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Inde-Pakistan

Poign?e de main indo-pakistanaise

Elio COMARIN

Saturday 5 January 2002

Le Premier ministre indien Atal Behari Vajpayee et le pr?sident pakistanais Pervez Musharraf se sont serr?s la main, samedi, ? l’ouverture du sommet r?gional des pays d’Asie du sud, ? Katmandou. En d?pit de ce geste de d?tente entre les deux pays oppos?s sur le Cachemire, des tirs de mortier, partant du Pakistan, ont atteint au m?me moment le sud du Cachemire indien. L’arm?e indienne a ripost?.

Pendant ce temps, la pression internationale s’accentue sur les deux pays nucl?aris?s de la r?gion. Les Etats-Unis n’excluent pas d’envoyer un ?missaire pour d?samorcer les tensions entre eux. De son c?t?, Tony Blair, Premier ministre britannique, a commenc? par une visite en Inde une mission de bons offices entre l’Inde et le Pakistan.

L’histoire comme la g?ographie ont fait de la vall?e du Cachemire une zone de fronti?re tr?s h?t?rog?ne, situ?e ? la rencontre de trois mondes culturels: l’indien au Sud, le chinois ? l’Est et l’indo-europ?en ? l’Ouest. Des mondes o? la tradition religieuse demeure bien ancr?e: aujourd’hui hindouisme, bouddhisme et islam se partagent tr?s in?galement le Cachemire avant de devenir religion dominante dans les pays voisins. Autant dire que la ?question cachemirie?, directement issue d’une d?colonisation rat?e, n’est pas ? la veille d’une solution.

Vieux pays de culture indienne, le Cachemire est devenu majoritairement musulman lors de la conqu?te d’Akbar, le souverain moghol, en 1586; mais deux si?cles plus tard il faisait d?j? partie du royaume sikh de Ranjit Singh, avant de passer sous souverainet? britannique, au lendemain de la guerre anglo-sikh (1848-49). Et Londres de compliquer encore plus la question, en d?cidant de d?tacher le Cachemire du Pendjab, et de le vendre au rajah hindou du Jammu. R?sultat: la domination de la majorit? musulmane par l’aristocratie hindoue s’installe d?finitivement, ce qui rendra encore plus difficile la partition de l’Inde, d?cid?e par la Grande-Bretagne en 1947. Le Cachemire, contrairement au Pendjab, ne sera finalement pas partag? en deux. Du moins sur le papier.

Le premier conflit ?clate en 1948

Car, le maharajah refuse d’abord le rattachement au Pakistan occidental (qui vient d’?tre cr??) ou ? l’Inde, et se prononce pour l’ind?pendance du Cachemire; mais de violents affrontements entre hindous pro-indiens et musulmans pro-pakistanais le poussent finalement ? demander l’aide ? Delhi, qui obtient ainsi la ma?trise de la D?fense, des Affaires ?trang?res et des Communications de cet Etat plus autonome que les autres de l’Union indienne.

Toutes ces vicissitudes sont ? l’origine du premier conflit indo-pakistanais, en 1948, qui s’est sold? par ce que tout le monde voulait ?viter: le partage de facto de la vall?e du Cachemire entre les deux pays. Depuis, le Pakistan contr?le un tiers du Cachemire (3 millions d’habitants) et l’Inde les deux tiers restants (9 millions). Islamabad soutient qu’il devrait faire partie du Pakistan parce que la majorit? de sa population est musulmane et que celle-ci devrait ?tre pour le moins consult?e par r?f?rendum; et Delhi r?p?te son opposition ? toute consultation puisque que le maharajah s’est prononc? pour le rattachement ? l’Union indienne. Mais, si l’Inde continue de se battre pour garder cette r?gion, c’est d’abord parce que, pour Nehru comme pour ses successeurs, le Cachemire est un rempart exceptionnel face ? la Chine, qui contr?le d?j? (officieusement) une partie du Ladakh indien. Pour cela aussi, les trois conflits indo-pakistanais intervenus en 1965, 1971 et 1999 se sont tous sold?s par un statu quo qui ne satisfait personne et engendre r?guli?rement d’autres revendications et d’autres affrontements.

Les diff?rents mouvements nationalistes qui ont travers? le Cachemire indien ont fait leur apparition d?s les ann?es trente. Cheik Abdoullah a longtemps dirig? des r?voltes parfois violentes contre une administration omnipr?sente et une forte pr?sence militaire et polici?re. Mais ce n’est qu’en 1989 que de vrais ?mouvements de lib?ration? sont apparus, le plus souvent avec l’aide du Pakistan voisin, ? la suite d’autres ?insurrections? qui ont failli emporter l’Union indienne. Dans le nord-ouest, la longue ?r?volte? des Sikhs, au Pendjab, a ?t? violemment r?prim?e par Indira Gandhi, avant de tomber sous les balles d’un nationaliste sikh; et dans l’ancien Assam (Est du pays) des r?voltes quasi end?miques avaient d?j? commenc?, notamment de la part des mouvements ind?pendantistes ou autonomistes oppos?s ? ?l’invasion? des ?immigr?s bangladeshis? de religion musulmane.

Dans le Cachemire l’insurrection lanc? en 1989 par le Front de lib?ration du Jammu et du Cachemire a ?t? assez vite ma?tris?e sur le plan militaire, mais elle a ?t? aussit?t relanc?e par des mouvements officiellement ind?pendantistes de plus en plus islamis?s, voire proches des th?ses d?fendues par Al Qa?da, mais aussi de plus en plus pro-pakistanais. Le d?part des troupes sovi?tiques de l’Afghanistan ayant amplifi? ce ph?nom?ne et ?d?tourn?? sur les pentes du Cachemire de nombreux moudjahiddine dits ?afghans? ou ?arabes?. Et que le pr?sident pakistanais Musharraf a promis de priver d’aide parce que ?non autochtones?, si l’on en croit le quotidien am?ricain New York Times.

Cette mesure pourrait concerner les deux principaux groupes montr?s du doigt par Delhi et qui seraient responsables de l’attaque contre le parlement indien du 13 d?cembre dernier: le Lashkar-e-Taiba et le Jaish-e-Mohammad. Deux mouvements officiellement tr?s r?cents, mais qui ne cessent de remporter l’adh?sion de nombreux jeunes ?terroristes?. Le premier s’est manifest? surtout lors du conflit de Kargil, en 1999, puis par les ?kamikaze? qu’il a r?guli?rement envoy? contre des installations militaires indiennes. Il est ?galement partisan de l’installation de la loi islamique sur toute l’Inde. Le deuxi?me est pour sa part bien implant? dans de nombreuses madrassas (?coles coraniques) pakistanaises: selon Delhi, il aurait perp?tr? l’attentat d’octobre dernier contre le Parlement de l’Etat du Jammu et Cachemire (40 morts).

L’arrestation, dimanche dernier au Pakistan, du leader du Lashkar, Hafiz Mohammad Saeed, vise sans doute ? rassurer l’Inde, qui s’est empress?e de faire part de sa satisfaction. Mais ce n’est qu’un simple geste quasi diplomatique. La grande majorit? des moudjahiddine en lutte pour un Cachemire ? la fois islamique et pakistanais continuent leur jihad. De plus, un troisi?me groupe a fait son apparition r?cemment, lorsque ses comptes ont ?t? gel?s par les autorit?s pakistanaises: il s’agit de l’organisation Umma Tameer-e-Nau, que les Etats-Unis soup?onnent d’avoir transmis des informations sur la confection d’armes nucl?aires ? Al Qaida.

See online : RFI

P.S.

Article RFI, Article publi? le 5 janvier 2002.

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