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NHK, la principale t ?l ?vision publique japonaise est en crise

samedi 29 janvier 2005, par PONS*Philippe

La censure d’un programme sur la deuxi ?me guerre mondiale ravive le d ?bat sur l’Histoire.

Tokyo de notre correspondant

La d ?mission du pr ?sident de la cha ?ne de t ?l ?vision publique NHK, mardi 25 janvier, est un nouvel ?pisode de la crise de confiance dont est victime le principal m ?dia t ?l ?vis ? japonais. Le "faux pas" de la nouvelle ?quipe dirig ?e par Genichi Hashimoto, qui a cru bon de nommer comme conseillers de la cha ?ne le pr ?sident sortant, Katsuji Ebisawa, et ses collaborateurs, indique qu’elle n’a pas pris la mesure du m ?contentement des t ?l ?spectateurs. Devant le toll ? de l’opinion, l’ ?quipe sortante a finalement ?t ? ?cart ?e.

La puissante cha ?ne publique est l’objet d’une suite de scandales. Au d ?tournement des redevances sont venues r ?cemment s’ajouter des r ?v ?lations sur la "censure", ? la suite de pressions de membres du parti gouvernemental, d’un programme diffus ? en janvier 2001 sur le sujet sensible des "femmes de r ?confort". C’est le nom donn ? aux 200 000 Asiatiques, essentiellement d’origine cor ?enne, contraintes ? se prostituer pour l’arm ?e imp ?riale durant la deuxi ?me guerre mondiale. L’affaire a suscit ? une ?pre pol ?mique dans la presse, les grands quotidiens de centre gauche (Asahi, Mainichi) d ?non ?ant les ing ?rences du pouvoir politique dans la gestion des programmes de la cha ?ne publique tandis que ceux se situant ? droite (Yomiuri et Sankei) prenaient fait et cause pour NHK. Les d ?tournements de redevances avaient d ?j ? provoqu ?, ces derniers mois, un mouvement de boycottage du paiement de celles-ci.

SHOWA HIROHITO MIS EN CAUSE

L’affaire a ?clat ? le 12 janvier avec la publication par Asahi Shimbun d’articles fond ?s sur le t ?moignage du producteur de l’ ?mission en question, r ?v ?lant qu’il avait ?t ? contraint ? couper cinq minutes de son documentaire ? la suite de l’intervention, la veille de sa diffusion, de deux membres du Parti lib ?ral-d ?mocrate (Shinzo Abe, son secr ?taire g ?n ?ral, et Shoichi Nakagawa, ministre de l’ ?conomie et de l’industrie) aupr ?s des responsables. Au nom de l’"objectivit ?", NHK aurait d ?cid ? d’amputer le programme de passages sur un proc ?s fictif, organis ? ? Tokyo en d ?cembre 2000, par le "Tribunal des femmes contre la servitude sexuelle pendant la guerre". Pr ?sid ?e par Gabrielle McDonald, ex-pr ?sidente du tribunal sur les crimes de guerre en Yougoslavie, la "justice populaire" avait conclu ? la responsabilit ? de l’empereur Showa (Hirohito) pour les crimes commis en son nom et reconnu celui-ci "coupable de crime contre l’humanit ?". La cha ?ne publique et les deux hommes politiques ont r ?cus ? les accusations qualifi ?es de "falsifications".

Quelle que soit la r ?alit ? des faits, ce scandale tend ? confirmer les liens ?troits et permanents que le parti au pouvoir entretient avec la cha ?ne publique et incite ? s’interroger sur son ind ?pendance. "S’il n’y a pas eu pression, pourquoi l’ ?mission a-t-elle ?t ? soudainement modifi ?e ?", interroge Mainichi. "S’ils ont l’habitude, comme ils l’ont dit, de rendre compte des ?missions avant leur pr ?sentation ? des hommes politiques, les responsables de la NHK trahissent les t ?l ?spectateurs", poursuit le quotidien. La presse conservatrice et de droite d ?nonce, elle, la dimension "id ?ologique" de l’ ?mission. Si le sujet avait ?t ? pr ?sent ? dans sa version initiale, la NHK "aurait fait preuve d’irresponsabilit ?", ?crit Yomiuri.

Cette affaire est aussi symptomatique d’une nouvelle flamb ?e d’acrimonie dans le d ?bat sur l’histoire avec une droite au sein du parti conservateur de plus en plus virulente. Elle illustre aussi un recul de la confiance de l’opinion en un m ?dia qui jouissait, malgr ? ses liens avec le pouvoir, d’une bonne cr ?dibilit ?. Par son statut, comparable ? celui de la BBC, NHK est tenue ? l’ind ?pendance.

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