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Le Cachemire, objet de toutes les passions

Edward Luce

Thursday 31 January 2002, by LUCE*Edward

Article du Financial Times, paru dans le Courrier International, ?dition du 31 janvier 2002.

L’Inde et le Pakistan se disputent cette r?gion ? majorit? musulmane depuis plus de cinquante ans. Retour sur un conflit qui para?t sans issue.

Peu apr?s les cinq essais nucl?aires indiens de mai 1998, L. K. Advani, le "faucon" du parti nationaliste hindou BJP, d?clara que son pays avait enfin les moyens de r?gler le conflit du Cachemire. Mais son triomphalisme ne fut que de courte dur?e. Car le Pakistan fit exploser quelques jours plus tard sa premi?re bombe A. Mais pourquoi le Cachemire suscite-t-il tant de rivalit?s meurtri?res ? L’histoire sanglante de ce conflit peut-elle offrir une lueur d’espoir ? ceux qui souhaitent voir la menace nucl?aire dispara?tre du sous-continent indien ? Les pr?c?dents ne sont pas encourageants. Il faut rappeler que le conflit remonte ? l’ind?pendance des deux pays en 1947. Lors de la partition de l’Empire britannique des Indes, il fut permis aux chefs des Etats princiers, qui r?gnaient sur environ un tiers de l’Empire, de choisir leur rattachement ? l’Inde ou au Pakistan. La plupart des 534 chefs des Etats princiers se prononc?rent en faveur de l’Inde. Deux d’entre eux, musulmans, le nizam de l’Etat d’Hyderabad [devant une menace communiste] et le nabab du Junagadh [avec une population ? 80 % hindouiste], opt?rent pour le rattachement au Pakistan, alors qu’ils n’?taient pas situ?s pr?s du Pakistan occidental ni du Pakistan oriental [l’actuel Bangladesh]. Jawaharlal Nehru, le Premier ministre de l’Inde, donna alors l’ordre aux troupes indiennes d’occuper les deux Etats princiers au motif que la majorit? de leur population ?tait hindouiste. Mais un troisi?me Etat, le Cachemire, gouvern? par l’ind?cis maharadjah Hari Singh, de confession hindoue, ?tait en majorit? musulman [77 %] et voisin du nouveau Pakistan. Devant le spectacle terrible des ?meutes de la partition - qui firent plus de 1 million de morts -, le maharadjah repoussa sans rel?che sa d?cision malgr? de tr?s fortes pressions de la part de Nehru [lui-m?me originaire du Cachemire]. Finalement, trois mois apr?s l’ind?pendance, le Pakistan envoya des troupes pachtounes dans la r?gion pour s’en emparer. L’Inde saisit alors imm?diatement ce pr?texte pour occuper Srinagar, la capitale de l’Etat princier du Cachemire, et essayer de convaincre le maharadjah de signer son rattachement ? l’Inde. Apr?s une s?rie d’affrontements, la situation se stabilisa et l’ONU fut appel?e afin d’?tablir une ligne de cessez-le-feu. Laquelle est devenue la fronti?re de facto qui s?pare depuis lors la partie pakistanaise du Cachemire (environ un tiers du territoire d’origine [Azad Kashmir ou "Cachemire libre"]) de l’Etat indien du Jammu-et-Cachemire Pour New Delhi, avec ses 130 millions de musulmans, il ?tait vital que le Cachemire, le seul Etat ? majorit? musulmane, soit rattach? ? l’Inde. Nehru avait promis d’organiser un r?f?rendum au Cachemire mais n’a pas tenu sa parole. Il consid?rait cet Etat comme un moyen d’?prouver la capacit? de son pays, avec sa pl?thore de langues et de religions, ? demeurer un Etat s?culier et d?mocratique. Les successeurs de Nehru, dont Atal Bihari Vajpayee, l’actuel Premier ministre, ont toujours maintenu que, dans ce pays qui compte aujourd’hui plus de 1 milliard d’habitants, la perte du Cachemire risquait d’enflammer les mouvements s?cessionnistes latents. Ironie du sort, c’est un gouvernement dirig? par les nationalistes hindous qui reprend aujourd’hui le flambeau des principes s?culiers de l’Inde. Quant au Pakistan, depuis la s?cession de sa partie orientale, en 1971 [devenue le Bangladesh], il n’abrite plus qu’un tiers des musulmans des territoires des anciennes Indes britanniques. Le Cachemire est donc une des cl?s de la coh?sion nationale. Sans les cols montagneux strat?giques du Cachemire, Islamabad serait, dans cette r?gion, directement expos? ? l’Inde. Et sans le Cachemire, les minorit?s ethniques du Pakistan continueraient ? se sentir domin?es par les Pendjabis, qui repr?sentent 60 % de la population du pays. Depuis 1989 [la fin de l’occupation sovi?tique de l’Afghanistan], et tout particuli?rement durant les quatre ou cinq derni?res ann?es, les positions se sont encore durcies : tandis que le Pakistan a renforc? son soutien aux mouvements de "lib?ration du Cachemire," de plus en plus islamistes, l’Inde a manifest? sa sup?riorit? militaire ?crasante en massant environ 600 000 soldats le long de la fronti?re entre les deux Cachemires. Le soutien suppos? du Pakistan au terrorisme islamiste dans la partie indienne et les accusations de violation des droits de l’homme qui p?sent sur les soldats indiens n’ont fait qu’exacerber les tensions. Que nous r?serve l’avenir ? L’Inde ne rendra jamais sa portion du Cachemire de bon gr?. Et le Pakistan - avec ou sans armes nucl?aires - ne gagnera pas la guerre contre son fr?re ennemi. Ainsi, hormis un statu quo qui ne changera rien, une solution militaire n’est pas envisageable. Mais ?tant donn? les rancoeurs tenaces, il est probable que ni New Delhi ni Islamabad ne soient pr?ts ? envisager une solution pacifique. Il ne reste plus qu’? esp?rer que la puissance nucl?aire des deux pays persuadera le reste du monde, les Etats-Unis compris, de jouer un r?le plus actif dans la r?solution du conflit.

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