Debating India

ELECTIONS 2004

Trois questions ? Max-Jean Zins

Erich Inciyan

Wednesday 19 May 2004, by INCIYAN*Erich

Chercheur au CNRS, sp?cialiste de l’Inde, comment analysez-vous le retrait de Sonia Gandhi ?

Des motivations personnelles et familiales ont pes?. Ces sortes de "fatwas" hindoues prononc?es par des dirigeants du BJP -Parti du peuple indien, nationaliste hindou- contre la nomination d’une "?trang?re" doivent malheureusement ?tre prises au s?rieux. On peut comprendre que les deux enfants de Sonia Gandhi aient h?sit? face au risque de voir leur m?re assassin?e comme leur grand-m?re Indira et leur p?re Rajiv. En outre, l’Inde est un pays particuli?rement complexe ? diriger. Le premier ministre doit b?n?ficier de la plus grande l?gitimit? dans ses nombreuses rencontres avec les ministres en chef des Etats ou les responsables des partis alli?s.

Enfin, je n’exclus pas un calcul politique, une d?cision collective au sein de la direction du Congr?s : consid?rer qu’il ?tait politiquement plus intelligent de pr?senter au poste de premier ministre Manmohan Singh - l’un des responsables de la politique ?conomique lib?rale initi?e par le Congr?s au d?but des ann?es 1990 - tout en gardant Sonia Gandhi ? la t?te du parti. Cela fait porter la responsabilit? du retrait de Sonia Gandhi, pour laquelle les gens avaient vot?, sur la campagne haineuse du BJP.

Plus vieux parti d?mocratique indien, le Congr?s peine ? s’affranchir de la dynastie Nehru-Gandhi et ? assurer la rel?ve...

Certes, J. Nehru et son p?re Motilal ont ?t? deux figures marquantes du Congr?s. Mais Indira Gandhi n’a pas succ?d? ? son p?re, J. Nehru, d?c?d? en 1964 ; il s’est pass? deux ans avant qu’elle ne remplace le successeur de ce dernier, mort d’une crise cardiaque. Quand la direction du Congr?s d?cida de la porter ? la t?te du pays, ce ne fut pas par penchant dynastique mais en pensant qu’une faible femme pouvait ?tre manipulable !

Lorsque Indira, premier ministre ? poigne, a ?t? assassin?e en 1984, le Congr?s a demand? ? son fils, quasi novice en politique, de devenir premier ministre. L?, on peut parler de r?flexe dynastique. Faute de candidat ?vident, le nom de Gandhi ?tait apparu comme l’ic?ne la plus efficace. Le m?me sc?nario s’est r?p?t? quand Sonia Gandhi a ?t? appel?e ? la pr?sidence du parti, apr?s l’assassinat de son mari en 1991. Aujourd’hui, on peut pourtant consid?rer que le Congr?s dispose de personnalit?s capables de diriger le pays.

La branche "dure" du nationalisme hindou va-t-elle profiter de la crise travers?e par le Congr?s ?

C’est une hypoth?se vraisemblable. En 1991, malgr? sa courte majorit?, le Congr?s avait pu lancer les r?formes ?conomiques les plus importantes de l’apr?s-Nehru. Cette fois, la fragilit? de la coalition au pouvoir est r?elle. Par exemple, si la politique ?conomique du gouvernement ne change pas, les communistes, "alli?s de l’ext?rieur" qui privil?gient aujourd’hui la la?cit?, pourraient choisir de raidir leur attitude. Le langage mod?r? d’une partie du BJP va se durcir et la strat?gie ?lectorale des nationalistes se nourrir de mots d’ordre beaucoup plus extr?mistes..

See online : Le Monde

P.S.

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du 19 mai 2004.

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