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chronique de l’autre bombay

Ajit Singh, "tycoon" cultivé et débonnaire

Erich Inciyan

Monday 19 January 2004, by INCIYAN*Erich

Article paru dans Le Monde, édition en ligne du lundi 19 janvier 2004.

Bombay

de notre envoyé spécial

Il fallait être sur ce gazon, ce week-end, pour tenir son rang dans la haute société de Bombay. Planté sur la terrasse d’un immeuble, près du quartier chic de Malabar Hills, l’endroit reçoit quelque deux cents personnalités des affaires. Cette soirée privée est donnée par un architecte, I. M. Kadri, qui a conçu le bâtiment et plusieurs tours environnantes. Des "rajahs" de l’industrie forment l’essentiel des invités. Le maharajah de Dungarpur, des banquiers, des juristes, des journalistes et une poignée d’entrepreneurs anglo-saxons apportent leur touche à cette institution typique - la "party" - de la capitale financière de l’Inde.

Un "tycoon" de l’industrie pharmaceutique, Ajit Singh, est de la partie. Il multiplie les rencontres, passant de dirigeants du conglomérat Tata au responsable local de la banque HSBC. Ambiance feutrée entre héritiers de grandes familles, échanges discrets entre initiés. Entre deux amabilités, on s’enquiert des résultats d’un fonds d’investissement ou d’un éventuel achat d’actions d’un géant indien des technologies de l’information. "On vient d’abord ici pour les affaires. Quand je repars d’une soirée, j’ai glané deux ou trois tuyaux utiles pour ma compagnie. Et comme il y a plusieurs invitations par jour...", explique Ajit Singh.

UN DÉJEUNER PRESQUE ORDINAIRE

Richissime, Ajit Singh est assez représentatif de l’establishment local. Sa compagnie, ACG Worldwide, produit notamment 80 % des capsules de médicaments commercialisés en Inde (50 % en Indonésie et aux Philippines). Ce magnat diplômé de Cambridge et Harvard, cultivé et débonnaire, incarne le "bon goût" prêté aux élites de la ville.

Dominant la baie, en bordure du quartier des affaires, le siège de sa société est décoré avec élégance, boiseries aux murs et aux plafonds. Les peintures de collection - des toiles d’artistes indiens des années 1970, souvent prêtées au Musée national - y sont aussi nombreuses que les ordinateurs. Comme ailleurs à Bombay, l’immeuble est simplement surveillé par des gardiens non armés qui filtrent les entrées. "Il n’y a guère plus d’une prise d’otage tous les dix ans", dit Ajit Singh, dans une ville où les gardes du corps ne sont pas de mise.

Les élites locales évitent un luxe ostensible. S’il fume des cigares cubains, Ajit Singh se déplace en berline sud-coréenne climatisée. Des mendiants tendent la main vers sa portière. En vain. "Ma société emploie 15 000 personnes, mieux payées que la moyenne. Elle finance des écoles et installe l’électricité dans les villages autour de nos usines. Je verse des impôts considérables, en espérant qu’ils seront bien utilisés", justifie-t-il. A l’avant, son homme de confiance - un nain, embauché comme deux cents autres handicapés - trie les appels téléphoniques et lui tend les chèques à signer.

Ajit Singh habite un immeuble banal. Sa richesse n’apparaît qu’une fois franchi le seuil de l’appartement, doté d’une terrasse donnant sur l’océan. L’ensemble est situé dans l’un des quartiers huppés de Bombay, qui ont aussi leurs nuées de familles dormant sur le trottoir. A quinze minutes de la ville, le magnat possède une autre résidence, où l’on n’accède qu’en bateau. Son cuisinier était précédemment au service du consul de Suisse. Dimanche, il a préparé un déjeuner presque ordinaire : le prince et la princesse Michael de Kent, de la famille royale britannique, figuraient parmi une quinzaine d’invités de marque.

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