Debating India

Inde-Pakistan

D?gel de printemps

Georges ABOU

Thursday 8 May 2003, by ABOU*Georges

Le sous secr?taire d’?tat am?ricain Richard Armitage effectue une tourn?e asiatique au cours de laquelle les deux principales escales pr?vues sont Islamabad, jeudi, et New Delhi, ce week-end.

Depuis deux semaines environ, l’Inde et le Pakistan multiplient les signes de bonne volont? pour normaliser leurs rapports, fortement d?grad?s depuis d?cembre 2001. Il est d?sormais question de r?tablir des relations diplomatiques et sportives normales, de restaurer les liaisons a?riennes, routi?res et ferroviaires. Il a m?me ?t? question, pendant un court moment, d’examiner le d?sarmement nucl?aire des deux ?tats. Pourtant aujourd’hui, au fond, rien n’est r?gl?. Le Cachemire demeure un territoire convoit? de part et d’autre et, avec le retour du printemps, les op?rations militaires ont repris sur la ?ligne de contr?le?.

?Le premier pas consiste ? faire baisser la temp?rature entre les deux pays, et c’est important, m?me si l’on ignore quel sera le deuxi?me pas concernant le Cachemire?, d?clarait en d?but de semaine ? l’AFP un ancien g?n?ral des services de renseignements militaires pakistanais. Le dossier en est l?, en effet, dix-sept mois apr?s l’incident initial qui mit une nouvelle fois le feu aux poudres entre les deux voisins nucl?aires, avec l’attaque du parlement indien par des s?paratistes venus du Pakistan. Il s’en est fallu de peu qu’une nouvelle guerre n’?clate et, au plus fort de la crise, un million de soldats avaient ?t? mass?s des deux c?t?s de la fronti?re o? les incidents ?taient quotidiens, graves et meurtriers.

New Delhi accuse toujours Islamabad d’entretenir le s?paratisme cachemiri et rien n’autorise ? penser que la position de l’un ou l’autre a ?volu?. Il s’agit en effet d’un diff?rend profond qui touche ? ce qu’un pays compte de plus inali?nable: la souverainet? territoriale, irr?ductible par d?finition. En raison de la capacit? atomique des arm?es pakistanaise et indienne, et malgr? l’apparition de nouveaux foyers de tension, nombre de pays et d’organisations internationales, notamment sous-r?gionales, ont ouvr? aupr?s des deux capitales pour contenir le conflit dans des limites raisonnables. Et il semble qu’ils y soient parvenus, jusqu’? pr?sent.

La tourn?e du sous-secr?taire d’?tat am?ricain s’inscrit dans cette logique. Richard Armitage ?tait ? Islamabad ce jeudi. Apr?s une escale ? Kaboul, il est attendu ce week-end ? New Delhi. Son voyage co?ncide avec, ? la fois, l’expression d’une volont? de d?gel, tant c?t? indien que pakistanais, et, paradoxalement, la persistance des incidents arm?s. Selon le ministre indien de la D?fense, entre novembre et avril, 570 rebelles musulmans infiltr?s et 72 soldats indiens ont ?t? tu?s du fait des infiltrations de combattants en provenance, selon lui, du Pakistan. Et, signe de la permanence du conflit, dans la nuit de mercredi ? jeudi, cinq s?paratistes musulmans et un soldat indien ont p?ri lors d’affrontements dans cette r?gion disput?e du Cachemire, alors que la veille vingt personnes au moins avaient ?t? tu?es lors d’incidents arm?s survenus de part et d’autre de la ?ligne de contr?le? qui s?pare les deux pays dans la r?gion de l’Himalaya.

La ligne de front est une ligne de cr?te

Car la p?riode est propice. C’est une guerre dont la ligne de front est parfois situ?e ? cinq mille m?tres d’altitude o? le souffle est court, les risques d’effets secondaires sur les combattants importants et o?, surtout, l’hiver est long. Le printemps est donc, tous les ans depuis le d?but de la crise, l’occasion d’une nette reprise de l’activit? militaire, conform?ment ? ce que l’on observe actuellement.

Pourtant, m?me si dans le fond rien n’est r?gl?, les uns et les autres ont multipli? au cours de ces derniers jours les d?clarations de bonnes intentions et, jusqu’? ces derni?res heures il a m?me ?t? question d’envisager (? terme bien s?r) la d?nucl?arisation militaire de la r?gion puisque, lundi, Islamabad laissait entrevoir une possibilit? de destruction de son arsenal atomique si, de son c?t?, New Delhi en faisait autant. Proposition rejet?e ce jeudi par le Premier ministre indien au nom du fait que le programme atomique de son pays n’est pas sp?cifiquement dirig? contre son voisin. On s’en doutait. Si, effectivement, l’?quilibre de la terreur est l’un des instruments qui permet ? New Delhi de ne pas risquer ? tout moment l’invasion d’une partie de son territoire, la bombe atomique indienne est davantage un outil de souverainet? dont le rayon d’action politique va bien au-del? de sa sph?re r?gionale.

Depuis une semaine en tout cas les bellig?rants s’envoient des signaux amicaux, inhabituels dans le contexte particuli?rement tendu de ces derniers mois: proposition de r?tablissement des liaisons routi?res, ferroviaires, a?riennes, ainsi que des relations sportives (notamment les matchs de cricket et de hockey, tr?s populaires parmi les deux peuples); proposition de r?tablissement de relations diplomatiques pleines et enti?res; enfin invitation en voyage officielle ? Islamabad du Premier ministre indien.

On ne peut ?videmment manquer d’?tablir un lien de cause ? effet entre la tourn?e r?gionale du sous-secr?taire d’?tat am?ricain et ce soudain r?chauffement, et en conclure que l’avis de Washington compte tant ? New Delhi qu’? Islamabad. On se souvient ?galement que la d?gradation de la situation entre les deux capitales avait correspondu ? la mont?e en puissance de la guerre am?ricaine contre le terrorisme, apr?s le 11 septembre, et l’intervention de Washington dans la r?gion, en Afghanistan. New Delhi avait, ? l’?poque, tent? de d?tourner les ?tats-Unis du Pakistan, en raison de ses connivences avec le fondamentalisme islamique, tandis qu’Islamabad, fragilis?e, protestait de sa bonne foi aupr?s de son alli? et de la communaut? internationale. Aujourd’hui, alors que Washington, s?re de sa puissance, manifeste une totale libert? en mati?re de choix de ses partenaires, chacun, pour le m?nager, semble vouloir lui offrir son meilleur profil.

See online : RFI

P.S.

Article RFI publi? le 8 mai 2003.

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