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TERRE

L’Egypte refuse de partager son Nil aux tr?sors

Claude GUIBAL

Sunday 29 February 2004, by GUIBAL*Claude

L’in?quitable r?partition des richesses du fleuve, dont le Caire est le grand b?n?ficiaire, au coeur du sommet de l’Union africaine en Libye.

Le Caire de notre correspondante

Quand ils parlent du Nil, les Egyptiens l’appellent ?la veine de la vie?. La m?taphore est loin d’?tre usurp?e. Car, sans les eaux du Nil, l’Egypte n’est rien d’autre qu’un immense d?sert : seuls 4 % de son territoire sont habitables et cultivables, 4 % qui se concentrent presque uniquement sur les rives du cours d’eau. Rien d’?tonnant, dans ces conditions, ? ce que l’attachement des Egyptiens au fleuve nourricier soit visc?ral. Grande b?n?ficiaire des vieux accords de partage des eaux du Nil, qui fournit au pays 95 % de ses ressources hydrauliques, l’Egypte se raidit d?s qu’un autre pays riverain ose ?voquer une r?partition plus ?quitable. Depuis qu’il a appris que le sujet sera au menu du sommet de l’Union africaine, aujourd’hui et demain, ? Syrte (Libye), Le Caire a donc d?clench? un nouveau tir de barrage.

Depuis vendredi, les pr?sidents des plus importants pays du continent africain (Alg?rie, Nigeria, S?n?gal, Afrique du Sud, Egypte...) assistent en effet en Libye ? une r?union extraordinaire qui vise ? r?soudre deux questions cl?s : l’eau et la d?fense commune (lire aussi page 10). Le partage de l’eau est un probl?me crucial sur un continent dont beaucoup de r?gions n’arrivent pas ? obtenir des r?coltes suffisantes pour l’alimentation des populations.

?Il faut agir rapidement pour tuer dans l’oeuf toute initiative tendant ? r?duire la part de l’Egypte?, mart?le le quotidien gouvernemental Al-Goumhouriya. Brandissant l’argument de l’?intangibilit?? des fronti?res et des trait?s issus de la colonisation, l’Egypte r?agit d’autant plus mal qu’elle se sait fragile, puisqu’elle d?pend totalement des initiatives des pays situ?s en amont du fleuve. De ce fait, le Caire a pris depuis longtemps ses pr?cautions. D?s 1929, un accord sign? par Londres au nom de ses colonies d’Afrique de l’Est a donn? ? l’Egypte un droit de veto sur toute utilisation des eaux qui mettrait en p?ril son approvisionnement. En 1978, le pr?sident ?gyptien Anouar al-Sadate avait m?me menac? d’entrer en guerre contre l’Ethiopie si celle-ci ne renon?ait pas ? un projet de barrage sur le lac Tana. L’Egypte se montre tout aussi sourcilleuse quant au respect du quota qui lui est attribu?. En vertu d’un trait? sign? en 1959 avec le Soudan, elle a en effet droit ? 55,5 milliards de m?tres cubes d’eau par an, sur un total de 84 milliards (d?bit moyen du fleuve). Des eaux retenues depuis les ann?es 60 dans le lac Nasser par la construction du haut barrage d’Assouan, qui garantit au pays des ressources constantes.

Mais l’Egypte voudrait encore plus. Engag?e dans un co?teux projet de deuxi?me vall?e du Nil ? Tochka (sud du pays), elle met en avant son fort accroissement d?mographique (72 millions d’habitants en 2004, trois fois plus qu’en 1959) pour justifier l’augmentation de ses besoins hydrauliques, estim?s ? 73 milliards de m?tres cubes (dont pr?s de 90 % pour l’agriculture). A Syrte, comme ? chaque fois qu’une ren?gociation des accords est ?voqu?e, Le Caire devrait donc r?clamer ? son tour une augmentation de sa part. Principal argument avanc? par le gouvernement : seuls 8 % des 1 600 milliards de m?tres cubes d’eau du bassin du Nil sont utilis?s, le reste ?tant gaspill? par les autres pays riverains en raison de leur ?manque d’expertise et de moyens?. Une position difficile ? d?fendre. Car si l’on s’en tient au d?bit du fleuve proprement dit, l’?quation est d?j? flagrante d’injustice : pays le plus riche, l’Egypte ne repr?sente que 28 % de la population totale des riverains, mais elle consomme d?j? 66 % des eaux du fleuve.

See online : http://www.liberation.fr/imprimer.p...

P.S.

Article paru dans Lib?ration, ?dition en ligne du samedi 28 f?vrier 2004.

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