Debating India
Home page > Public directory > Social and Economical Issues > La pauvret? en Inde : une question de castes ?

INDE

La pauvret? en Inde : une question de castes ?

Marie-C. SAGLIO-YATZIMIRSKY

Monday 4 August 2003, by SAGLIO-YATZIMIRSKY*Marie-Christine

? On vient nous chercher et on nous paie pour voter, et nos jeunes sont maintenant sortis de l’ignorance. Le gouvernement lui-m?me travaille pour nous. Autrefois, ceux qui poss?daient faisaient travailler les pauvres, et leur donnaient ? manger. Ils faisaient la loi. Personne ne venait nous demander ce qu’on voulait. Et puis on a voulu qu’on vote, et aujourd’hui, nous les Parias, on se civilise. Il y a aussi plus de monde qu’avant, plus de pauvres, et ce monde et ces pauvres r?clament, maintenant. ?

Viramma, intouchable d’un village de l’Inde du Sud [1]

Plus du tiers de la population indienne souffre aujourd’hui de malnutrition, d’illettrisme, de mauvaises conditions de sant? et de logement [2] [3]. Pourtant, les bas revenus et les conditions de vie ne r?v?lent qu’un aspect partiel du d?nuement du pauvre en Inde, qui est aussi m?pris? par une soci?t? qui l’a toujours tenu ? l’?cart. La pauvret? en Inde a en effet cela de sp?cifique qu’elle n’est pas seulement une question de revenu, mais de statut. Dans la soci?t? hindoue organis?e en castes (jati) [4], la naissance positionne l’individu sur une ?chelle de statut. De la position de caste d?coulait autrefois un niveau d’aisance relatif et des attributs de pouvoir : en bas de l’?chelle ?taient les intouchables et les plus basses castes, stigmatis?s par leur statut inf?rieur et rel?gu?s aux t?ches impures et aux difficiles travaux agricoles. Depuis la fin du si?cle dernier, les ?volutions ?conomiques et politiques ont remis en cause cette congruence entre statut rituel inf?rieur et pauvret?. La Constitution de 1950 fixe un objectif de justice sociale et d’?galit? des chances et ?tablit des mesures sp?ciales - si?ges r?serv?s pour la repr?sentation politique et quotas dans l’?ducation et les emplois publics - pour les cat?gories ? arri?r?es ? (backward classes) qu’elle d?finit selon un crit?re de caste : ces groupes comprennent en particulier les Scheduled Castes c’est-?-dire les intouchables et les Scheduled Tribes ou tribus.

Le paradoxe de la politique cat?gorielle de la pauvret? est qu’elle favorise la fragmentation des groupes b?n?ficiaires en castes d’int?r?ts rivaux dans l’attribution des avantages, en particulier depuis l’ouverture des quotas en 1990 ? d’autres classes d?favoris?es (Other Backward Classes ou OBC), cat?gorie h?t?rog?ne qui correspond aux castes interm?diaires et qui comprend plus de la moiti? de la population indienne. Cette fragmentation est aviv?e par le jeu des partis politiques qui se fid?lisent des castes comme autant de groupes d’?lecteurs. Cela dit, les termes du rapport entre les politiques et les pauvres ont ?volu?. Les ? backward ? r?pertori?s sont devenus par leur nombre une force majeure avec laquelle il faut compter. La formation de partis de basses castes ou d’intouchables et leur poids politique actuel t?moignent de l’?mancipation progressive des pauvres. De sorte que la cast?isation des pauvres, contradictoire avec les principes ?galitaristes de la soci?t? d?mocratique, semble la condition n?cessaire d’une politique en leur faveur.

La pauvret? : une affaire de caste ?

La corr?lation traditionnelle entre les appartenances de caste et de classe

Les ? pauvres ? dans la soci?t? rurale traditionnelle, structur?e par la hi?rarchie de statuts regroupaient principalement les basses castes de service et les intouchables. Ces derniers exer?aient les m?tiers impurs et d?valoris?s d’?quarrisseurs, de tanneurs, de balayeurs, de vidangeurs (etc.) et constituaient ?galement la grosse masse des travailleurs agricoles sans terre. Viennent dans l’?chelle hi?rarchique, les castes de service (shudra), puis les castes marchandes (vaishya) suivies des castes guerri?res (kshatriya), enfin les castes de brahmanes. Le syst?me jajmani [5]. Il assurait ainsi la subsistance et la relative s?curit? des castes de service et des travailleurs agricoles. L’endettement chronique de la main d’?uvre intouchable traduisait toutefois leur situation pr?caire. La pauvret? des plus basses castes ?tait donc r?elle, mais elle semblait alors partie int?grante d’un syst?me hi?rarchique o? statut de caste et position de classe ?taient corr?l?s, ce qui la rendait ? acceptable ? par la soci?t? [6].

Urbanisation et industrialisation

La disparition progressive de cette organisation a ?t? favoris?e par l’industrialisation et l’urbanisation. Avec l’ouverture de l’?conomie villageoise et la mon?tarisation des ?changes, la transmission des m?tiers de caste entre g?n?rations est moins syst?matique, tandis que les opportunit?s de mobilit? spatiale et socio-?conomique se multiplient, souvent anim?es par des logiques d’?l?vation statutaire. L’?mergence des grands centres urbains se fait sur la base du capital manufacturier et commer?ant qui introduit une nouvelle division du travail, et ignore les sp?cialisations de caste. Sur le march? du travail urbain comp?titif, les migrants r?pondent ? la demande d’une main d’?uvre non qualifi?e dans le travail informel, qui favorise la disparition de leurs qualifications artisanales traditionnelles, et les appauvrit souvent. Un double ph?nom?ne acc?l?re la croissance des bidonvilles : la pression hors des villages o? le travail manque, et l’attirance pour la ville industrielle qui offre du travail. Aujourd’hui la moiti? de la population des m?galopoles de Bombay, Calcutta et Delhi vit dans des quartiers auto-construits et pr?caires. Cette pauvret? urbaine est d’autant plus insoutenable qu’elle r?v?le les disparit?s de niveaux de vie entre les pauvres et la classe moyenne [7] .

Ces ?volutions ont modifi? certaines structures socio-?conomiques : la pauvret? a d?pass? les limites de la caste et touche une population de plus en plus h?t?rog?ne. D’une part, des ?carts de revenus apparaissent ? l’int?rieur des castes, d’autre part des populations sp?cifiquement vuln?rables sont de plus en plus touch?es par la pauvret? : il s’agit des ch?meurs, femmes et enfants. L’ad?quation entre positions de caste et de classe, qui explique que les groupes sociaux de plus bas statut hi?rarchique aient ?t? aussi les plus d?munis, s’est donc rel?ch?e.

Les structures sociales traditionnelles, comme la famille et la caste, sont boulevers?es et leur fonction de r?seau de solidarit? s’en trouve affaiblie. Dans les villages o? le sous-emploi chronique provoque des migrations et dans les villes qui subissent l’affluence continuelle de migrants de toutes origines, les r?seaux d’entraide, construits par les liens de famille, de village ou de jati, disparaissent progressivement. La pauvret? rev?t donc le visage social de l’exclusion, comme en t?moigne la multiplication des ghettos dans les centres urbains, mais aussi dans les bidonvilles eux-m?mes stratifi?s par les ?carts de revenus.

La mesure officielle de la pauvret? par la caste

La politique de discrimination positive

Cette ?volution s’est inscrite dans un moment cl? de l’histoire politique de l’Inde : celui de la mise en place des institutions d?mocratiques de la nation ind?pendante qui se donne pour t?che la ? fin de la pauvret?, de l’ignorance, de la maladie et des in?galit?s des chances ? [8]. Les principes fondamentaux sur lesquels repose la Constitution sont l’interdiction de toute discrimination dont celle fond?e sur la caste (art. 15), l’abolition de l’intouchabilit? (art. 17), et l’?galit? des citoyens (art. 16). Le principe de non discrimination (art. 15 (1)) ne doit pas emp?cher le gouvernement de prendre des mesures sp?ciales en faveur des Scheduled Castes (SC, castes r?pertori?es et anciennes ? depressed community ?), des Scheduled Tribes (ST, Tribus r?pertori?es), et des ? groupes socialement et ?conomiquement arri?r?s ? (SEBC, Socially and Educationally Backward Classes) (art. 15 (4)). Pour d?finir ces cat?gories de ? pauvres ?, le gouvernement de J. Nehru s’appuie sur les classements administratifs syst?matiques op?r?s par les britanniques depuis la constitution du Registre G?n?ral de l’Inde en 1881, et sur les listes de castes ?tablies dans les recensements d?cennaux, dont celui de 1931, le dernier ? faire correspondre les groupes sociaux aux ?tats (varna). Avant l’ind?pendance, les b?n?ficiaires du syst?me de compensation pr?f?rentielle ?taient les groupes se caract?risant par leur retard dans l’?ducation et souffrant d’intouchabilit?, c’est-?-dire ceux qui ?taient exclus de l’utilisation des biens publics (routes, puits, ?coles?) [9].

A l’ind?pendance, la nouvelle politique de discrimination positive identifie clairement ses b?n?ficiaires : les intouchables et les tribus. En revanche, la cat?gorie des ? autres classes arri?r?es ? (Other Backward Classes) est plus impr?cise. Dans la Constitution de 1950, comme dans l’emploi qui en est fait au XIX? si?cle, le terme de ? classe ? ne se r?duit pas au sens ?conomique ; il d?signe plus largement des personnes ayant en commun certaines caract?ristiques qui peuvent ?tre ethniques, religieuses ou encore de caste. La cat?gorie des OBC comprend donc une population h?t?rog?ne m?me si elle recouvre globalement les basses castes [10]. La Constitution attribue aux castes et tribus r?pertori?es des si?ges dans les assembl?es l?gislatives en nombre proportionnel ? leur population (art. 330). Elle ne pr?cise pas de mesures directes de r?servation dans les emplois publics (art. 335), mais s’engage ? consid?rer les requ?tes formul?es par les SC et ST. La disposition de l’article 16(4) de la Constitution r?serve 12,5% des postes pour les SC, et 5% pour les ST. En 1970, ces pourcentages ont respectivement ?t? ?lev?s ? 15% et ? 7%, ce qui correspond au poids respectif de ces groupes dans la population indienne.

L’?largissement des quotas ? la moiti? de la population indienne

Au d?part, la politique de discrimination positive ?tait limit?e ? une p?riode d’attribution de vingt ans (art. 331 de la Constitution), mais ce d?lai a ?t? reconduit trois fois jusqu’? l’an 2000. Au cours de cette p?riode elle a connu deux am?nagements majeurs. Le premier est la possibilit? d’un ?largissement des b?n?ficiaires ? d’autres groupes d?favoris?s (Other Backward Classes), question examin?e d?s 1953. Si les principales recommandations du comit? sont alors rejet?es par crainte d’aviver des tensions sectaires, le gouvernement autorise toutefois les Etats ? ?tablir ponctuellement leur liste de groupes d?favoris?s et ? mettre en place des mesures pour les r?habiliter. La question est reprise par la commission Mandal en 1978. Selon son rapport de 1980, 52% de la population indienne appartiendrait ? la cat?gorie des autres groupes d?favoris?s (Other Backward Classes). La r?forme est finalement promulgu?e par le gouvernement non congressiste et socialiste du parti Janata Dal en ao?t 1990. Ces autres classes d?favoris?es b?n?ficient d?sormais, comme les SC et ST, de r?servations et d’avantages dans les emplois publics et semi-publics et d’admissions dans les institutions ?ducatives, dans une limite de 27% des postes, limite impos?e par la Cour Supr?me pour que le total des r?servations ne concerne pas plus de 50% des postes [11].

Les recommandations de la commission Mandal se fondent sur le crit?re de caste pour mesurer le retard social, sans prendre en compte le niveau ?conomique. La caste s’affirme ainsi comme le crit?re de base de la politique sociale, au d?triment de la classe au sens socio-?conomique du terme. Cet ?largissement des mesures de discrimination positive aux OBC permet certes de d?passer la probl?matique des minorit?s - intouchables et tribus - pour une politique plus g?n?rale de justice sociale, mais il ?loigne d’une vision socialiste d’int?gration des plus d?munis et favorise les tensions sectaires.

L’adaptation des quotas ? une d?finition plus ?conomique de la pauvret?

Toutefois l’introduction de crit?res socio-?conomiques dans la d?finition de la population-cible permet d’?tayer cette politique et constitue la seconde modification importante. En effet, la distribution des quotas cr?e des injustices puisque les strates sup?rieures des castes r?pertori?es b?n?ficient ?galement d’avantages. Dans les ann?es cinquante, le Ministre de l’Int?rieur recommande aux Etats un crit?re tenant compte de la profession et l’introduction d’un plafond de revenus. En 1963, les conclusions du cas Balaji v. State of Mysore pr?cisent que le crit?re de caste (au sens de rang) ou de communaut? (qui comprend les castes) est constitutionnel mais qu’il n’est pas exclusif : les crit?res de retard social (? social backwardness ?), de profession ou de lieu d’habitation sont ?galement pertinents dans la d?finition des groupes d?favoris?s. Les crit?res de revenu et de profession s’imposent donc comme mesures suppl?mentaires du retard de certains groupes. Une d?cision de mars 1993 tente de limiter les b?n?fices aux seuls n?cessiteux parmi les castes s?lectionn?es : les conclusions du comit? Prasad d?finissent une ?lite (creamy-layer) ? l’int?rieur des castes de b?n?ficiaires r?pertori?es, c’est-?-dire les personnes n’ayant plus besoin des b?n?fices.

Les limites de la politique de discrimination positive La politique de discrimination positive a permis une am?lioration de la condition des plus pauvres, comme en t?moigne par exemple le d?veloppement de leur niveau d’?ducation. En 1961, 10% des intouchables ?taient alphab?tis?s ; en 1991, ils sont 37%. L’?cart entre eux et le reste de la population se r?duit : les pourcentages de la population indienne alphab?tis?e sont respectivement de 24% en 1961 et de 52% en 1991. Mais le retard des intouchables est encore important : ils sont quasiment absents de secteurs entiers. Ainsi, ils ne repr?sentent que 7% des ?tudiants de l’enseignement sup?rieur en 1979. Les r?servations dans les emplois publics ne touchent qu’une faible proportion de l’immense masse des intouchables sans am?liorer le sort de la majorit? et ne semblent pas remettre en cause la hi?rarchie de castes qui r?serve aux plus hautes les meilleurs emplois. Ainsi, en 1987 les intouchables occupent 20% des emplois du gouvernement central de classe 4 (balayeurs et appariteurs), 15% des postes de classe 3 (employ?s de bureaux), 8% des postes de classe 2, et 5% de ceux de classe 1. Enfin, il faut distinguer les mesures en faveur des intouchables qui se sont av?r?es n?cessaires ? l’am?lioration de leur condition, des mesures r?serv?es aux OBC, plus discutables dans leur conception, leur application et leur r?sultat.

Les programmes anti-pauvret?

D?finition de la population cible

Outre la politique de discrimination positive, un ensemble de mesures contre la pauvret? ?conomique est mis en place ? l’ind?pendance. L’action sociale s’intensifie, en particulier sous le premier gouvernement d’Indira Gandhi (1966-1977) qui fait du slogan ? garibi hatao ! ? (litt. ? Chassons la pauvret? ! ?) son programme politique. Jusqu’? la fin des ann?es soixante-dix, la priorit? est la lutte contre la pauvret? rurale, num?riquement plus importante que la pauvret? urbaine, et qui touche particuli?rement les paysans sans terre. La politique de redistribution de la terre ? celui qui la cultive personnellement, qu’il soit propri?taire, m?tayer, ou travailleur agricole, est toutefois peu appliqu?e - sauf dans le Bengale occidental [12] - et cela pour des raisons essentiellement politiques : le gouvernement recule en effet devant la pression des lobbies de grands propri?taires ruraux ; les petits paysans et les travailleurs manquent de moyens pour se mobiliser. Leur condition s’am?liore donc peu, ils restent politiquement et ?conomiquement assujettis ? des classes moyennes qui s’enrichissent. Les divisions de classe restent fond?es sur des divisions de caste : les intouchables et tr?s basses castes s’opposent aux agriculteurs ais?s. Le recensement de 1991 r?v?le la sur-repr?sentation des intouchables dans le monde rural pauvre : 50% des travailleurs intouchables sont des travailleurs agricoles, et 25% des m?tayers : endett?s, au revenu insuffisant pour ?pargner et s’?duquer, ils ne font souvent que survivre. La difficult? d’atteindre les plus pauvres Le programme d’aide alimentaire ou syst?me de distribution publique (PDS, Public Distribution System) mis en place d?s les ann?es cinquante vise les bas revenus et met ? leur disposition dans les boutiques d’Etat (les fair-price shops) des c?r?ales ? prix r?duits. Ce syst?me souffre, outre des probl?mes structurels de fonctionnement (probl?mes de transport et de distribution, trafic, revente et march? noir) d’un manque d’efficacit? : mal distribu? dans les zones rurales les plus recul?es, aux prix de vente encore trop ?lev?s, il n’atteint pas sa population-cible, les pauvres des zones rurales. Il profite donc surtout aux populations urbaines aux revenus moyens.

Les grands programmes de travaux ruraux, les plans ? Food for Work ?, ont pour cible les ch?meurs, qui sont r?tribu?s majoritairement en grains contre leur participation ? des travaux d’am?nagement d’int?r?t collectif. Certains de ces programmes sont ambitieux comme le Employment Garantee Scheme lanc? par l’Etat du Maharashtra en 1972, qui garantit un emploi aux travailleurs ruraux pendant la basse saison. Lors du sixi?me plan quinquennal (1980-85), ce projet est ?largi au niveau national. Certains de ces programmes ont pour avantage d’affiner leur cible, comme le programme de d?veloppement rural int?gr? (Integrated Rural Development Programme) de 1981, qui r?serve 50% de ses emplois aux SC-ST, et 40% ? des femmes. L’id?e est de favoriser l’acc?s au capital pour que les pauvres se constituent en petits entrepreneurs (achat d’une vache laiti?re?). Mais ces programmes r?v?lent vite des limites : la population cible est souvent trop d?munie ou illettr?e, ou encore trop peu qualifi?e pour pouvoir profiter de ces opportunit?s. Et les b?n?ficiaires sont ceux qui ma?trisent un certain nombre de donn?es (acc?s aux terres, ?ducation?). En outre, ces programmes anti-pauvret? reposent sur une d?finition trop quantitative de la pauvret? (budget, ressources nutritionnelles?) et proc?dent comme mesure d’urgence plut?t que de d?veloppement ? long terme.

Cela dit, l’?chec de certains programmes s’explique autant par les limites techniques de conception et de mise en place que par l’attribution client?liste des aides.

Les exceptions r?gionales du Kerala et du Bengale Occidental d?montrent pourtant la r?ussite de politiques sociales ambitieuses. Ainsi, d?s les ann?es cinquante, le gouvernement communiste (CPI(M)) du Kerala a mis au point une politique de d?veloppement qualitatif et a assur? un niveau d’?ducation et un syst?me de soins publics g?n?ralis?s, ainsi qu’un syst?me de retraite et de salaire minimum aux travailleurs agricoles. L’effort et l’orientation id?ologique des gouvernements d’Etats les rendent largement responsables des progr?s de la lutte contre la pauvret?, m?me si cette conception de l’aide est critiqu?e.

Les effets pervers de la politique de discrimination positive Les rivalit?s entre pauvres

Dans les faits, la politique de quotas a favoris? les revendications sectaires et les rivalit?s entre les castes pour l’obtention d’avantages, aviv?es par le client?lisme et les strat?gies ?lectorales des partis. L’?largissement des r?servations aux autres castes d?favoris?es (Other Backward Classes) en 1990, c’est-?-dire ? plus de la moiti? de la population indienne, a accentu? les clivages entre les castes. Les antagonismes entre communaut?s de statuts diff?rents se sont ainsi multipli?s sous la forme de violences (atrocities), par exemple au Bihar, entre les intouchables travailleurs du cuir chamar, les castes d’agriculteurs propri?taires yadav et les brahmanes bhumihar.

Les cas de rivalit?s au niveau local entre les castes de m?me statut, par exemple entre les intouchables, sont nombreux au Maharashtra et en Uttar Pradesh, deux Etats remarquables par l’ampleur de la mobilisation politique des tr?s basses castes. Le Maharashtra se pose comme le lieu de naissance des mouvements dalits [13]c’est-?-dire des intouchables politis?s. En effet, les mahar, intouchables, autrefois gardiens de village, ont ?t? politis?s d?s les ann?es vingt par le leader Ambedkar [14] qui les a organis?s en f?d?ration, puis dans le RPI (Republican Party of India) en 1956. Politiquement bien repr?sent?s, les mahar sont ainsi en position favorable pour l’obtention d’avantages, ce qui avive les tensions avec les autres castes intouchables minoritaires de l’Etat, dont les castes locales du cuir (cambhar). A la recherche d’une protection propre, ces derniers se tournent alors majoritairement vers le Congr?s, parti dominant, et esp?rent ainsi b?n?ficier avantageusement du syst?me de r?servations. Aujourd’hui, les mahar sont fid?les sinon au RPI, du moins ? l’id?ologie d’Ambedkar. Les cambhar sont divis?s entre le Congr?s, leur traditionnel parti d’all?geance, et les partis nationalistes hindous.

La rivalit? entre castes intouchables, qui aboutit donc ? une polarisation de leur vote, se retrouve ?galement en Uttar Pradesh. La caste majoritaire intouchable des jatav, cordonniers, a profit? de l’? ambedkarisation ? et s’est ralli?e au RPI dans les ann?es soixante, puis au Bahujan Samaj Party, parti dalit fond? en 1984. Moins ?duqu?e et plus pauvre, la communaut? balmiki, qui regroupe des castes intouchables de balayeurs, t?moigne d’une socialisation politique toute diff?rente. Aujourd’hui, la vieille g?n?ration vote pour le Congr?s, tandis que la nouvelle est s?duite par les partis nationalistes hindous. La division entre jatav et balmiki est la cons?quence de rivalit?s statutaires et ?conomiques renforc?es par la politisation de la question des quotas, mais aussi par l’action des partis qui instrumentalisent ces rivalit?s.

Le d?veloppement du client?lisme

En effet, l’importance num?rique des pauvres leur donne un poids consid?rable dans l’institution d?mocratique caract?ris?e par le suffrage universel. Ils sont donc une cible ?lectorale essentielle.

Dans les ann?es cinquante ? soixante dix, p?riode d’h?g?monie du Congr?s, les basses castes manquent d’exp?rience politique et sont ais?ment manipulables : les faibles niveaux d’?ducation et de d?veloppement ?conomique des pauvres favorisent les relations client?listes c’est-?-dire leur r?cup?ration par les politiques. Les ?lections sous le r?gne du Congr?s fonctionnent ainsi par ? banques de votes ? gr?ce ? des notables influents, souvent des castes dominantes, capables de se rallier les voix de ceux qui se trouvent sous leur d?pendance ?conomique et politique [15]. Dans les Etats o? le Congr?s est moins important, les pauvres se tournent vers les partis communistes ou socialistes. Ainsi au Kerala et Bengale Occidental, ils soutiennent les partis communistes ; au Tamil Nadu et en Andhra Pradesh, ils appuient les partis r?gionaux anti-brahmanes. Dans les Etats communistes, les int?r?ts de classe semblent pr?dominer sur les int?r?ts de caste, sans toutefois les remplacer.

Une tendance politique r?cente a renforc? l’int?r?t ?lectoral que repr?sentent les plus pauvres. La mont?e du parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP), en a fait une cible encore plus strat?gique. Ce parti nationaliste d?veloppe comme argument central la d?fense de ? l’hindouit? ? (hindutva). S’opposant ? tout ?l?ment ?tranger, anti-musulman, il int?gre dans sa d?finition du peuple hindou les intouchables et basses castes, dont il cherche ? se rallier les votes. Ainsi, la cast?isation de la politique, c’est-?-dire l’?mergence de la caste comme structure politique d?terminante, qui identifie un parti ? une caste et privil?gie les consid?rations de caste lors du vote, caract?rise le jeu ?lectoral indien aujourd’hui. Les exemples se multiplient de fragmentations entre les castes de statut pourtant similaire, qui, selon leurs int?r?ts locaux, font telle ou telle alliance. Par exemple au Bihar, les kurmi, basse caste paysanne, s’opposent aux intouchables et votent pour le parti socialiste (Samajwadi Party ou SP). Dans l’Uttar Pradesh en revanche, ils s’allient avec les intouchables puisqu’ils sont en rivalit? avec les yadav (bouviers), la basse caste majoritaire qui forme la base ?lectorale du parti socialiste (SP).

La d?magogie des programmes ?lectoraux

Les strat?gies politiques aboutissent au d?veloppement de programmes d?magogiques et partisans, o? l’effort social est r?duit ? un argument ?lectoral. ? Ils pensent ? nous avant les ?lections, mais apr?s ils ne savent plus o? on habite ! ? commente l’intouchable Viramma pour exprimer ces strat?gies ?lectorales et de courte dur?e. Elle ajoute ? propos des deux partis r?gionaux : ? Ces deux partis pensent pareil, ils veulent la d?mocratie et faire quelque chose pour les pauvres, mais une fois au pouvoir, ils ne s’occupent plus de nous ? [16] .

Ainsi au Maharashtra, le parti nationaliste hindou r?gional de la Shiv Sena a gagn? les voix des ?lecteurs intouchables non mahar - ces derniers ?tant acquis au RPI - par des politiques outranci?rement d?magogiques, comme en t?moigne son programme de logement urbain. La Shiv Sena, arriv?e ? la t?te de la municipalit? de Mumbai en 1984 a d’abord men? une croisade pour le nettoyage de Mumbai rebaptis?e ? Slumbay ? et a orchestr? des d?molitions et expulsions syst?matiques comme elle l’avait promis ? son ?lectorat de petites classes moyennes. Mais face ? l’int?r?t croissant que repr?sente le nombre des ?lecteurs intouchables et de basses castes, elle adopte un programme d?magogique, dont la promesse de logements gratuits aux plus pauvres constitue l’argument ?lectoral majeur. Ainsi en 1989, la Shiv Sena promet un million de logements aux habitants des bidonvilles. Ce programme, reconduit en 1991 dans le Slum Rehabilitation Development Program, pr?voit de reloger temporairement les habitants puis de leur allouer les appartements construits ? la place des baraques du bidonville. En 1995, seuls 15 300 membres sont effectivement b?n?ficiaires du plan. Lors de la campagne pour les ?lections l?gislatives de l’Etat du Maharashtra en 1995, le logement des pauvres est toujours l’argument ?lectoral gagnant de la Shiv Sena, dont le nouveau plan, le Slum Rehabilitation Authority, promet la construction de 800 000 logements gratuits pour les habitants des bidonvilles. Cette politique a rapidement montr? ses limites. Mat?riellement irr?alisable, elle r?v?le les enjeux ?lectoraux sous-jacents, et le hiatus entre les discours et l’action : les expulsions se poursuivent dans des conditions toujours plus dramatiques [17]et les habitants des bidonvilles ne participent toujours pas ? la conception des programmes de r?habilitation.

La mobilisation cast?iste : condition pour la reconnaissance politique des pauvres ?

La mont?e des partis dalits

La fragmentation des basses castes en groupes rivaux et la cast?isation de la politique sont des effets pervers de la politique de discrimination positive. Pourtant la promotion de la caste au centre du jeu politique est aussi un vecteur potentiel de d?mocratisation, et pas n?cessairement un facteur de fermeture et de violence sectaires. En effet, la reconnaissance et l’affirmation de leur caste par les intouchables et les basses castes est un ph?nom?ne nouveau en Inde qui leur a permis de constituer leur propre force et de s’imposer dans le paysage politique actuel. Aujourd’hui celui-ci est marqu? par de fortes personnalit?s intouchables : celle de Mayawati, chef du gouvernement (chief minister) de l’Uttar Pradesh en 1995, celle de Ram Vilas Paswan, ministre sous les gouvernements socialistes de 1989-90 et de 1996, celle de Kanshi Ram, fondateur du plus grand parti dalit.

Certes la mobilisation des castes intouchables et basses castes n’est pas r?cente. Elle a ?t? favoris?e d?s les ann?es vingt par Gandhi et Ambedkar. Mais le parti r?publicain (RPI) cr?? par ce dernier n’a jamais eu, pour des raisons id?ologiques et factionnelles, l’ampleur d’un mouvement national. La constitution du Bahujan Samaj Party (BSP) en 1984 par le leader intouchable Kanshi Ram a donn? des dimensions nationales au parti intouchable. Le Bahujan Samaj regroupe litt?ralement la pl?be, le peuple. Il rassemble les voix des chamar - la caste intouchable majoritaire dans le Nord de l’Inde - mais aussi celles d’autres tr?s basses castes. Il d?veloppe une strat?gie ?lectorale pragmatique, qui admet les alliances politiques avec tout autre parti qui soutient sa cause, fut-il des plus ?loign?s dans sa composition sociale et id?ologique. Cette strat?gie explique des alliances qui peuvent para?tre opportunistes, avec le parti socialiste (SP) en 1993,avec le parti nationaliste hindou (BJP) en 1995, et avec le Congr?s aujourd’hui. Dans l’optique dalit l’accession au pouvoir prime, dans l’imm?diat, sur la r?forme sociale.

L’alliance entre le Bahujan Samaj Party (BSP) des intouchables et le Samajwadi Party (SP) des OBC a permis aux partis des ? pauvres ? de remporter les ?lections r?gionales de l’Uttar Pradesh en 1993. A la suite de la d?gradation des relations entre les ?lecteurs des deux partis, aux int?r?ts de classe et aux statuts divergents, le gouvernement d’alliance tombe en 1995. Le parti dalit s’allie alors au parti nationaliste hindou, le BJP, dont l’?lectorat provient tr?s majoritairement des hautes castes. Le premier remporte ainsi 20% des suffrages, le second 33%. Leur victoire leur permet de porter ? la t?te du gouvernement d’Uttar Pradesh une femme intouchable, Mayawati, ?lue par les deux tiers des intouchables de l’Etat. Cette d?signation est une double atteinte au syst?me de pouvoir traditionnel fond? sur les sup?riorit?s hi?rarchiques de caste et de sexe. Elle ne permet toutefois pas de rassembler les ?lecteurs pauvres. En effet, Mayawati d?veloppe des mesures en faveur des intouchables, dont elle s’entoure dans la haute administration : un programme baptis? des ? villages Ambedkar ? distribue aux dalits les terres en attente depuis la p?riode de l’Etat d’urgence (1975-77), construit des routes, des maisons, des pompes ? eau et des sanitaires. Ces mesures et des actions symboliques, comme l’?rection de statues d’Ambedkar dans les lieux publics [18] , avivent les tensions entre les b?n?ficiaires dalits et les autres castes pauvres.

La strat?gie du nombre et la repr?sentation du groupe

Les factions et les coalitions instables caract?risent donc le jeu ?lectoral indien aujourd’hui. Les pauvres doivent ainsi s’allier dans un paysage o? les partis sont de plus en plus fragment?s. La prise de parole passe en effet par la force du nombre et par la mobilisation autour d’un groupe ? imaginaire ?.

Au niveau local, la ? conscientisation ? des pauvres et leur mobilisation s’acc?l?re, comme en t?moigne le cas d’un bidonville de Calcutta [19], o? depuis les ann?es cinquante, des migrants s’entassent. Cette migration incessante ne s’inscrit dans aucun r?seau d’accueil pr?alable qui l’organiserait en communaut? structur?e. Pourtant, les migrants ont d? agir en groupe (collective) pour faire front aux autorit?s mena?ant de d?truire leur habitation. Leur progressive organisation a pris la forme d’associations d’entraide sociale (cliniques, organisation de festivals, de rencontres?), outre les r?seaux informels de solidarit? n?cessaires pour trouver un emploi ou survivre financi?rement. Cette mobilisation a forc? l’?coute des autorit?s. Ainsi la revendication des pauvres s’op?re n?cessairement sur une base communautaire et non individualiste. Cette forme d’action permise par l’invention d’une communaut? et par l’utilisation de structures traditionnelles (liens de parent? et de caste) pour nourrir une rh?torique de l’autonomie et de l’?galit? des droits se r?v?le particuli?rement moderne.

La protection de l’?lecteur pauvre

La mobilisation des basses castes est favoris?e par l’?volution r?cente de l’Etat de droit. La Commission ?lectorale s’est r?v?l?e une institution fondamentale. Cette derni?re assure le bon d?roulement des ?lections et supervise les op?rations de vote dans chaque Etat. Elle a redoubl? d’efficacit? sous la pr?sidence de T.N. Seshan de 1991 ? 1996 (chief election commissionner). Elle a en effet proc?d? ? la multiplication des observateurs et des forces de s?curit?, ? la protection renforc?e des ?lecteurs, et a soumis les partis ? plus de transparence - plafonnement des budgets de campagnes ?lectorales... Ainsi les violences lors des ?lections ont consid?rablement baiss?, assurant une plus grande libert? du vote. La mont?e du taux de participation dans des r?gions de tension comme en Uttar Pradesh en t?moigne.

La protection des ?lecteurs les plus vuln?rables favorise leur mobilisation et la reconnaissance de leur r?le politique. L’?mancipation politique des pauvres appara?t dans les propos de Viramma, porte-parole des ? parias ? : ? nous on dit ? chacun qu’on votera pour lui, et on prend l’argent. Mais de toute fa?on, il n’y a qu’une voix par personne, et il faut voter pour une seule personne ? [20]. Les mesures d’intimidation lors de la campagne de vote et les vengeances des candidats d?bout?s (destruction du quartier intouchable du village?) d?crites par ce t?moin n’emp?chent donc pas les pauvres de voter pour le candidat de leur choix. Le pauvre : un acteur en voie de conqu?rir sa place ? La sp?cificit? d’une r?flexion sur la pauvret? en Inde r?side dans l’inbrication des aspects socio-?conomiques et des consid?rations de statut et de pouvoir.

Certes les cat?gories de ? pauvres ?, ? basses castes ? et ? intouchables ? ne sont pas assimilables. Pourtant, en retenant la caste comme crit?re majeur dans la d?finition de sa population cible, la politique de discrimination positive m?le la notion de retard social et ?conomique et celle d’inf?riorit? statutaire. Cette politique, d’abord r?serv?e aux seuls SC et ST, a pris une nouvelle dimension en s’?largissant aux autres groupes d?favoris?s en 1990 : elle confirme une r?flexion en termes de statut et d’appartenance de caste plut?t qu’en termes de classe au sens socio-?conomique.

Cette politique cat?gorielle de compensation pr?f?rentielle a deux effets pervers. D’une part elle favorise la cast?isation du jeu politique et la fragmentation de l’?lectorat des ? pauvres ?, fragmentation largement exploit?e par les partis. D’autre part, elle politise les enjeux sociaux dont celui de la pauvret?.

Mais cette politique a aussi des effets positifs. Le nouveau r?le que les basses castes et les intouchables sont aujourd’hui conscients de tenir remet en cause le pouvoir traditionnel d?tenu par les seules hautes castes et ?largit le pluralisme d?mocratique. C’est donc paradoxalement en reconnaissant la caste comme moteur d’injustice qu’elle sert de vecteur ? plus d’?galit? sociale. Ce paradoxe est inscrit au c?ur de la Constitution de 1950, qui a pour finalit? d’int?grer socialement et ?conomiquement les populations d?favoris?es, alors que leur cat?gorisation syst?matique les stigmatise comme telles.

Les derni?res d?cennies t?moignent d’avanc?es importantes, mais l’am?lioration en profondeur de la condition des pauvres - rattrapage du retard dans l’?ducation, ?volution des conditions de vie?est lente. Cette lenteur t?moigne du manque de volont? au niveau gouvernemental et de l’ambivalence face ? la question de la pauvret? d’une classe politique compos?e majoritairement d’?lites.

Pourtant, la cl? d’une action sociale efficace semble bien r?sider dans la participation effective des plus d?munis au pouvoir. Or, la fragmentation des pauvres ne permet ? aucun parti dalit d’avoir la majorit?, ce qui oblige, ? terme, ? une mobilisation communautaire. Cette derni?re est d’autant plus n?cessaire que la lib?ralisation de l’?conomie indienne depuis les ann?es quatre-vingt a pour cons?quence de r?duire les budgets sociaux [21]. La participation politique des pauvres permettrait ?galement de les sortir d’une autre forme de pauvret?, psychologique et tout aussi violente, celle du stigmate de l’inf?riorit? statutaire, de la dignit? bafou?e.

P.S.

[1] Viramma, Racine J. L. & J., Une Vie Paria. Le Rire des Asservis, Paris, Plon, 1994, 368 p.

[2] Les donn?es chiffr?es de cet article sont issues du recensement indien de 1991, des chiffres du PNUD 1997, et d’enqu?tes men?es ? Mumbai entre 1993 et 1998. Le seuil de pauvret? est calcul? ? partir des d?penses de consommation n?cessaires pour assurer 2400 calories/personne/jour dans les zones rurales et 2100 calories/personne/jour dans les zones urbaines : 450 millions de personnes sur 950 millions se situeraient aujourd’hui sous ce seuil. Des mesures plus qualitatives de la pauvret? sont utilis?es ?galement pour la recherche ou les programmes gouvernementaux, qui tiennent compte entre autres du niveaux d’?ducation et de l’esp?rance de vie, de la propri?t? et de la profession.

[3] Les donn?es chiffr?es de cet article sont issues du recensement indien de 1991, des chiffres du PNUD 1997, et d’enqu?tes men?es ? Mumbai entre 1993 et 1998. Le seuil de pauvret? est calcul? ? partir des d?penses de consommation n?cessaires pour assurer 2400 calories/personne/jour dans les zones rurales et 2100 calories/personne/jour dans les zones urbaines : 450 millions de personnes sur 950 millions se situeraient aujourd’hui sous ce seuil. Des mesures plus qualitatives de la pauvret? sont utilis?es ?galement pour la recherche ou les programmes gouvernementaux, qui tiennent compte entre autres du niveaux d’?ducation et de l’esp?rance de vie, de la propri?t? et de la profession.

[4] L’ambigu?t? du terme de caste vient de ce qu’il traduit deux notions diff?rentes : le varna et la jati. La premi?re r?f?re ? un d?coupage religieux th?orique et ancien de la soci?t? hindoue en quatre varna (couleur) ou classes (pr?tres (brahmanes), guerriers (kshatriya), marchands (vaishya), serviteurs (shudra)) de laquelle sont s?par?s les intouchables, selon la division rituelle et fonctionnelle. Ce d?coupage oriente encore aujourd’hui les repr?sentations et les pratiques sociales et professionnelles selon les crit?res de puret? et de pollution. C’est toutefois l’appartenance ? la caste au sens de jati, terme vernaculaire pour d?signer le groupe de naissance endogame, qui structure les relations entre les individus.

[5] On retrouve ce syst?me sp?cifiquement nord-indien avec des variantes et sous d’autres organisait les interrelations socio-?conomiques des populations rurales et assurait la r?tribution en nature des services rendus par diff?rentes castes aux familles de caste dominante[[Selon le sociologue M. N. Srinivas, la caste dominante est celle dont le nombre domine dans une localit?, majorit? num?rique qui co?ncide en g?n?ral avec le pouvoir socio-?conomique et politique. Elle est souvent celle qui poss?de les terres et le prestige.

[6] ? Indian culture and civil society are not equipped to handle the new types of disparities occasioned by the new phenomenon of poverty ; they have handle disparities and inequalities for long but these were endogenous to their structure and hierarchy ?. Khotari R., Growing Amnesia, Dehli, Oxford University Press, 1996, 83 p.

[7] La classe moyenne indienne est un concept flou. Sous cette d?nomination, on d?signe ici une bourgeoisie urbaine qui comprend les personnes disposant d’un revenu annuel moyen de 1500 dollars et aux habitudes de consommation occidentalis?es.

[8] J. Nehru, discours du 14 ao?t 1947.

[9] La premi?re tentative nationale d’instaurer une politique compensatrice pour les castes arri?r?es appara?t avec la r?forme Montagu-Chelmsford de 1918. Les groupes d?favoris?s sont class?s en Depressed Classes, Tribes, et Other Backward Classes. Les quotas sont alors utilis?s pour d?finir les ?lectorats et/ou les si?ges s?par?s dans les conseils r?gionaux et au niveau central. Par le Governement of India Act de 1935, les Depressed Classes obtiennent des si?ges r?serv?s, et en 1936, un contingent de postes reserv?s dans l’administration, quota ?lev? ? 8,3% des postes en 1943.

[10] Ainsi, la liste des SC est fix?e par le gouvernement central et ne peut ?tre r?vis?e que par le Pr?sident de la R?publique, alors que la liste des OBC est red?finie par des autorit?s centrales ou des Etats ? chaque nouvelle mesure pr?f?rentielle.

[11] Il est important de remarquer les variations r?gionales dans l’application de cette politique : les pourcentages des b?n?ficiaires et l’importance des r?servations attribu?es, ainsi que les modalit?s d’application diff?rent selon les Etats. De mani?re g?n?rale, le mouvement en faveur des castes arri?r?es a ?t? plus important dans le Sud que dans le Nord de l’Inde o? les divisions hi?rarchiques sont plus rigides.

[12] Dans les ann?es soixante-dix et quatre-vingt, plus d’un million de m?tayers (bargadar) se voient attribuer l?galement leurs tenures lors de l’? op?ration barga ?.

[13] Dalit signifie litt?ralement opprim?, bafou?, ?cras?. Il d?signe plus pr?cis?ment le mouvement politique d’?mancipation socio-culturel des castes intouchables. Dans le Maharashtra, c’est celui des Dalit Panthers, qui ?merge dans les ann?es soixante et qui rassemble majoritairement des mahar. Il faut donc souligner la flexibilit? du terme, quelquefois r?serv? aux mahar n?o-bouddhistes, ou utilis? litt?ralement comme synonyme d’opprim?s ou d’intouchables militants. C’est en ce dernier sens qu’il est de plus en plus employ? par les media aujourd’hui pour caract?riser le r?veil des classes inf?rieures.

[14] Dalit signifie litt?ralement opprim?, bafou?, ?cras?. Il d?signe plus pr?cis?ment le mouvement politique d’?mancipation socio-culturel des castes intouchables. Dans le Maharashtra, c’est celui des Dalit Panthers, qui ?merge dans les ann?es soixante et qui rassemble majoritairement des mahar. Il faut donc souligner la flexibilit? du terme, quelquefois r?serv? aux mahar n?o-bouddhistes, ou utilis? litt?ralement comme synonyme d’opprim?s ou d’intouchables militants. C’est en ce dernier sens qu’il est de plus en plus employ? par les media aujourd’hui pour caract?riser le r?veil des classes inf?rieures.

[15] Argument d?velopp? par C. Jaffrelot, La d?mocratie en Inde, Paris, Fayard, 1996.

[16] Viramma, op. cit., p. 464, p. 344.

[17] En 1996, 3000 d?molitions pr?-mousson ont lieu ; en janvier 1997, dans un bidonville de Mumbai, les huttes sont ras?es et 70 familles se retrouvent sans toit.

[18] Le projet d’?riger dans le tout nouveau square de la r?volution de Lucknow (Pariwartan Chowk) des grandes figures de la lutte anti-brahmane et de leaders dalits, dont celles d’Ambedkar, Periyar, Phule, Shahu Maharaj, est ressenti comme une attaque par les autres castes, en particulier les OBC. Le gouvernement tombe avant de mener ? bien ce projet.

[19] Communication de Partha Chatterjee, Community in the Est, XVIIth World Congress of the International Political Science Association, S?oul, ao?t 1997.

[20] Viramma, op. cit., p. 361.

[21] Le nombre de pauvres, mesur? en consommation calorifique, qui avait chut? depuis les ann?es soixante-dix, aurait remont? apr?s les mesures de lib?ralisation de 1991.

SPIP | template | | Site Map | Follow-up of the site's activity RSS 2.0