ont commenc? ? se faire jour, preuve de l’incertitude qui r?gne dans les cercles dirigeants quant ? la r?partition des pouvoirs li?e ? la transition la plus importante depuis une g?n?ration. Hu, qui a pris ses fonctions au sein du Parti en novembre, mais n’est pr?sident de la R?publique que depuis mars, aurait r?clam? l’interdiction d’un t?l?film historique tr?s populaire qui d?peint la vie d’un jeune empereur de la fin du XIXe si?cle, manipul? par des personnalit?s puissantes et ?g?es ? la cour imp?riale [voir p.24]. La marche vers la R?publique se situe sous le r?gne de Cixi, imp?ratrice douairi?re qui gouvernait la Chine il y a un si?cle au nom du jeune empereur. Le t?l?film brosse un portrait ?logieux de Tseu Hi, ce qui aurait offens? Hu, qui, depuis qu’il a succ?d? au v?n?rable Jiang, ne cesse d’entendre dire que son pr?d?cesseur continue de contr?ler la situation "derri?re le paravent de bambou".

"Une action concr?te vaut mieux que cent slogans creux"

"Certes, Hu Jintao a peut-?tre constat? de nombreux probl?mes dans le fonctionnement du gouvernement, surtout dans le cas du SRAS, dont l’?pid?mie, au d?part, a ?t? tenue secr?te, mais pour l’heure, en ce qui concerne la r?forme du Parti, il ne peut pas aller plus loin", commente Zhou Xiaozheng, sociologue de l’universit? p?kinoise Renmin Daxue. "Sur le papier, Hu est le dirigeant supr?me, mais, dans les faits, Jiang a encore la haute main sur nombre de d?cisions politiques", ajoute-t-il. Malgr? tout, Zhou garde l’espoir de voir la Chine ?tendre les ?lections, qui existent d?j? dans les villages et les petites communes, aux plus grandes municipalit?s. Actuellement, ces postes d?pendent encore essentiellement de nominations plut?t que d’?lections. "Incontestablement, le nouveau gouvernement se montre plus soucieux des citoyens ordinaires et de leur vie, poursuit Zhou. Ce qui a amen? les gens ? croire qu’au bout du compte les r?formes politiques seraient ? l’ordre du jour."

A la fin des ann?es 80, une ?ph?m?re p?riode de lib?ralisation avait d?bouch? sur la r?pression sanglante des manifestations estudiantines en faveur de la d?mocratie, sur la place Tian’anmen, en juin 1989. Depuis, la Chine r?pugne ? envisager toute r?forme politique. Quoi qu’il en soit, certains universitaires chinois consid?rent que, en ayant fait preuve de souplesse au cours des vingt derni?res ann?es, le PCC s’est en r?alit? forg? une "nouvelle l?gitimit? assez justifi?e". Toute mesure allant dans le sens d’?lections ? plusieurs candidats au niveau municipal et pr?fectoral pourrait bien permettre au Parti d’asseoir de nouveau sa l?gitimit?, quelque peu ?corn?e, aux yeux de la population.

Un commentaire sign? paru dans le journal officiel en langue anglaise "China Daily" soulignait lui aussi cette nouvelle cr?dibilit? que la direction du Parti a acquise au fil de ses cent premiers jours au pouvoir. En se faisant l’avocat d’une plus grande responsabilisation et d’une plus grande transparence de la part du gouvernement lors de l’?pid?mie de SRAS, Hu et son ?quipe ont ouvert une nouvelle ?re du pouvoir communiste, pouvait-on lire. "Des changements subtils et positifs se sont produits dans l’environnement social et politique du pays, dans les pratiques professionnelles des responsables et dans les m?dias. Ces changements ont inspir? le peuple chinois et renforc? sa confiance, continuait le quotidien. Une action concr?te des dirigeants est plus encourageante que cent slogans creux."

Asia Times Online

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