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La haine des musulmans reste un puissant vecteur politique au Gujarat

Erich Inciyan

Tuesday 15 June 2004, by INCIYAN*Erich

Dans cette province indienne, o? le fanatisme hindou avait fait, il y a deux ans, des milliers de victimes au sein de la minorit? islamique, le chef de l’ex?cutif pourrait ?tre tent? d’exacerber les ressentiments, bien que le Parti du peuple hindou (BJP) ait perdu le pouvoir ? New Delhi.

Ahmedabad de notre envoy? sp?cial

Mohammad et Afsana arpentent le centre commercial Fun Republic, dans un quartier chic du centre d’Ahmedabad. Le couple de jeunes mari?s a voyag? une heure et demie pour gagner ce temple du divertissement climatis?, avec sa salle de cin?ma multiplexe et ses pizzerias.

"Nous venons aussi souvent que possible. Ici, personne ne nous ennuie", murmure la jeune femme, toute de noir v?tue, ? la fa?on des musulmanes de l’Etat du Gujarat. En f?vrier 2002, Mohammad et Afsana n’avaient pas 18 ans quand des foules hindoues y ont assassin? pr?s de 2 000 musulmans.

A la sortie du centre commercial, plusieurs chauffeurs de rickshaws (tricycles ? moteur) refusent de les conduire jusqu’au principal ghetto musulman de la capitale ?conomique du Gujarat. Finalement, l’un d’eux, Rafiq, qui fr?quente les mosqu?es, accepte la course vers ce quartier, appel? par les hindous "Little Pakistan". Le taxi les d?pose devant une boulangerie. Son patron, Mohammad Axif Ansani, avait ferm? boutique pendant les quatre mois qui avaient suivi le d?but des ?meutes. "Il y a eu longtemps une sorte de couvre-feu sp?cial pour les musulmans. On ne sortait plus du quartier. Maintenant, ?a va mieux, m?me si les hindous sont toujours un peu suspicieux", dit le boulanger. "En Inde, ajoute-t-il en pointant du doigt le secteur hindou, c’est comme si on marchait sur une autre plan?te."

D?B?CLE ?LECTORALE

"Il y a un mois ? peine, on ne voyait pas de musulman traverser le centre-ville au petit matin. Depuis la d?faite des nationalistes hindous aux ?lections nationales, la peur a recul?", se r?jouit le P?re Cedric Prakash, un j?suite indien vivant de longue date ? Ahmedabad, apr?s une ann?e pass?e en France dans la communaut? de Taiz?. Lors des pogroms, il avait ?t? l’une des rares voix du Gujarat ? d?noncer la complicit? du gouvernement r?gional, dirig? par le Parti du peuple hindou (BJP).

L’optimisme du P?re Cedric est mont? d’un cran suppl?mentaire, dimanche 13 juin, quand l’ancien premier ministre (BJP) de l’Inde, Atal Bihari Vajpayee, battu aux ?lections, a condamn? le r?le du gouvernement du Gujarat dans les massacres. Avec 25 mois de retard, l’homme fort du parti nationaliste hindou a cr?? la sensation en r?clamant le d?part du ministre en chef de l’Etat, Narendra Modi, que les d?fenseurs des droits de l’homme ?taient jusqu’alors seuls ? accuser. Pour la premi?re fois ?galement, l’ex-chef du gouvernement indien a reli? les carnages du Gujarat ? la r?cente d?b?cle ?lectorale du BJP. "L’une des cons?quences des violences est que nous avons perdu les ?lections", a d?clar? M. Vajpayee, chef de file du courant "mod?r?" du nationalisme hindou. La d?cision finale concernant le d?part de M. Modi, a-t-il toutefois nuanc?, devra ?tre prise, le 22 juin, par les instances sup?rieures du parti.

D’ici l?, l’aile "dure" de l’hindouisme militant, repr?sent?e au Gujarat par Narendra Modi, ne s’avoue pas vaincue. Et des d?rapages sont ? craindre si le chef du gouvernement r?gional d?cide de jouer la carte communautaire. En d?cembre 2002, six mois apr?s le carnage, le gouvernement Modi avait obtenu un succ?s ?lectoral sans pr?c?dent en agitant la menace du "terrorisme musulman" pour mobiliser le vote hindou.

Lors du dernier scrutin national, le BJP a fortement recul? au Gujarat. "Pendant cette campagne, M. Modi a d?laiss? la rh?torique du nationalisme hindou pour privil?gier le discours sur l’am?lioration du r?seau routier et de la distribution d’eau, analyse Bharat Desai, chef adjoint du quotidien Times of India ? Ahmedabad. Mais il serait faux de conclure ? un d?clin du nationalisme hindou. Il lui suffirait de reprendre le registre anti-musulmans pour l’emporter."

Narendra Modi choisira-t-il la politique du pire ? Le risque de sanctions judiciaires pourrait l’y inciter. En effet, alors qu’aucun acteur des massacres de 2002 n’a ?t? condamn? ? ce jour, la Cour supr?me de l’Inde lui a inflig? un camouflet. Le 12 avril, elle a ordonn? de rejuger 21 hindous qui, accus?s d’avoir br?l? vif 12 musulmans, avaient ?t? acquitt?s lors d’un premier proc?s. Critiquant le manque d’ind?pendance d’un syst?me judiciaire d?vou? au gouvernement Modi, la juridiction supr?me du pays a d?cid? que l’audience se tiendra dans un autre Etat.

Pour l’heure, les clients de la boulangerie de "Little Pakistan" redoutent particuli?rement la procession hindoue du 19 juin. Comme chaque ann?e, ce d?fil? - rath yatra - traversera les quartiers musulmans de la vieille ville et sera l’occasion d’une d?monstration de force des nationalistes hindous.

Si les musulmans n’avaient pas bronch?, l’an pass?, il a souvent suffi de quelques provocations et jets de pierres pour d?clencher des ?meutes. Or, mardi, la police du Gujarat a annonc? avoir tu? quatre "terroristes" du Lashkar-e-Taiba - un mouvement li? au conflit du Cachemire et auteur de divers attentats en Inde - qui seraient, selon la version polici?re, venus ? Ahmedabad pour assassiner Narendra Modi...

P.S.

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du mercredi 15 juin 2004.

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