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HONG KONG

La fin du r?ve d?mocratique

Eric Glover

Friday 9 April 2004, by GLOVER*?ric

Le gouvernement central chinois vient d’interpr?ter la Loi fondamentale, Constitution officieuse de Hong Kong. Une interpr?tation qui exclut toute transition d?mocratique dans l’?le-cit?.

Un contestataire pro-d?mocratie (AFP)

Vous n’offrez jamais quatre fleurs ? votre h?tesse, car dans la num?rologie cantonaise, quatre est le chiffre de la mort. Il est donc regrettable que P?kin ait attendu le 6 avril pour se prononcer sur la d?mocratie ? Hong Kong, alors que le 4 avril, le 04/04/04, aurait ?t? parfait pour ?mettre l’avis qui tue tout espoir de r?forme politique sur l’?le-cit?”, s’exclame Asia Times], un webzine de Hong Kong.

Le comit? central du Congr?s du peuple a enterr? toute forme d’aspiration d?mocratique en statuant que les r?formes sont l’apanage du gouvernement central, et uniquement du gouvernement central”, d?plore The Standard, quotidien ?conomique de Hong Kong. Ce n’est bien s?r pas l’opinion de China Daily], la voix officielle du Parti communiste chinois : “Les conclusions de la huiti?me rencontre du dixi?me comit? central du Congr?s du peuple seront b?n?fiques pour le haut degr? d’autonomie de la R?gion administrative sp?ciale de Hong Kong”, affirme ce quotidien. Des conclusions que le New York Times r?sume ainsi : “C’est le pouvoir central chinois qui d?cidera si, et quand, la population du territoire pourra ?lire directement et au suffrage universel ses dirigeants.”

La peur du "virus d?mocratique"

Des observateurs ?trangers estiment, comme le correspondant du Globe and Mail canadien, que “les deux pages d’interpr?tation de la Loi fondamentale qui r?git aujourd’hui Hong Kong, marquent la fin du r?ve d?mocratique de l’?le” et du concept “un pays, deux syst?mes” qui avait pr?sid? ? la r?trocession de Hong Kong. A cela, China Daily r?pond que “toutes les interpr?tations du comit? central du Congr?s du peuple sont compatibles avec la Loi fondamentale et tous les autres textes du syst?me constitutionnel de la RAS. L’interpr?tation rel?ve simplement que m?me une loi constitutionnelle comme celle de la R?gion administrative sp?ciale doit ?tre comprise dans le cadre plus g?n?ral du statut particulier de cette r?gion et des principes juridiques qui la r?gissent.”

Une langue de bois qui ne laisse gu?re d’illusion au Globe and Mail : “C’est l? le point final d’une campagne de P?kin destin?e ? mettre au pas ceux qui plaidaient pour des ?lections libres en 2007.” Aucune ?lection g?n?rale ne peut en effet se tenir avant cette date selon la Loi fondamentale.

La Chine se montrait pr?occup?e de l’?volution politique de Hong Kong depuis la grande marche du 1er juillet 2003, qui avait r?uni plus de 500 000 habitants de l’?le-cit? sur les sept millions qu’elle compte. “Juste apr?s”, note le journal de Toronto, “les d?mocrates marquaient des points lors des ?lections locales et commen?aient le pressing pour plus de r?formes.” P?kin a imm?diatement r?agi en d?non?ant les leaders d?mocrates locaux comme “de mauvais patriotes”. “Et les sp?cialistes de droit constitutionnel chinois ? la solde du pouvoir avaient imm?diatement commenc? ? marteler qu’il ne fallait attendre aucune d?mocratie compl?te dans l’imm?diat”, pr?cise le Globe and Mail]. En fait, r?sume le quotidien canadien, “la Chine craint que le ’virus d?mocratique’ ne se r?pande sur son sol”.

L’effet "Ta?wan"

Le comit? central du Congr?s du peuple a sp?cifi? que le chef de l’ex?cutif de Hong Kong, Tung Chee-hwa, ?tait charg? d’?valuer “s’il ?tait n?cessaire” de modifier la mani?re de d?signer les dirigeants locaux. Tung, un homme de P?kin, a d’ailleurs affirm? que l’interpr?tation de la Loi fondamentale par le comit? central est la base l?gale “la plus autoris?e” sur laquelle s’appuyer pour le d?bat sur le d?veloppement constitutionnel de Hong Kong. Pour Peter Wong, un d?put? hongkongais au Congr?s du peuple, cit? par China Daily,aussi longtemps que nous menons des r?formes politiques locales en gardant le ’un pays’ ? l’esprit, tout est ouvert au dialogue”.

Mais pour P?kin, la promesse des “deux syst?mes” passe ? la trappe. Le New York Times] n’est pas dupe : “C’est un ?cart majeur ? la p?riode de cinquante ans d’autonomie n?goci?e entre les Britanniques et les Chinois au moment de transf?rer la souverainet? sur Hong Kong.” L’administration Bush a d’ailleurs critiqu? l’attitude de P?kin, pr?cise le quotidien. Une analyse que partage Asia Times, pour qui “le poison de P?kin met ? mal la Constitution que les Britanniques avaient impos? comme une sorte de cache-sexe avant de partir. Une situation d’autant plus ironique que les Anglais se battent aujourd’hui en Irak sous le pr?texte d’y ?tablir la d?mocratie qu’en cent cinquante ans d’occupation ils n’ont jamais accept? d’offrir ? Hong Kong.” Et qui, s’ils l’avaient ?tablie, aurait r?solu par avance la crise actuelle...

Pour Asia Times,le concept de ’un pays, deux syst?mes’ cher ? Deng Xiaoping est donc devenu ’un pays, notre syst?me’". Si P?kin r?agit ainsi, estime le webzine hongkongais, “c’est parce que la r??lection de Chen Shui-bian, ? Ta?wan, avec un programme ind?pendantiste ? peine voil?, laisse d?sormais peu d’espoir ? la Chine continentale de voir Ta?wan rejoindre la grande m?re patrie dans un statut similaire ? celui de Hong Kong. Du coup, la Chine n’a plus aucune raison de prendre des gants et de laisser subsister la fiction de “un pays, deux syst?mes”.

Le New York Times estime que cette histoire “va oblit?rer consid?rablement les relations sino-am?ricaines, d?j? bouscul?es par les conflits commerciaux et les questions de ventes d’armes ? Ta?wan”. Mais si l’on en croit Asia Times,l’absence de d?mocratie n’aura que peu de cons?quences, car le capitalisme hongkongais repose sur un syst?me de privil?ges qui octroie ? quelques grands patrons la marge de man?uvre n?cessaire ? leurs affaires. Certes, l’?rosion de la libert? comme celle de la fiabilit? des lois rendent l’?le de moins en moins cr?dible et attractive comme centre d’affaires. Mais depuis quelques ann?es, avec la crise ?conomique, Hong Kong compte plus sur la Chine que sur le commerce international pour maintenir son niveau de richesse.” La reprise en main politique de P?kin marque donc une ?volution de tendance : apr?s avoir ?t? la porte d’entr?e du capitalisme en Chine, Hong Kong devient progressivement une vitrine ?conomique sous contr?le.

See online : http://www.courrierinternational.co...

P.S.

Courrier International, ?dition du vendredi 9 avril 2004.

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