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Malgr? la loi et les promesses d’?quit? politique, les Indiennes demeurent ? l’?cart du pouvoir

Fran?oise Chipaux

Thursday 13 May 2004, by CHIPAUX*Fran?oise

Javetri est chef de village, mais "ce sont les hommes qui d?cident". Les femmes restent sous-repr?sent?es dans la vie politique de l’Union indienne, comme le refl?tent les ?lections l?gislatives, dont les r?sultats devaient ?tre connus jeudi 13 mai dans la journ?e

Garhidamkan de notre envoy?e sp?ciale

Timidement assise sur un charpoy (sorte de lit en bois avec des tresses), la face ? moiti? cach?e par son sari qu’elle tient bien serr?, ?cout?e de tr?s pr?s par une cinquantaine d’hommes imm?diatement venus aux nouvelles, Javetri, 35 ans, implore du regard que l’on interroge son mari plut?t qu’elle-m?me. Sarpanch (chef de village) gouvernant cent soixante-quinze familles, Javetri avoue d’embl?e : "Les hommes savent mieux que moi. Ce sont eux qui d?cident."

M?re de six enfants, Javetri r?gne sur dix-neuf hommes qui l’ont ?lue parce que le si?ge est l’un des si?ges r?serv?s aux femmes. Introduite par l’ancien premier ministre Rajiv Gandhi et d?finitivement adopt?e en 1993, la loi r?servant 33 % des si?ges aux femmes lors des ?lections locales a permis ? un million d’Indiennes de participer au premier niveau de la vie politique. Si l’exemple de Javetri est encore tr?s largement r?pandu, les choses changent doucement. "Les femmes qui en sont ? leur deuxi?me exp?rience -le mandat est de cinq ans- ont compris le pouvoir qu’elles ont. Elles continuent d’affronter beaucoup d’opposition et ont besoin de soutien, mais elles accomplissent leurs t?ches avec enthousiasme", affirme Kalindi Deshpande, de l’Association d?mocratique des femmes.

Malgr? leur poids ?lectoral, les Indiennes continuent d’?tre "sous-repr?sent?es" dans la vie politique. Pour les pr?sentes ?lections l?gislatives - dont les premiers r?sultats indiquaient, jeudi 13 mai au matin, un Parlement sans majorit? -, le nombre de candidates pr?sent?es par les partis ?tait inf?rieur ? celui du scrutin de 1999. De plus, souligne Ranjena Kumari, directrice du Centre de recherche social, "les si?ges attribu?s aux femmes sont souvent des si?ges perdants et elles ne b?n?ficient pas des m?mes soutiens mat?riels et financiers que leurs coll?gues m?les".

Dans un pays qui a eu durant seize ann?es une femme, Indira Gandhi, ? la t?te du gouvernement, qui a cinq femmes dirigeantes de partis politiques dont Sonia Gandhi ? la pr?sidence du Congr?s, principal parti d’opposition, qui a eu plusieurs femmes ministres en chef d’Etats importants, la repr?sentation f?minine au Parlement national n’a jamais d?pass? 8 %.

PRISE DE CONSCIENCE

"Au pouvoir, la femme est au pinacle, dans la vie quotidienne, elle est moins que rien", souligne Mme Kumari. A Garhidamkan, le titre de sarpanch ne prot?ge pas vraiment Javetri. "Ce n’est pas parce qu’elle est "sarpanch" qu’elle doit sortir, explique Batasingh, son mari. Elle doit cuisiner et tenir la maison."

De retour avant chaque ?lection, la proposition de loi offrant 33 % de si?ges r?serv?s aux femmes dans le Parlement national et dans les assembl?es des Etats n’a jamais ?t? accept?e. Mme Deshpande souligne que, "jamais auparavant, dans l’histoire du Parlement, un projet de loi pr?sent? par le gouvernement n’avait ?chou?. Personne ne veut appara?tre contre les femmes mais, au fond, il y a un accord g?n?ral pour laisser ce projet au placard". Lors de la derni?re l?gislature, le premier ministre, Atal Bihari Vajpayee, avait ainsi insist? pour obtenir le consensus de tous les partis sur le texte.

"Le probl?me est que les partis politiques ne refl?tent pas les aspirations des femmes qui sont devenues plus politis?es", dit Mme Kumari, dont le centre conduit des s?minaires de formation en leur faveur. Dans la mesure o? la femme en Inde n’a pas de statut individuel propre et o? elle "appartient" ? un homme (qu’il soit p?re, mari, fr?re ou cousin), le vote de la moiti? de la population a traditionnellement ?t? consid?r? comme acquis ? travers les hommes et les partis se sont peu int?ress?s aux femmes.

Les campagnes des mouvements de femmes et l’acc?s plus grand ? l’information ont permis une certaine prise de conscience. "Aujourd’hui, elles commencent ? voter selon leur jugement et non plus seulement comme le veut leur mari", estime Mme Deshpande. Le probl?me est toutefois, selon Mme Kumari, "que les femmes ne sont pas organis?es et qu’elles n’ont pas encore d’influence sur le processus politique". Comme toujours en Inde, il faudra beaucoup de temps pour voir un changement, mais le processus semble ?tre lanc? et la d?mocratie y a aid?.

See online : Le Monde

P.S.

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du 13 mai 2004.

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