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La renaissance de l’alliance am?ricano-pakistanaise empoisonne les relations entre l’Inde et les Etats-Unis

Bruno Philip

Friday 6 December 2002, by PHILIP*Bruno

Article paru dans Le Monde, ?dition du vendredi 6 d?cembre 2002.

La lutte contre le terrorisme au Cachemire est l’obsession de New Delhi.

Les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis auront provoqu? chez les dirigeants indiens deux types de r?actions. D’un c?t?, l’Inde a pu se f?liciter de voir que Washington prenait enfin la mesure d’un terrorisme dont elle est la "victime" au Cachemire, lieu d’attaques fr?quentes lanc?es notamment par des guerilleros islamistes form?s en Afghanistan et, affirme-t-elle, au Pakistan. De l’autre, New Delhi s’est imm?diatemment inqui?t?e de voir rena?tre l’ancienne alliance am?ricano-pakistanaise, qui est pr?cis?ment l’une des conditions de la lutte contre le terrorisme voulue par Washington... et New Delhi.

Pour Uday Bhaskar, directeur adjoint de l’Institut d’?tudes et d’analyses des questions de d?fense, bas?e ? New Delhi, "la cons?quence positive pour l’Inde de la mobilisation internationale apr?s le 11 septembre 2001 est que la notion de terrorisme est enfin entr?e dans le discours mondial de s?curit? collective. Les Indiens peuvent donc se sentir satisfaits. Mais quand sur l’?cran de contr?le du grand ordinateur am?ricain clignotent d?sormais les mots d’Irak et de Cor?e du Nord, sur l’?cran indien c’est toujours le m?me mot qui ne cesse de s’allumer : Pakistan, Pakistan, Pakistan..."

Est-ce ? dire que l’obsession indienne sur ce pays, voisin-fr?re ennemi depuis la partition de l’Empire des Indes, en 1947, est plus forte que jamais ? Peut-?tre. Trois guerres, (1947, 1965, 1971), ? quoi s’ajoutent la dangereuse confrontation militaire de la zone cachemirie de Kargil, en 1999, et les r?centes menaces de conflit nucl?aire ? la suite d’une nouvelle tension, toujours dans la r?gion du Cachemire disput?, ont ?maill? la turbulente relation entre les deux pays.

L’Inde comprend d’ailleurs, ? ce sujet, les imp?ratifs de la politique am?ricaine ? l’?gard du Pakistan, tout en exprimant sa frustration, explique M Bhaskar : "Nous admettons que les Am?ricains ne puissent changer cette politique parce qu’elle sert leurs inter?ts. Pour les Indiens, ? mon sens, ce n’est d’ailleurs pas seulement le Pakistan qui est un probl?me, c’est surtout Pervez Moucharraf, le g?n?ral-pr?sident, un homme arriv? au pouvoir au moyen d’un coup d’Etat. Les Am?ricains doivent donc se munir d’une cuill?re assez longue pour d?ner avec lui, c’est pour Washington un imp?ratif faustien..."

Le "commodore" Bhaskar, barbu comme le marin qu’il est encore, puisqu’il est officier dans la "navy" indienne, aime ? aligner les m?taphores pour d?finir la politique am?ricaine dans la r?gion du sous-continent indien. Pour lui, "Moucharraf continue ? chasser avec la horde am?ricaine tout en courant avec le li?vre islamiste".

C’est ?videmment bien l? l’un des probl?mes centraux de l’Inde. Le pr?sident pakistanais a pu tenter, avec des fortunes diverses, de mettre au pas ses services secrets jadis impliqu?s aux c?t?s des talibans, mais il lui est plus difficile d’en finir avec une politique d’aide aux "djihadistes" en lutte au Cachemire.

" Le Cachemire est une question d’identit? fondamentale pour le Pakistan. Islamabad a la capacit? de contr?ler des groupes arm?s. Mais le gouvernement ne le fait pas car quiconque renoncerait ? la question du Cachemire ne resterait pas au pouvoir au Pakistan...", analyse M. Bhaskar. Le Cachemire est en effet le seul Etat indien ? majorit? musulmane. Et en ce sens, il est bien le legs historique d’une partition non r?gl?e. Pour Islamabad, cet Etat aurait d? revenir au Pakistan d?s l’ind?pendance de 1947 en vertu de sa composition confessionnelle.

Uday Bhaskar prend en compte la nouvelle donne qu’est "la r?alit? d’un monde multipolaire" qui a transform? les alliances traditionnelles. A ce propos, qu’en est-il de la relation entre l’Inde et la Chine, deux pays qui se sont affront?s bri?vement en 1962, un conflit durant lequel P?kin infligea une cruelle d?faite ? l’arm?e de New Delhi ?

Pour l’actuel ministre de la d?fense indien, George Fernandez, la Chine est, par exemple, "la" menace, comme il l’affirma il y a quelques ann?es. "Je pense, r?pond M. Bhaskar, que l’Inde a m?ri ? ce sujet. La question de la d?limitation de nos fronti?res, dans le nord-est indien, continue certes ? ?tre une source de contentieux avec P?kin. Mais nous sommes en train de mettre en avant les perspectives d’?changes ?conomiques avec la Chine plut?t que les questions h?rit?es du conflit de 1962."

Uday Bhaskar estime par ailleurs que "la capacit? de r?sistance" de l’Inde s’est accrue et que la grande puissance r?gionale d’Asie du Sud, "apr?s une longue p?riode de vuln?rabilit? au d?but des ann?es 1990, est d?sormais plus s?re d’elle-m?me sur les plans ?conomique et militaire, plus ? m?me de donner le sentiment que l’animal indien est capable de traverser avec succ?s les turbulences".

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