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Pervez Moucharraf, pr?sident de la R?publique islamique du Pakistan.

Je n’enl?verai pas mon uniforme avant que la d?mocratie soit stabilis?e au Pakistan

Propos recueillis par Erich INCIYAN

Saturday 5 July 2003

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du 5 juillet 2003.

Apr?s le coup d’Etat de 1999 qui vous a port? au pouvoir, vous vous ?tes engag? ? rendre le pouvoir aux civils, sans pr?ciser de date. depuis les ?lections l?gislatives d’octobre 2002, le processus parlementaire est bloqu? par l’opposition, qui refuse les amendements constitutionnels que vous veniez de d?cr?ter. elle vous demande notamment de choisir entre les fonctions de chef de l’arm?e et de pr?sident. que r?pondez-vous ?

J’ai fait mon choix : je n’enl?verai pas mon uniforme avant que la d?mocratie soit stabilis?e au Pakistan. Je sais que je devrai un jour quitter l’uniforme, mais c’est moi qui d?ciderai du moment opportun.

Et quand l’opposition vous presse de renoncer au pouvoir, de dissoudre le Parlement et de d?mettre le gouvernement ?

Cette disposition doit aussi ?tre conserv?e, car elle permet d’assurer une d?mocratie durable. Elle avait d?j? ?t? introduite en 1985 [par le dictateur alors ? la t?te du pays, le g?n?ral Zia-ul-Haq], puis avait ?t? supprim?e [en 1997, quand Nawaz Sharif ?tait premier ministre]. Cette suppression avait permis aux pr?c?dents premiers ministres de piller la nation. J’ai simplement d?cid? de r?introduire la disposition, et la majorit? dont nous disposons au Parlement est d’accord. Il n’y a d’ailleurs pas de blocage parlementaire. La majorit? vote des projets de loi, le budget a ?t? adopt?. La seule chose impossible est d’amender la Constitution, puisque le gouvernement n’obtient pas la majorit? n?cessaire des deux tiers.

Quelle est votre d?finition de cette d?mocratie durable ?

Franchement, c’est ? moi de traiter cette question. Nous [le r?gime militaire] avons institu? un Conseil national de s?curit? (CNS), qui doit maintenant se mettre au travail. Cela nous permettra de ne plus instaurer la loi martiale, contrairement ? ce qui s’est souvent fait dans le pass? ; pour sauver la nation, on s’adressait au chef de l’arm?e afin qu’il impose la loi martiale. A l’avenir, ce sera au CNS d’en d?cider apr?s un d?bat entre ses douze membres, dont le leader de l’opposition, le premier ministre, quatre ministres en chef, le pr?sident du S?nat, le speaker de l’Assembl?e et le pr?sident du comit? [le chef de l’arm?e]. De cette fa?on, la loi martiale ne sera plus jamais instaur?e.

Mais l’opposition emp?che le CNS de fonctionner, donc de stabiliser la situation politique. Dix mois apr?s les ?lections, elle est tellement divis?e qu’elle n’a pas pu nommer son leader. Quand l’opposition permettra le retour de la stabilit? au Parlement, quand le CSN fonctionnera, j’?valuerai si la d?mocratie est durablement assur?e. Et j’enl?verai mon uniforme.

L’assembl?e de la province de la fronti?re du Nord-Ouest (NWFP, l’une des quatre du Pakistan) a vot? la charia, la loi coranique. Comment ?viterez-vous une "talibanisation" du pays que vous d?noncez ?

La loi sur la charia d?range les Occidentaux car ils m?connaissent son contenu. Elle avait d?j? ?t? adopt?e au Pakistan et elle ne nous d?range pas du tout. Mais les ?lus de la NWFP [une coalition majoritaire de partis islamistes, que le r?gime a favoris?e pendant la campagne ?lectorale] ont impos? une s?rie de mesures - port de v?tements traditionnels, destruction de cassettes de musique, restrictions ? l’affichage - qui n’ont rien ? voir avec cette loi. Nous n’autoriserons pas ces mesures.

Chaque fois qu’une attaque a lieu en Afghanistan, des regards accusateurs se tournent vers le Pakistan, qui est soup?onn?, au minimum, de tol?rer des opposants au processus de paix dans le pays voisin. Que pr?conisez-vous pour am?liorer la s?curit? en Afghanistan ?

Ces accusations sont infond?es. Le probl?me se trouve en Afghanistan, o? le vide de pouvoir est total. Le poids du gouvernement ne va pas au-del? de la capitale. Ce vide doit ?tre combl? par le gouvernement de Kaboul, par la Force internationale d’assistance ? la s?curit? (ISAF) et par les forces am?ricaines. Les Am?ricains doivent comprendre qu’ils doivent modifier leur strat?gie politico-militaire. J’essaie de les en convaincre.

Car, dans les provinces, chaque seigneur de la guerre est un gouvernement ? lui tout seul. Les warlords dirigent ainsi onze ou douze centres de pouvoir parall?les. Ces secteurs devraient ?tre occup?s par la force. Dans les montagnes la fronti?re avec le Pakistan, la vacuit? du pouvoir est compl?te. Du c?t? pakistanais, notre arm?e op?re dans les zones tribales - pour la premi?re fois depuis un si?cle -, o? nous avons d?ploy? au moins 6 000 militaires. Notre r?seau de renseignement y est efficace, dot? de moyens technologiques fournis par l’aide ?trang?re, et d’une force d’action rapide.

S’il est vivant, o? se trouve Oussama Ben Laden ?

S’il est prot?g? par un groupe important, je pense que Ben Laden se trouve du c?t? afghan de la fronti?re, pour les raisons que j’ai indiqu?es. Si son groupe comprend moins de dix personnes, il peut se trouver au Pakistan.

Washington vous a aussi pri? d’envoyer des troupes en Irak...

On nous a demand? deux brigades, soit 6 000 hommes environ. Nous avons donn? un accord de principe, mais les modalit?s restent ? discuter. Notamment celle de savoir si l’op?ration peut s’effectuer sous couvert des Nations unies, de l’Organisation de la conf?rence islamique ou du Conseil de coop?ration du Golfe. Il reste encore ? savoir si d’autres pays musulmans seront pr?sents.

Au sujet du Cachemire, qui est ? l’origine de trois conflits entre l’Inde et le Pakistan, New Delhi vous a "tendu la main" en avril. Qu’attendez-vous de Washington sur ce dossier ?

Les Etats-Unis doivent demander ? l’Inde de commencer un dialogue avec le Pakistan pour discuter, entre autres, du probl?me du Cachemire. Cela doit se traiter sur un mode bilat?ral, mais il doit y avoir une troisi?me partie derri?re la sc?ne. Comme les Indiens sont tr?s sensibles au vocabulaire, je dois ouvrir un dictionnaire pour d?nicher le terme ad?quat. New Delhi ne veut pas d’une m?diation. Alors je parlerai de facilitation, voire d’encouragement. Nous pouvons nous rencontrer d?s demain si le premier ministre indien est d’accord.

P.S.

Une politique ouvertement pro-occidentale

A Paris, derni?re ?tape d’un p?riple de trois semaines qui l’a conduit ? Londres, ? Washington et ? Berlin, Pervez Moucharraf a de nouveau soulign? les aspects pro-occidentaux de sa politique. Qualifi? d’"ami des Etats-Unis" par George Bush, le g?n?ral pakistanais a rencontr? le pr?sident Jacques Chirac, le premier ministre Jean-Pierre Raffarin, et le ministre des affaires ?trang?res Dominique de Villepin. Il a d?menti tout soup?on de transfert de technologies nucl?aires entre son pays, l’Iran et la Cor?e du Nord, tout en affirmant que le Pakistan lutte sans merci contre le trafic d’opium et d’h?ro?ne, qui a repris en Afghanistan depuis la chute des talibans. Il a r?affirm? qu’Islamabad doit "r?examiner sereinement ses relations avec Isra?l" - ce qui irrite fortement la coalition des partis islamistes (MMA, la premi?re force de l’opposition pakistanaise). Il ne convient pas d’?tre "plus Palestinien que les Palestiniens qui, eux, discutent avec Isra?l", a d?clar? M. Moucharraf.

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