Debating India

L’Italienne

Thursday 20 May 2004, by FOTTORINO*Eric

Elle a ?cout? la voix de sa conscience. Sa voix int?rieure. Et elle a renonc?. Son nom, pourtant, ?tait mieux qu’un programme. Mais habiter le nom de Gandhi ne suffit pas quand, sous le sari, demeure Sonia. Sonia l’?trang?re. Sonia l’Italienne.

La veuve de Rajiv Gandhi a dit non au pouvoir. Non ? la violence qu’elle voyait poindre, qui se d?cha?nait d?j? ? travers les mots, les injures racistes.

Et des enfants, ses propres enfants, des enfants tout ce qu’il y a de plus indiens, ont dit non ? leur tour. Pour ne pas risquer de perdre leur m?re apr?s avoir vu tomber leur grand-m?re, Indira, et leur p?re.

Comme si la mort devait ?tre une mal?diction attach?e au patronyme de Gandhi. Un malheur h?r?ditaire, transmis par le sang.

Apr?s la victoire du Parti du Congr?s, et ? la perspective de voir Sonia Gandhi gouverner avec, ? malheur, des communistes, la Bourse de Bombay avait d?j? tourn? de l’?il dans la journ?e de lundi.

"L’Inde qui brille", slogan des nationalistes, s’?tait chang?e d’un coup en Inde qui vacille. Il ne fallait pas laisser faire. Elle ne passerait pas, l’Italienne. On lui ferait un sort. D?j?, on l’accusait de vouloir reconstituer en Inde un succ?dan? d’Empire romain et de polluer la cuisine nationale ? coups de pastas et de pizzas.

Avant m?me de commencer, c’?tait mal parti pour Sonia Gandhi, dans ce qu’on devrait cesser d’appeler "la plus grande d?mocratie du monde".

Il faut ?tre une femme pour renoncer au pouvoir. Pour n’avoir pas soif et faim de pouvoir. Non par l?chet?. Les risques physiques qu’elle a pris pendant sa campagne, rompant les dispositifs de s?curit? pour aller au-devant du petit peuple, renseignent assez sur sa vaillance.

Elle a refus? d’y aller pour ses enfants, pour ce pays qui est devenu son pays, quoi qu’en disent ceux qui lui renvoient au visage son accent et sa naissance comme autant de p?ch?s originels.

Pourtant, et le grand portrait que nous publions de Sonia Gandhi le montre avec ?clat, cette femme s’?tait donn?e ? l’Inde corps et ?me, renon?ant ? ses v?tements d’Occidentale, occultant sa langue maternelle pour parler un hindi parfait.

Et c’est en anglais qu’elle avait donn? une interview au journal La Repubblica, pr?textant son italien "rouill?".

Le coup de th??tre de son renoncement soul?ve une ?motion qui d?passe les fronti?res de l’Inde. Parce qu’il s’agit d’une femme. Parce qu’elle s’appelle Gandhi.

De mani?re subliminale, tout au moins inconsciente, au milieu des brutalit?s du monde qu’il nous est donn? de contempler chaque jour, ce nom avait ?merg? comme un signal. L’espoir d’une victoire. Celle de la non-violence sur la violence. Le refus d’une culture de l’intimidation qui n’est pas propre, loin s’en faut, aux ultras de l’hindouisme.

Bien s?r, il n’existe aucun lien de parent?, m?me lointain, entre le Mahatma Gandhi et la dynastie des Nehru-Gandhi, dont Sonia et ses fils forment la derni?re branche.

Mais il suffisait de prononcer ce nom culte, Gandhi, de le voir imprim? sur les manchettes des journaux, pour sentir qu’il existait autre chose que la barbarie et la torture sur notre plan?te sens dessus dessous.

En disant non, ramen?e ? son ?tat d’Italienne, Sonia Gandhi nous a priv?s de cet espoir-l?. Et nul ne saurait lui en vouloir.

See online : Le Monde

P.S.

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du jeudi 20 mai 2004.

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