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En Cor ?e du Nord, la r ?forme ?conomique se heurte ? la r ?sistance de la vieille garde

mercredi 29 décembre 2004, par PONS*Philippe

Le culte de la personnalit ? semble s’ ?mousser.

Pyongyang de notre envoy ? sp ?cial

Dans le quartier de Dong-An-dong, ? l’ouest de Pyongyang, une monumentale peinture murale repr ?sente, dans la lumi ?re orang ?e d’une aurore bor ?ale, le pr ?sident Kim Il-sung et son fils, Kim Jong-il, dirigeant actuel du pays, au sommet du mont Paekdu, sorte d’Olympe cor ?en. Dans chaque wagon de m ?tro, dans les ?difices publics, les magasins, les bureaux de la compagnie a ?rienne Koryo ou les h ?tels de Pyongyang comme ceux de province tr ?nent, c ?te ? c ?te, les portraits des deux Kim. Aussi, la r ?cente disparition de celui de Kim Jong-il d’une salle de r ?ception du Palais de la culture du peuple a suscit ? des sp ?culations ? l’ ?tranger sur la possibilit ? de remous politiques, voire de coup d’Etat en R ?publique populaire d ?mocratique de Cor ?e (RPDC). S’il est confirm ?, de source diplomatique ? Pyongyang, qu’un portrait de Kim Jong-il a bien ?t ? retir ? d’une salle de r ?ception pour les h ?tes ?trangers, la signification politique de ce d ?crochage reste du domaine de l’hypoth ?se.

La nouvelle diffus ?e le 16 novembre par l’agence Itar-Tass a ?t ? suivie d’un v ?h ?ment d ?menti de l’agence nord-cor ?enne KCNA : "Cela ne s’est jamais produit et ne se produira jamais." L’explication donn ?e ? Pyongyang est plus nuanc ?e. Kim Jong-il n’aurait jamais souhait ? ?tre l’objet de la "v ?n ?ration" vou ?e ? son p ?re (le "culte de la personnalit ?" est une notion bannie du vocabulaire nord-cor ?en comme trop "marqu ?e par l’Histoire" et ses r ?f ?rences ? Staline), une v ?n ?ration qui s’explique parce que Kim Il-sung incarne l’identit ? nationale. D ?c ?d ? en 1994, il est devenu "pr ?sident pour l’ ?ternit ?" dans la Constitution de 1998 et Kim Jong-il serait volontairement rest ? en retrait. "Il se veut un ex ?cutant des orientations donn ?es, de son vivant, par le Grand Dirigeant", poursuivent nos interlocuteurs.

MENACES EXTERNES

Jusqu’en 2002, il ?tait possible de porter un badge ? l’effigie de l’un ou l’autre des deux Kim. Aujourd’hui, seul celui repr ?sentant le "P ?re fondateur" de la nation est ?pingl ? sur les poitrines. En 2003, la rumeur avait couru ? S ?oul et ? Tokyo que Kim Jong-il avait interdit la production de badges ? son effigie. L’expression "Cher leader" qui a longtemps d ?sign ? Kim Jong-il tend d’autre part ? ?tre remplac ?e par des vocables plus prosa ?ques : "Camarade Kim Jong-il" ou "G ?n ?ral" (Kim Jong-il pr ?side la Commission de d ?fense nationale, instance supr ?me de l’Etat).

En RPDC, rien n’arrive par hasard. Si l’ ?cho donn ? ? l’ ?tranger au d ?crochage d’un portrait de Kim Jong-il et ? la mod ?ration dans l’emploi des hyperboles verbales le d ?signant para ?t excessif, ces glissements pourraient indiquer une volont ? du r ?gime d’infl ?chir son image ? l’ext ?rieur afin de la rendre plus compatible avec les mutations ?conomiques en cours. En l’absence de donn ?es chiffr ?es, on en est r ?duit ? une vision impressionniste du processus de lib ?ralisation ?conomique lanc ? en juillet 2002. A quelques mois d’intervalle, le visiteur constate ? Pyongyang une augmentation de la circulation automobile et une multiplication de nouveaux n ?goces et de restaurants confirmant l’ ?mergence d’une ?conomie de march ? et indiquant une relative am ?lioration de l’approvisionnement pour une partie de la population. Les coupures d’ ?lectricit ?, presque inexistantes en ?t ? en raison d’une production hydro ?lectrique favoris ?e par la pluviosit ?, ont repris, mais elles sont moins fr ?quentes et plus courtes qu’auparavant. Tangible ? Pyongyang, le fr ?missement ?conomique reste fragile. L’orientation r ?formiste semble irr ?versible, mais elle est sujette ? des hiatus dus aux pesanteurs bureaucratiques ? la base et, vraisemblablement, ? des divergences de vues au sommet. Les r ?formistes, confront ?s aux r ?sistances d’une vieille garde encore influente pour laquelle l’ ?volution en cours ?branle les fondements du syst ?me qu’elle a construit, sont aussi conscients des risques d’une ouverture qui, incontr ?l ?e, pourrait menacer la survie du r ?gime. Le "profit pragmatique" est ? l’ordre du jour, mais certains "h ?sitent ? franchir le pas", fait valoir l’un de nos interlocuteurs. "Nous restons un pays socialiste et cherchons la voie la plus adapt ?e pour ?voluer en ?vitant le chaos : on ne peut pas tout changer d’un coup", explique-t-il. Ces t ?tonnements sont ? l’origine des louvoiements du processus de r ?forme. Les autorit ?s ont ainsi laiss ? entendre que les contrats locaux de certaines des 46 organisations non gouvernementales (ONG) pourraient ne pas ?tre renouvel ?s. De nouveaux m ?canismes de coop ?ration sont en cours de n ?gociations, mais le raidissement pourrait indiquer une volont ? de r ?duire la pr ?sence de ces expatri ?s. Aux difficult ?s internes pesant sur le processus de r ?forme s’ajoutent les menaces externes. Un durcissement de Washington ? l’ ?gard de la RPDC, qui se traduirait par des pressions accrues sur la Cor ?e du Sud et le Japon pour l’ ?trangler ?conomiquement, pourrait renforcer dans leurs "h ?sitations" ceux qui, au sein du r ?gime, estiment dangereuses les ?volutions en cours. Il pourrait aussi remettre en cause une ?volution plus importante ? terme que les premiers r ?sultats mat ?riels des r ?formes : une ouverture des mentalit ?s. "Les vraies ?volutions ne sont gu ?re visibles, mais elles sont sensibles dans nos rapports quotidiens avec les autorit ?s", dit un fonctionnaire international en poste ? Pyongyang depuis trois ans.

P.-S.

Aide alimentaire pour un habitant sur trois

Le 15 septembre, Pyongyang a annonc ? son opposition, cette ann ?e, ? un appel consolid ? des diverses instances des Nations unies pour l’aide humanitaire qui lui est accord ?e. Depuis dix ans, le Programme alimentaire mondial (PAM) m ?ne dans ce pays sa plus importante op ?ration afin de pallier une p ?nurie alimentaire chronique et rem ?dier ? une malnutrition toujours pr ?occupante. Bien qu’en 2004 la production c ?r ?ali ?re ait ?t ? la meilleure en neuf ans, le d ?ficit alimentaire se chiffre ? 1 million de tonnes et 6,5 millions de personnes (sur 22 millions) d ?pendent de l’assistance internationale. Tout en souhaitant le maintien de l’aide humanitaire, la RPDC estime qu’il est temps de passer ? une assistance technique ? moyen terme afin de redresser le pays. Elle demande ?galement une r ?duction du personnel des Nations unies sur place. En dix ans, le nombre des expatri ?s a tripl ? en raison des inspections pointilleuses de distribution de l’aide qui "heurtent la fiert ? nationale".-(corresp)

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