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Le g?n?ral-pr?sident du Pakistan demande un soutien accru ? ses alli?s ?trangers

Fran?oise Chipaux

Wednesday 2 July 2003, by CHIPAUX*Fran?oise

En visite ? Paris, M. Moucharraf fait face ? une forte opposition dans son pays.

Article paru dans le Monde, ?dition en ligne du 2 juillet 2003.

Arriv? au pouvoir par un coup d’Etat militaire, le 12 octobre 1999, le g?n?ral Pervez Moucharraf avait ?t? plut?t bien accueilli par une population alors lasse des foucades du premier ministre ?lu, Nawaz Sharif.

Les critiques ?taient venues des gouvernements ?trangers qui avaient "ostracis?" ce quatri?me g?n?ral ? prendre le pouvoir au Pakistan depuis la cr?ation du pays, en 1947. Les attentats du 11 septembre 2001 et l’appui apport? par le Pakistan ? la lutte antiterroriste ont, depuis, renvers? la tendance.

"Ami courageux" des Etats-Unis, le pr?sident Moucharraf, qui commence, mercredi 2 juillet, une visite officielle ? Paris, a perdu, au fil des mois, le soutien de ses concitoyens. Il a r?ussi ? unir dans l’opposition ? son pouvoir les islamistes et les lib?raux pakistanais. Les premiers lui reprochent son alignement sur Washington, la d?nonciation de l’alliance avec les talibans en Afghanistan et le contr?le plus strict des groupes islamistes extr?mistes qui combattent au Cachemire. Les seconds d?noncent les faux-semblants de la lutte contre l’islamisme militant et, plus g?n?ralement, la prolongation d’un pouvoir militaire avec un "paravent" d?mocratique.

La "d?mocratie durable" que le pr?sident Moucharraf dit vouloir instaurer au Pakistan est pass?e, pour l’instant, par un r?f?rendum truqu? qui lui a permis de faire "l?gitimer" son ?lection ? la t?te de l’Etat pour cinq ans, des ?lections l?gislatives largement manipul?es et des lois amend?es en fonction des besoins. Mais, depuis l’entr?e en fonction du Parlement, l’opposition islamique et lib?rale - incarn?e principalement par le Parti du populaire pakistanais (PPP) de l’ancien premier ministre en exil, Benazir Bhutto, et par la Ligue musulmane de l’ancien premier ministre Nawaz Sharif, lui aussi en exil - refuse d’accepter les amendements constitutionnels promulgu?s par le g?n?ral-pr?sident, bloquant ainsi toute vie parlementaire.

L’opposition refuse notamment que le g?n?ral Moucharraf garde les deux casquettes de chef de l’arm?e et de pr?sident du pays, ainsi que le pouvoir qu’il s’est octroy? de renvoyer le gouvernement et de dissoudre l’Assembl?e. "Il n’y aura pas de compromis sur ces points", souligne Sabir Awan, d?put? MMA (Muttahida Majlis-e-Amal, alliance de six partis religieux islamiques), de la Province du Nord-Ouest avant d’ajouter : "Mir Zafarullah Khan Jamali est premier ministre juste de nom : c’est l’arm?e qui gouverne."

"L?gitim?" par Washington, le pr?sident Moucharraf n’a sans doute cure de l’?tre par une classe politique qu’il abhorre. Mais le blocage du syst?me politique symbolise l’?chec de son "projet d?mocratique" ? un moment o? le Pakistan doit poursuivre la lutte antiterroriste et g?rer un rapprochement d?licat avec l’Inde.

Si les Etats-Unis ont des raisons de se satisfaire de la collaboration du Pakistan dans la guerre contre le terrorisme, celle-ci a des limites. De l’avis de nombreux experts, le pays abrite toujours une bonne part des cadres d’Al-Qaida recherch?s. Ces derniers y b?n?ficient d’un r?seau important de complicit?s dans les partis extr?mistes islamiques, eux-m?mes li?s ? des agents des services secrets pakistanais (Inter Service Intelligence, ISI). L’arm?e n’a pas totalement rompu avec ces partis qui, comme l’affirme l’ancien chef de l’ISI, Hamid Gul "ont loyalement servi les int?r?ts vitaux du Pakistan" en Afghanistan et au Cachemire. Les mouvements de lutte arm?e au Cachemire ont pour l’instant re?u l’ordre de rester discrets et inactifs. Cela ne veut pas dire qu’ils ont ?t? compl?tement an?antis et que la politique sur le Cachemire a chang?.

Le pr?sident Moucharraf n’a pas tranch? entre sa volont? "d’un Pakistan moderne, tol?rant et prosp?re", comme l’a d?crit ? Camp David le pr?sident am?ricain George Bush, et celle d’une arm?e avant tout soucieuse du maintien de ses privil?ges et de son importance, m?me si ceci doit passer par la poursuite d’une hostilit? contr?l?e avec l’Inde ou le soutien aux islamistes du MMA lors des ?lections contre l’opposition classique (PPP, Ligue musulmane). Loin de construire une base d?mocratique pour le futur, le r?gime gouverne en fonction de ce qu’il estime ?tre son int?r?t. Les islamistes pourraient toutefois se faire entendre de plus en plus fort en profitant du vide cr?? par le blocage du Parlement et par l’absence au Pakistan des deux dirigeants traditionnels que sont Benazir Bhutto et Nawaz Sharif.

Tant qu’il b?n?ficie du soutien de Washington - et en cela les 3 milliards de dollars d’aide offerts r?cemment par George Bush sont importants - M. Moucharraf n’a rien ? craindre. Mais ce soutien se poursuivra-t-il une fois que les objectifs de la lutte antiterroriste seront atteints ? Des promesses faites par le g?n?ral lors de sa prise de pouvoir, les 140 millions de Pakistanais n’ont encore rien vu. Pour l’homme de la rue, les espoirs qu’il avait fait na?tre se sont depuis longtemps envol?s.

P.S.

Trois jours de visite officielle en France

Arriv? ? Paris, mercredi 2 juillet, apr?s un p?riple qui l’a conduit en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Allemagne, le pr?sident Moucharraf devait rencontrer, le m?me jour, ? l’Elys?e, le pr?sident Jacques Chirac. "Une concertation ?troite avec le Pakistan est indispensable pour contribuer ? la stabilit? de l’Asie m?ridionale, a d?clar? le porte-parole du Quai d’Orsay, Herv? Ladsous. Nous saluons et soutenons les efforts du pr?sident Moucharraf pour engager le combat contre les ferments du terrorisme dans la r?gion, que ceux-ci menacent les int?r?ts int?rieurs du Pakistan ou des zones limitrophes, Cachemire ou Afghanistan." La visite suit de peu la condamnation ? mort, le 30 juin ? Karachi, de trois islamistes pakistanais pour leur participation ? l’attentat qui a tu? onze Fran?ais de la direction des constructions navales (DCN), en mai 2002, dans cette ville du sud du pays.

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