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INDE

La "pl?be" a compris que son vote pouvait changer les choses

Christophe Jaffrelot

Thursday 13 May 2004, by JAFFRELOT*Christophe

Pour Christophe Jaffrelot, sp?cialiste de l’Inde, les ?lecteurs ont d’abord refus? une politique ?conomique lib?rale qui ?laisse 40% de la population vivre avec moins de un dollar par jour?.

Par Judith Rueff

Christophe Jaffrelot est directeur d’?tudes au CNRS et directeur du Centre d’?tudes et de recherches internationales. Il a r?cemment publi?, sous sa direction , ?L’Inde contemporaine? aux ?ditions Fayard.

Comment expliquer la victoire inattendue du parti du Congr?s ?

Plus qu’? une victoire du Congr?s, on assiste avant tout ? un vote sanction massif des ?lecteurs contre l’alliance au pouvoir, dirig?e par le parti nationaliste hindou, le BJP. C’est un ?chec du BJP et de ses alli?s r?gionaux. Sur 90 si?ges perdus, plus de la moiti? l’ont ?t? par les formations alli?es au BJP qui d?tiennent le pouvoir dans les r?gions. Les Musulmans, qui repr?sentent 12 % de la population, ont aussi fait bloc contre le parti nationaliste hindou. Ce r?flexe de la population musulmane a ?t? exacerb? par les ?meutes, notamment dans le Gujarat en 2002.

Pourquoi ce rejet ?

Il y avait deux bonnes raisons de penser que les nationalistes hindous allaient l’emporter : d’abord, un raz de mar?e ?lectoral en sa faveur dans trois ?tats du Nord lors des ?lections r?gionales de d?cembre ; ensuite, tous les sondages pr?-?lectoraux annon?aient sa victoire. On ne peut donc s’emp?cher de penser que le parti au pouvoir a rat? sa campagne ?lectorale, avec un slogan hyper provocateur, ?L’Inde qui brille? (?Shining India?). Une grosse maladresse alors que l’Inde ne brille pas beaucoup pour les 400 millions de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvret?. Les ?lecteurs ont refus? d’abord, une politique ?conomique par trop lib?rale, qui a dop? le taux de croissance (8 % ? 9 % en 2003-2004) qui pla?t aux classes moyennes des villes mais laisse 40 % de la population vivre avec moins de un dollar par jour, selon les donn?es de la Banque mondiale.

C’est l’Inde pauvre des paysans qui a fait le r?sultat de ce vote ?

Le scrutin traduit la mont?e en puissance des basses castes qui, traditionnellement, votent plus et plus ? gauche. Depuis quelques ann?es, les chiffres nous montrent qu’une femme analphab?te d’un village perdu de l’int?rieur de l’Inde a plus de chances de voter qu’un m?decin sp?cialiste de New Delhi. La ?pl?be? indienne a compris que son vote pouvait changer les choses. Les bons r?sultats ?lectoraux du parti des Intouchables et du parti des basses castes le confirment. Le taux de participation, plut?t moyen, de l’ordre de 50 %-55 %, montre, ? l’inverse, que l’?lectorat du BJP -celui des hautes castes et des classes moyennes et sup?rieures- s’est peu mobilis?. Il s’int?resse plus aux affaires qu’? la politique et cultive un certain antiparlementarisme, sur le mode ?tous pourris, ?a ne vaut pas la peine de se d?placer pour voter?.

Le parti du Congr?s va donc devoir mener une politique plus sociale ?

C’est d’abord une question d’arithm?tique : pour gouverner, le Congr?s va avoir besoin de l’appoint des deux partis communistes indiens, qui ?p?sent? pour une cinquantaine de si?ges au Parlement. Le centre de gravit? de la politique indienne va donc se d?placer vers la gauche, avec des implications sur la politique ?conomique du pays. Mais il devrait s’agir plus d’une inflexion -par exemple, avec le ralentissement des projets de privatisation des compagnies p?troli?res- que d’un changement de cap. Les grands acquis du gouvernement Vajpayee, comme l’ouverture sans pr?c?dent aux capitaux ?trangers, la baisse des tarifs douaniers ou le d?mant?lement de la planification ?conomique, ne devraient pas ?tre remis en cause.

L’arriv?e des communistes aux c?t?s du Congr?s risque-t-elle de faire peur aux investisseurs ?trangers ?

Ce n’est pas exclu. L’investissement international a ?t? multipli? par deux en quelques ann?es, passant de 1 ? 2 milliards de dollars par an. Ce n’est pas encore la Chine avec ses 10 milliards par an, mais le nouveau gouvernement va avoir int?r?t ? rassurer les entreprises ?trang?res s’il veut ?viter un repli.

La politique d’apaisement avec le voisin pakistanais va-t-elle ?tre remise en cause ?

Le Premier ministre sortant avait fait de la normalisation avec le Pakistan une de ses priorit?s et il avait r?ussi ? ?vendre? cette id?e ? l’opinion indienne. Il faut esp?rer que son d?part ne signifiera pas le retour de vieux r?flexes nationalistes, tant chez le BJP maintenant dans l’opposition qu’au Parti du Congr?s.

See online : Lib?ration

P.S.

Article paru dans Lib?ration, ?dition en ligne du jeudi 13 mai 2004.

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