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Lib?ralisme et capitalisme n’effarouchent plus le gouvernement communiste du Bengale-Occidental

Erich Inciyan

Friday 25 June 2004, by INCIYAN*Erich

A Calcutta, sous les portraits de Marx et de L?nine, la flexibilit? est ? l’ordre du jour.

Calcutta de notre envoy? sp?cial

Sur la route de l’a?roport, une affiche montre que le premier ministre du Bengale-Occidental a le sens de la publicit?. Le dirigeant du Parti communiste de l’Inde-marxiste (PCIM) appara?t d?guis? en Superman avec, en place du "S", le marteau et la faucille. Buddhadeb Bhattarcharjee promeut ainsi un complexe r?sidentiel ? capitaux priv?s et publics, une joint-venture nagu?re impensable dans cet Etat de l’est du pays. Un signe parmi d’autres que les communistes, ? la t?te du gouvernement bengali depuis 1977, ? une ?poque o? leur programme ?tait tr?s anticapitaliste, ne s’effarouchent plus du lib?ralisme.

Dans un luxueux h?tel de Calcutta, une autre sc?ne refl?te ? la fois cette perestro?ka et le r?le crucial que jouent d?sormais les communistes dans la vie politique indienne. Vendredi soir 18 juin, la Chambre de commerce de l’Inde re?oit le nouveau pr?sident de l’Assembl?e nationale. V?t?ran du comit? central du PCIM, Somnath Chatterjee est chaleureusement f?licit? pour sa nomination. Ce Bengali de 74 ans, ? l’incorruptibilit? l?gendaire, est visiblement ? l’aise au milieu des grands noms de l’industrie. "Un responsable marxiste adul? par ses ennemis de classe?", s’?tonne le journaliste de passage. "Je dois entretenir de bonnes relations avec le patronat si je veux l’exploiter", r?pond en riant l’ancien avocat, form? ? Cambridge, avant de s’asseoir ? la table d’honneur, face au consul g?n?ral des Etats-Unis.

En ce d?but de mousson, communisme ou pas, les damn?s de la Terre se serrent toujours sous leurs b?ches en plastique, par familles enti?res, dans les rues de Calcutta. Quelques jours par an, les grandes pluies font l’affaire des tireurs de rickshaws, les seuls, alors, ? transporter des passagers ; pieds nus, les hommes-chevaux traversent des rues devenues rivi?res, pauvres h?res narguant des voitures aux capots ouverts. M?me si les bidonvilles sont toujours l?, la m?tropole n’est pourtant plus seulement la Cit? de la joie. "Le gouvernement marxiste a fait reculer la mis?re au Bengale-Occidental. Calcutta n’attire plus gu?re de paysans bengalis, qui se portent mieux dans leurs campagnes, mais des d?sh?rit?s venus des Etats voisins", dit Ranabir Samaddar, directeur d’un centre local de recherche en sciences sociales. La popularit? des communistes repose sur la r?ussite de leur r?forme agraire, qui, depuis le d?but des ann?es 1980, a renforc? le statut des m?tayers et garanti un salaire minimum aux ouvriers agricoles, tout en redistribuant une partie des terres et en cr?ant des institutions villageoises d?mocratiques. Or le "mod?le bengali" a permis d’augmenter les niveaux de production.

"SERVICE ESSENTIEL"

Mais ce succ?s ne suffit plus au gouvernement marxiste, qui cherche ? d?velopper l’industrie et les services. "A la fin des ann?es 1970, les capitalistes ?taient consid?r?s comme des exploiteurs et le profit comme r?pugnant, tandis que les syndicats de travailleurs avaient la haute main sur la marche des entreprises", se souvient M. K. Jalan, un homme d’affaires qui est aussi consul honoraire de France. "A pr?sent, les communistes facilitent les investissements ? travers l’acc?s aux terrains ou les incitations fiscales".

A longueur de discours, ils vantent leur stabilit? politique pour attirer les capitaux. Un patron d’origine bengalie install? ? New York et revenu investir ici, M. K. Pathak, rench?rit : "Ces quatre derni?res ann?es, le gouvernement a r?alis? plus de r?formes en mati?re d’infrastructures, d’industrie et de services que durant les vingt ans pr?c?dents."

M?me si les ministres ont toujours des portraits de Marx ou de L?nine dans leurs bureaux, m?me s’ils se donnent toujours du "camarade", la flexibilit? est ? l’ordre du jour. Pour l’heure, la lib?ralisation a concern? principalement les technologies de l’information. Ce secteur a ?t? d?cr?t? "service essentiel" par l’Etat en 2002 ; les gr?ves sont d?sormais interdites dans les entreprises de logiciels ou de services informatiques d?localis?s. Des g?ants de la sp?cialit?, IBM, Wipro et Satyam, sont venus en profiter.

Conseill? par le prestigieux cabinet anglo-saxon McKinsey, le gouvernement favorise aussi l’agroalimentaire et les biotechnologies. Une nouvelle ville pousse en bordure de m?gapole pour accueillir les secteurs ?conomiques de pointe. Plus loin, dans le port p?trochimique d’Haldia, la construction d’une usine Mitsubishi constitue le plus grand investissement direct du Japon en Inde. Ce pays et la Banque asiatique de d?veloppement sont les principaux apporteurs de fonds, la Banque mondiale restant dans l’expectative.

RECORD D?MOCRATIQUE

Le Bengale ?tait connu pour son syndicalisme de combat, et le dictionnaire anglais Oxford lui doit le mot gherao (enfermement des dirigeants d’une entreprise par ses salari?s). Mais cette sp?cialit?, ainsi que les appels ? la gr?ve g?n?rale (bandh) se sont rar?fi?s. "Lors de la derni?re bandh, le gouvernement a distribu? des autocollants "service essentiel" aux travailleurs des technologies de l’information afin que leurs voitures passent les barrages syndicaux", rel?ve un observateur occidental. "Des ministres n’h?sitent pas ? d?crocher le t?l?phone pour raisonner les syndicalistes", t?moigne Sumit Mazumder, ? la t?te d’une soci?t? fabriquant des tracteurs.

D’autres voix sont moins optimistes. Pour le chercheur Ranabir Samaddar, "le gouvernement marxiste n’a pas de vision claire pour l’avenir. Il reste ind?cis sur des questions strat?giques comme la place du Bengale dans l’Union indienne ou la globalisation." Le groupe fran?ais Alstom argue de difficult?s avec les syndicats pour envisager son d?part. Economiste et pr?sident de soci?t?, Abhijit Sen estime que "le tournant lib?ral ne convainc pas tous les cadres du parti. Ils devraient visiter la Chine !"

L’ouverture lib?rale du Bengale-Occidental reste moins fr?n?tique, plus ma?tris?e que dans le cas chinois. Elle pourrait toutefois s’?panouir dans un Etat qui, longtemps priv? de tout soutien du Centre, devrait profiter de la pr?sence d’un gouvernement ami ? Delhi. En cas contraire, et notamment si des mesures venaient heurter son ?lectorat rural, le PCIM se r?fugierait dans son bastion bengali, o?, d?j? victorieux ? six ?lections successives, il lui resterait ? consolider ce record d?mocratique mondial.

P.S.

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du dimanche 25 juin 2004.

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