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AFRIQUE DU SUD

Les “affreux” ont de beaux jours devant eux

Michael Schmidt

Wednesday 7 April 2004, by SCHMIDT*Michael

En d?pit d’une loi interdisant le mercenariat, les “chiens de guerre” sud-africains s’exportent plus que jamais. Ils deviennent d’autant plus intouchables qu’ils travaillent pour des multinationales et pour Washington.

"This Day", Johannesburg

Reconnaissons-le, le mercenariat est probablement l’exportation sud-africaine la moins appr?ci?e ? sa juste valeur. Ou du moins, c’est l’attitude officiellement adopt?e par les gouvernements de par le monde. Mais, en r?alit?, partout o? des groupes politiques sont pr?ts ? s’offrir des hommes de main pour contr?ler un territoire, il y a de grandes chances de croiser une poign?e de v?t?rans sud-africains. Si la guerre de brousse d?clench?e ? partir de 1966 par l’Afrique du Sud de l’apartheid contre ses voisins a fait long feu au d?but des ann?es 90, elle a n?anmoins accouch? de petits groupes de combattants d’?lite et de gu?rilleros dont les talents sont tr?s recherch?s dans d’autres points chauds du globe. A vrai dire, les “affreux” ont commenc? ? vendre leur savoir-faire meurtrier bien avant que ne prenne fin la “guerre des fronti?res”. Pour s’en convaincre, il suffit de consid?rer l’identit? de bien des compagnons de voyage de “Mad” Mike Hoare lorsque ce dernier lan?a son coup d’Etat avort? aux Seychelles, en 1981 - m?me si l’on peut effectivement avancer qu’il s’agissait l? plut?t d’une op?ration clandestine entreprise pour le compte de l’Afrique du Sud que d’une affaire authentiquement priv?e.

L’av?nement de la d?mocratie entra?na la d?mission de nombreux sp?cialistes des forces arm?es, qui se mirent alors ? se vendre au plus offrant. Gr?ce ? Executive Outcomes, soci?t? fond?e en 1989 par Eeben Barlow, ancien membre de la s?curit? du Bureau de la coop?ration civile, et dont le si?ge se trouve ? Pretoria, les chiens de guerre continuent de faire les gros titres. Les premi?res op?rations de la soci?t? avaient r?ussi ? ?chapper au radar de l’opinion. Mais, en 1994, le groupe cr?ait son propre site, o? il affirmait que ses activit?s se limitaient ? “des services de consultation dans le domaine militaire d’un haut niveau de professionnalisme et de confidentialit? ? destination de gouvernements l?gitimes”. Executive Outcomes est surtout c?l?bre pour avoir aid? le pr?sident Kabbah ? revenir au pouvoir en Sierra Leone. C’est en mars 1997 que les choses se sont g?t?es, quand la soci?t?, sollicit?e par les autorit?s de Papouasie-Nouvelle-Guin?e, s’est retrouv?e prise au pi?ge des combats contre les rebelles s?cessionnistes [de l’?le de Bougainville]. La d?b?cle diplomatique qui en a r?sult? a pouss? le gouvernement sud-africain ? proposer en avril 1997 un projet de loi r?glementant l’aide militaire ? l’?tranger, vot? en 1998. En janvier 1999, Executive Outcomes fermait ses portes.

Mais le r?seau de mercenaires ?tait si ?tendu et si solidement implant? qu’il fallait s’attendre ? ce que nombre de soldats de fortune optent simplement pour la clandestinit?. Quant aux ?l?ments les plus professionnels, ils op?raient en cellules ?tanches que le gouvernement avait d’autant plus de mal ? traquer, en particulier dans des zones de guerre ?loign?es comme la Bosnie-Herz?govine.

En juillet, Richard Rouget, un ancien officier fran?ais, ?tait arr?t?, tombant sous le coup de la loi pour avoir recrut? des mercenaires pour la C?te-d’Ivoire. Rouget, naturalis? sud-africain, a d? verser une amende de 12 000 euros. Egalement en juillet, l’Etat de S?o Tom? ?tait le th??tre d’un coup d’Etat qui aurait ?t? perp?tr? par d’anciens membres du redoutable 32e bataillon, aujourd’hui dissous. On retrouve, impliqu?s en RDC et en Irak, des mercenaires exp?riment?s et d’autres anciens soldats vantant leur expertise dans le domaine de la “s?curit?”.

La question des Sud-Africains en Irak a r?cemment fait la une de l’actualit? avec la mort de Fran?ois Strydom, un ancien membre des forces de s?curit?, dans un attentat suicide ? Bagdad qui a ?galement bless? quatre de ses compatriotes, le 28 janvier. Strydom aurait ?t? employ? par la soci?t? britannique SAS International, ? laquelle une nouvelle entreprise, Erinys Iraq, aurait sous-trait? des missions de s?curit? en Irak sous occupation am?ricaine. Puis, ? la mi-f?vrier, les Scorpions [unit? d’?lite] arr?taient Alberts, un ancien pilote d’h?licopt?re de l’arm?e de l’air sud-africaine, pour avoir contrevenu ? la loi sur l’aide militaire ? l’?tranger en effectuant des missions pour le compte des forces du gouvernement ivoirien. R?agissant ? la mort de Strydom, la commission gouvernementale sur le contr?le des armes conventionnelles a tardivement d?cr?t? que l’Irak ?tait une zone de guerre, afin de contraindre les Sud-Africains travaillant sur place dans le domaine de la “s?curit?” ? obtenir une autorisation d’op?rer avant de partir.

Une comp?tition commerciale particuli?rement intense

Meteoric Tactical Solutions, soci?t? sise ? Centurion (pr?s de Pretoria), avant m?me d’avoir obtenu l’autorisation d’op?rer en Irak, s’est empress? de d?barquer sur place pour honorer son contrat de plus de 376 000 euros avec le minist?re du D?veloppement international britannique. Les hommes de Meteoric Tactical Solutions sont charg?s de la “protection rapproch?e”, ils servent de gardes du corps. Si de rares mercenaires se font prendre quand ils rentrent chez eux, il est pour ainsi dire impossible de surveiller les activit?s de soci?t?s priv?es ou semi-clandestines dans un pays lointain o? l’Afrique du Sud ne dispose d’aucune repr?sentation diplomatique. Les autorit?s ne sont pas en mesure de d?terminer combien de Sud-Africains sont en fait employ?s dans des zones de conflit comme l’Irak, surtout quand ils sont recrut?s par des entreprises ?trang?res. La notion m?me d’aide militaire est floue : par exemple, le simple fait de monter la garde dans un environnement dangereux peut entra?ner une participation ? un ?change de tirs avec des pillards. A cela s’ajoutent les liens puissants entre ces forces arm?es priv?es et les multinationales qu’elles prot?gent, qui ont des int?r?ts dans le p?trole, les diamants ou autres. Avec ce genre de connexions, il est beaucoup plus difficile de tra?ner en justice les Sud-Africains impliqu?s. Car les autorit?s ne sont pas seulement confront?es ? quelques aventuriers, mais ? l’?quivalent, au XXIe si?cle, des troupes de la Compagnie des Indes orientales hollandaise, des arm?es priv?es au service de groupes extr?mement riches et influents dans le monde entier. Raenette Taljaard, une d?put?e sud-africaine, l’a exprim? quand elle a ?crit que, dans certaines situations, l’Etat-nation abdiquait son monopole de la force au profit d’un secteur priv? qui mettait les pieds sur le champ de bataille ? des fins ostensiblement commerciales. Dans les environnements o? la comp?tition commerciale est si intense que le personnel des entreprises lui-m?me se prom?ne lourdement arm? au vu de tous, il est na?f d’esp?rer que les nobles voeux inscrits dans nos lois puissent suffire ? ma?triser les chiens de guerre

P.S.

Institut d’?tudes sur la s?curit? Un centre de recherches sud-africain (en fran?ais)

http://www.iss.co.za/

Privatisation de l’arm?e Pour une vision plus g?n?rale du ph?nom?ne du mercenariat sur le site d’information Disinfopedia (en anglais)

http://www.disinfopedia.org/wiki.ph...

Soci?t?s de s?curit? en Irak Une liste d’entreprises r?pertori?es par le gouvernement am?ricain (en anglais)

http://travel.state.gov/iraq_securi...

En atach? : Soci?t?s de mercenaires en Afrique du Sud Une ?tude bas?e sur le cas d’Executive Outcomes (fichier Word ? t?l?charger) (en anglais)

in Courrier International, n?700, du 1er au 7 avril 2004.

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