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GUJARAT

Le Gujarat tient des ?lections cruciales pour l’Inde, neuf mois apr?s des massacres

Fran?oise Chipaux

Sunday 29 June 2003, by CHIPAUX*Fran?oise

Article paru dans le journal Le Monde, ?dition du 11 d?cembre 2002.

Consid?r? comme le "laboratoire" des nationalistes hindous, le Gujarat est le seul Etat d’importance encore contr?l? par le parti BJP, qui domine la coalition gouvernementale ? New Delhi.

Les 32,8 millions d’?lecteurs de l’Etat indien du Gujarat vont choisir, jeudi 12 d?cembre, beaucoup plus que leurs 182 repr?sentants ? l’assembl?e provinciale. Neuf mois apr?s les sanglantes ?meutes interconfessionnelles qui ont ravag? cet Etat, le plus industrialis? de l’Inde, c’est un peu l’avenir de la d?mocratie indienne qui se joue. "Ce sont les ?lections les plus cruciales depuis l’ind?pendance, un combat entre le fascisme et la d?mocratie", affirme le Dr Hanif Lakdawala, directeur de Sanchetana, une organisation non gouvernementale (ONG) qui a beaucoup travaill? ? la r?habilitation des victimes des ?meutes de l’ann?e. Cons?cutifs ? l’incendie, dans des circonstances qui restent ? d?terminer, du wagon d’un train ramenant des activistes hindous dans lequel cinquante-huit personnes ont p?ri ? Godhra, des massacres antimusulmans ont caus?, selon les organisations des droits de l’homme, pr?s de 2 000 morts, dont 90 % de confession musulmane. Cette vague de violences quotidiennes a ravag? le Gujarat pendant environ deux mois, ? partir du 28 f?vrier.

Le Gujarat est le seul Etat d’importance encore gouvern? par le Parti du peuple indien (BJP, nationaliste hindou) et les organisations extr?mistes hindoues, comme le Vishwa Hindu Parishad (VHP, Conseil mondial hindou), n’ont jamais cach? leur but d’utiliser ce territoire comme un "laboratoire" de leurs id?es.

COMPLICIT? DANS LES ?MEUTES

T?nor du BJP, soutenu par le gouvernement central, le ministre en chef sortant du Gujarat, Narendra Modi, que beaucoup accusent de complicit? dans le d?roulement des ?meutes, a fait feu de tout bois pour garder son si?ge. Il s’est aussi d?men? pour "donner une le?on" ? ses nombreux d?tracteurs.

Axant toute sa campagne sur la s?curit? et jouant sur la peur, M. Modi a mis en garde les hindous contre les musulmans, qui, selon lui, constituent une menace pour l’Inde et le Gujarat. A c?t? de ses adjoints ou confr?res, M. Modi pourrait toutefois presque se targuer de mod?ration. Qualifiant ces ?lections de "guerre de religions", le chef du BJP d’un district du Gujarat a affirm? ainsi, mardi, en cl?turant la campagne ?lectorale, que "les musulmans n’ont pas le droit de vivre dans ce pays". Le secr?taire international du VHP, Praveen Togadia, ne s’est pas content? de traiter la pr?sidente du Parti du Congr?s, Sonia Gandhi, de "chienne venant d’Italie". Il a aussi exhort? les Indiens musulmans ? "faire tester leurs g?nes. On trouvera que le sang coulant dans leurs veines n’est pas celui du proph?te Mohammad mais celui de Lord Rama et de Lord Krishna", les divinit?s hindoues.

Depuis la trag?die de Godhra, le VHP et sa branche arm?e, le Bajrang Dal, ont fait circuler des films, des T-shirts et des pamphlets plus incendiaires les uns que les autres sur les musulmans (environ 12 % de la population du Gujarat). "La violence qui a surgi apr?s la tuerie de Godhra est un avertissement pour vous musulmans qu’il est temps que vous alliez au Pakistan. Nous ne voulons pas un seul musulman en vie au Gujarat", affirme anonymement l’un de ces tracts."Les musulmans sont des tra?tres par rapport aux hindous. Policiers et soldats, prenez garde, vous ?tes aussi hindous. Vous pouvez aussi ?tre attaqu?s. Vous devez aussi soutenir les hindous. Nous, hindous, soutenons pleinement l’arm?e et la police", ?nonce un autre document. Malgr? les injonctions de la Commission ?lectorale, cette propagande a continu? durant la campagne.

Face ? cette campagne exhortant la haine religieuse, le Parti du Congr?s, seule formation d’opposition s?rieuse dans cette ?lection, n’a pas eu de mal ? rassembler tous ceux qui s’inqui?tent de la tournure des ?v?nements et qui veulent sauvegarder un semblant de pluralisme. "La soci?t? civile du Gujarat n’a pas de choix", affirme le P?re C?dric Prakash, un j?suite qui dirige Prashant, un centre pour les droits de l’homme, la justice et la paix. "Il s’agit d’un vote contre le BJP, contre l’hindutva (l’hindou?t?), contre la discrimination des minorit?s", dit-il.

Nombre de lib?raux voteront, par d?faut, en faveur du Congr?s, dont le candidat pour le poste de ministre en chef est un ancien du BJP. Mais ils attendent du Congr?s qu’il rende justice aux victimes. "Pour redonner un peu de confiance aux musulmans, de courage ? la soci?t? civile et faire peur aux extr?mistes hindous, la premi?re priorit? du Congr?s doit ?tre de faire juger les responsables des tueries", affirme M. Lakdawala.

"PENSER AU FUTUR"

"Si quelques-uns des responsables de haut niveau sont arr?t?s, jug?s et condamn?s, cela enverra un message fort", ajoute-t-il. La justice est une revendication qui revient couramment dans les conversations, alors que les coupables souvent identifi?s de fa?on irr?futable par les rescap?s se prom?nent au grand jour et se vantent, pour certains, du nombre de musulmans qu’ils ont tu?s.

Les Indiens musulmans du Gujarat, mais aussi des autres Etats de l’Union, ont besoin d’un message fort ? un moment o? beaucoup s’interrogent sur l’avenir. "Il est tr?s difficile de pr?voir le futur des musulmans dans ce pays",explique M. Lakdawala. "C’est tr?s difficile de d?cider d’une ligne de conduite, constate le professeur Nisar Ahmad Ansari. Fuir n’est pas la solution, mais nous devons penser au futur de nos enfants." Pour la premi?re fois, les musulmans des autres Etats indiens sont venus au secours de leurs fr?res du Gujarat et, forc?s de se reconna?tre comme musulmans, les Indiens musulmans pourraient s’organiser en cons?quence.

"Certains ont acquis des armes, d’autres s’entra?nent ? l’autod?fense", affirme un intellectuel, qui pr?vient : "Nous ne nous laisserons plus massacrer sans r?agir."

A Ahmedabad, la capitale ?conomique du Gujarat, la s?gr?gation entre hindous et musulmans ?tait d?j? presque totale dans l’habitat ; elle s’est encore accentu?e apr?s ces derni?res ?meutes. "Les musulmans ont commenc? ? construire leurs propres h?pitaux car ils se sont aper?us lors des ?meutes qu’ils n’?taient pas en s?curit? dans les h?pitaux gouvernementaux", raconte M. Lakdawala. "Trois cents enfants musulmans ont d? quitter l’?cole Don Bosco, dirig?e par des hindous, pour se replier sur une ?cole du ghetto musulman, poursuit-il. Ces enfants, hindous comme musulmans, vont grandir sans se conna?tre, comment vivront-ils ensemble apr?s ? " Le choix de soci?t? que vont faire les ?lecteurs du Gujarat est suivi avec inqui?tude en Inde.

P.S.

Un rapport accablant pour Narendra Modi

R?cemment publi? par un "Tribunal de citoyens concern?s", compos? de juges en retraite de la Cour supr?me indienne, le rapport "Crime contre l’humanit?, une enqu?te sur le carnage au Gujarat" est un t?moignage unique et tr?s pr?cis sur les ?v?nements qui ont provoqu? la mort d’environ 2 000 Indiens, dont 90 % sont musulmans, entre le 27 f?vrier et la fin avril 2002. Les conclusions sont sans appel pour le ministre en chef du Gujarat, Narendra Modi, et les organisations extr?mistes hindoues, tenues pour directement responsables. "Le ministre en chef est passible de poursuites pour g?nocide ? cause de son refus de prendre des mesures pr?ventives et de prot?ger la vie et les biens des minorit?s", notent les juges. "Les mosqu?es, les dargahs -sanctuaires-, les tombeaux et autres lieux de culte musulman ont ?t? syst?matiquement d?truits et profan?s dans les premi?res 72 heures des violences". Le carnage ?tait "planifi?" pour "d?truire, physiquement et moralement, la communaut? musulmane du Gujarat". - (Corresp.)

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