Debating India

ELECTIONS 2004

Inde : Sonia Gandhi aux marches du palais

Marie-France Calle

Friday 14 May 2004, by CALLE*Marie-France

New Delhi : de notre correspondante en Asie du Sud

Le Parti du Congr?s a annonc? hier qu’un accord ?tait intervenu avec ses alli?s politiques en vue de la nomination de Sonia Gandhi au poste de premier ministre indien. Gandhi a men? des consultations avec ses alli?s sur la formation d’un gouvernement qui remplacera celui du premier ministre sortant Atal Behari Vajpayee, dont la formation nationaliste Bharatiya Janata Party (BJP), qui avait dissous le Parlement, a subi un cinglant revers. L’importance de la victoire du Congr?s a surpris toute l’Inde. Mais Sonia Gandhi demeure une novice en politique. Elle n’est arriv?e ? la t?te du Congr?s que sept ans apr?s l’assassinat en 1991 de son mari, l’ancien premier ministre Rajiv Gandhi.

A 46 degr?s ? l’ombre, le bitume colle aux semelles. Mais quand on aime, on ne compte pas. Or, les Indiens viennent de se d?couvrir une v?ritable passion pour Sonia Gandhi. Ils ?taient donc une poign?e, hier apr?s-midi, ? battre le pav? devant la r?sidence de celle qui devrait devenir, dans les heures qui viennent, le nouveau premier ministre de l’Inde. Bravant la chaleur, ils ont agit? pendant des heures banderoles et drapeaux aux couleurs du pays, portant le signe du Parti du Congr?s : une main ouverte, paume en avant. Selon certaines rumeurs, un accord aurait d?j? ?t? conclu entre le Congr?s et ses alli?s de gauche, y compris les communistes, sur la nomination de Sonia Gandhi. Des m?dias locaux allaient jusqu’? affirmer que les pr?paratifs de son d?m?nagement vers la r?sidence officielle du chef de gouvernement, 7 Race Course Road, ?taient d?j? en cours.

A lui seul, le Congr?s a remport? 145 des 543 si?ges ? pourvoir ? la Lok Sabha, la chambre basse du Parlement. Ce raz-de-mar?e marque le retour d’affection du pays pour la dynastie Nehru-Gandhi, qui a ?t? aux commandes pendant pr?s de quarante ans. M?me s’il s’est agi, aussi, d’un vote sanction ? l’encontre des nationalistes hindous de la NDA, l’alliance sortante. ?Le BJP (le parti du premier ministre sortant, Atal Behari Vajpayee) s’?tait fortement discr?dit? aupr?s de l’opinion publique, notamment en refusant de punir les responsables des pogroms contre les musulmans au Gujarat en f?vrier 2002. Mais il ne s’en est pas rendu compte?, rel?ve Sunita, une employ?e de banque. Poursuivant : ?Il a pens? que les bonnes performances ?conomiques suffiraient ? lui assurer le succ?s.?

Hier, les nationalistes ont fait leur autocritique, admettant qu’ils ?avaient eu tout faux? et ?taient pass?s ? c?t?, en effet, des aspirations d’une grande majorit? de la population. ?L’Inde ne brille pas autant que nous le pensions, a conc?d? Venkaiah Naidu, le pr?sident du BJP. Sinon, nous aurions obtenu la majorit?. Mais nous devons encore analyser si c’est l? la seule raison de notre d?faite. Une chose est s?re, nous continuerons ? pousser notre programme qui est celui du d?veloppement de l’Inde?.

Comme frapp?e d’amn?sie, la presse a oubli? pour sa part en 24 heures les r?ticences vis-?-vis des origines ?trang?res de leur (probable) futur premier ministre dont elle s’?tait fait largement l’?cho. Pour le Times of India, voici Mme Gandhi consacr?e ?Reine Sonia? ! Les march?s, eux, n’?taient gu?re euphoriques. Apr?s s’?tre quelque peu redress?e jeudi, la Bourse de Bombay a plong? de 6,10% hier en cl?ture.

Et pour cause. Malgr? sa belle performance, le Congr?s aura besoin de l’appui inconditionnel de tous ses alli?s pr??lectoraux, mais aussi de celui des communistes. Ensemble, ils formeront certes une confortable majorit?, avec 278 si?ges au Parlement. Mais sur certains dossiers, l’alliance du Congr?s et des communistes rel?ve du mariage de la carpe et du lapin. ?Les inqui?tudes sur l’avenir des r?formes enflent?, note Prakash Lala, directeur de la maison de courtage Centaur Securities. Elles portent sur d’?ventuelles exigences des communistes sur une r?glementation du droit du travail, mais aussi sur leur tendance d?pensi?re, alors que le fort d?ficit public est l’un des fl?aux de l’?conomie indienne. Port?e au pouvoir par le monde rural, la gauche devra sans doute consentir quelques largesses aux paysans.

Les responsables du Congr?s balaient ces craintes d’un revers de la main. Ils rappellent que c’est Rajiv Gandhi, le d?funt ?poux de Sonia, qui a lanc? les r?formes et ouvert l’?conomie indienne, en 1991. Leur meilleure caution sera d’ailleurs la nomination quasi assur?e de Manmohan Singh au poste de ministre des Finances. Il a ?t? le v?ritable architecte du programme de lib?ralisation, et devrait repr?senter de ce fait un gage de stabilit? propre ? rassurer les milieux d’affaires.

Nombre d’analystes rel?vent aussi que les fondements de l’?conomie indienne sont sains. Pour Alok Vajpeyi, de Merrill Lynch, ?il y aura sans doute un petit rat? au d?but, mais, sur le long terme, les r?formes resteront sur la m?me voie, m?me si le rythme est diff?rent?.

Sonia Gandhi pourrait ?tre intronis?e tr?s rapidement dans le but de former au plus t?t un nouveau gouvernement. ?La formation du gouvernement ne pose pas de probl?me. Mais notre but est de r?unir le plus grand nombre possible de partis la?cs afin de consolider le front?, a affirm? hier Dalbir Singh, un responsable du Congr?s.

P.S.

Article paru dans Le Figaro, ?dition en ligne du vendredi 14 mai 2004.

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