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La vie du diamant en Sierra Leone

AFP

Saturday 20 March 2004

"Si je ne trouve pas un diamant, je ne mange pas". De l’eau boueuse jusqu’aux genoux, Pappy Kallon secoue fr?n?tiquement son tamis dans la rivi?re Sewa, dans l’est de la Sierra Leone. Guerre ou paix, la qu?te fr?n?tique de la reine des pierres pr?cieuses continue.

"Nous vivons du diamant", dit son ami Mike King. Les tamis remplis de la boue de l’espoir s’agitent inlassablement et rejettent souvent la d?ception dans l’eau de la rivi?re.

Depuis les ann?es 1920, on s’agite avec des pelles rouill?es et des ustensiles rudimentaires en Sierra Leone, un pays dont la richesse mini?re a fait le malheur: les diamants se sont mis ? avoir des reflets rouge sang et ont provoqu? une des plus atroces guerres civile de la plan?te pendant dix ans.

Un cinqui?me de ce pays d’Afrique de l’ouest grand comme l’Ecosse regorge de diamants, mais son sous-sol rec?le aussi de l’or, de la bauxite, du rutile.

Dans ce pays victime de sa richesse, des gens comme Pappy et King, malgr? le tr?sor enfoui sous leurs pieds, vivent avec moins d’un dollar par jour. Et le pays est tout en bas de la colonne des pays les plus pauvres de la plan?te dans le classement de l’Onu.

Apr?s l’ind?pendance de la Grande-Bretagne en 1961, des r?gimes corrompues ont mis le pays en coupe r?gl?e en vivant sur cette manne souterraine, jusqu’? l’horreur des ann?e 1990. Pour les diamants, on a tu? et amput? pendant dix ans, "manches courtes, manches longues" selon que les civils ?taient amput?s ? hauteur du poignet ou du coude.

Durant les dix ans de guerre civile, les rebelles du RUF (Front R?volutionnaire Uni) ont envahi la r?gion diamantif?re de Kono. Tueries, viols, mutilations, pillages, dans le seul but de financer une r?bellion.

Selon des rapports internationaux, les diamants du sang ont rapport? quelque 400 millions de dollars au RUF en dix ans. Des diamants export?s ill?galement via des interm?diaires, libanais notamment, au Liberia voisin, dont le "patron"; Charles Taylor, aujourd’hui en exil au Liberia depuis l’?t? 2003, a "parrain?"; la guerre civile sierra-l?onaise.

Une ?tude de l’Onu estime qu’en l’an 2000 ce trafic a rapport? entre 25 et 125 millions de dollars aux tueurs du RUF.

Il a chut? fortement depuis deux ans avec la reprise de la prospection l?gale et la reprise des exportations elles aussi l?gales apr?s une interdiction onusienne pendant trois ans.

Selon le ministre des mines, Alhaji Deen, 55.000 carats de diamants alluviaux ont ?t? vendus en janvier dernier pour un total de 6,7 millions de dollars.

De cet argent, les quelques 500.000 mineurs du pays ne voient pas beaucoup la couleur. "Pour une pierre d’un carat, ?a nous fait en gros 150 dollars ? nous partager", explique Gibrile King qui dirige une ?quipe de 8 personnes.

La majorit? des mineurs ne sont pas ? leur compte, car peu peuvent s’offrir une licence annuelle ? 1500 USD. Leurs patrons revendent les gemmes ? un exportateur, la plupart du temps libanais. La licence d’exportation vaut quant ? elle 40.000 USD par an.

Mais le plus grand danger pour ces mineurs-artisans s’appelle Koidu Industries. Cette joint-venture entre des canadiens, des sud-africains et des isra?liens a commenc? l’exploitation ? grande ?chelle de la r?gion de Kimberlite. En t?moigne un crat?re de 20 m?tre de profondeur, impressionnant par rapport aux petits trous de fourmis faits par les mineurs artisanaux.

Koidu Industries estime que quelque 6,7 millions de carats dorment dans le sous-sol de sa concession.

En f?vrier, l’entreprise a vendu pour 2 millions de dollars ses 10.000 premiers carats. L’objectif: 670 carats par jour.

Jan Joubert, le directeur ex?cutif de l’entreprise, dirige 300 personnes, mais tous les jours des centaines de mineurs se massent devant les grilles de la concession mini?re dans l’espoir d’?tre embauch?s.

"Tu creuses, tu secoues, tu laves et tu pries. Chercher du diamant, c’est la seule chose que je sais faire. Je veux cette vie", dit Mike King.

See online : L’Intelligent

P.S.

in "L’intelligent", AFP, Sierra L?one, le 20 mars 2004.

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