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PAKISTAN

Un accord avec les partis islamiques vient d’ouvrir la voie au retour progressif ? un pouvoir civil

Fran?oise Chipaux

Friday 26 December 2003, by CHIPAUX*Fran?oise

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du 26 d?cembre 2003.

Un accord avec les partis islamiques vient d’ouvrir la voie au retour progressif ? un pouvoir civil.

Kaboul de notre correspondante en Asie du Sud

Devenus depuis les derni?res ?lections la principale force d’opposition au r?gime militaire du pr?sident Moucharraf, les partis islamiques ont finalement eu gain de cause. Ils viennent d’obtenir que l’int?ress? renonce ? sa double casquette de pr?sident et de chef de l’arm?e. "J’ai d?cid? que je quitterai l’uniforme militaire en d?cembre 2004 et que je renoncerai ? mon poste de chef de l’arm?e", a annonc?, mercredi 24 d?cembre, dans une br?ve annonce t?l?vis?e, le pr?sident Moucharraf. "Il est un temps dans la vie des nations o? d’importantes d?cisions doivent ?tre prises. Le temps est venu", a-t-il ajout?.

Cette d?cision est toutefois un revers pour le pr?sident. Elle r?sulte des pressions de la coalition des six partis islamiques rassembl?s dans le Muttahida Majlis-e-Amal (MMA, Conseil uni pour l’action). Ceux-ci paralysaient depuis un an le Parlement, manifestant ? toutes les s?ances pour demander le d?part du pr?sident. Les partis religieux, dont l’ampleur du succ?s aux ?lections avait surpris, faisaient de la renonciation du pr?sident ? son poste de chef de l’arm?e une condition sine qua non pour qu’ils acceptent les amendements constitutionnels d?cid?s par M. Moucharraf.

Mais, l? encore, le g?n?ral a d? c?der du terrain sur les pouvoirs qu’il voulait s’octroyer. L’accord sign? entre Chaudry Shujaat Hussain, le chef de la Ligue musulmane (PML-Q) - le parti pr?sidentiel - et le maulana Fazal-ul-Rahman, dirigeant du MMA, indique en effet que le pr?sident devra consulter son premier ministre et obtenir l’accord de la Cour supr?me avant de pouvoir renvoyer le gouvernement et le Parlement.

La nomination par le pr?sident des chefs des trois armes devra aussi se faire en consultation avec le premier ministre. Enfin, ?l?ment essentiel de la r?vision constitutionnelle, la cr?ation d’un Conseil national de s?curit? visait ? institutionnaliser la pr?sence de l’arm?e dans les d?cisions politiques. Il est finalement pr?vu que ce Conseil "sera ?tabli par un acte du Parlement", a indiqu? le pr?sident.

Ces amendements constitutionnels r?vis?s devaient ?tre approuv?s par le Parlement, vendredi 26 d?cembre. Les d?put?s du MMA devaient joindre leurs voix ? la tr?s faible majorit? pr?sidentielle pour obtenir les deux tiers des suffrages n?cessaires ? une modification de la Constitution.

L?GITIMATION

Le pr?sident devra ?tre ?lu par 51 % des voix du Parlement lors d’un vote devant intervenir dans les trente jours suivant la r?vision de la Constitution. Le MMA votera en faveur du pr?sident Moucharraf, qui verra ainsi l?gitimer les trois ans et demi de pr?sidence qui lui restent ? accomplir apr?s avoir ?t? ?lu pour cinq ans lors d’un r?f?rendum pour le moins contest? en mai 2002. Ce vote pourrait intervenir avant le sommet des pays d’Asie du Sud qui doit se tenir du 4 au 6 janvier ? Islamabad.

La date choisie par le pr?sident Moucharraf pour renoncer ? son poste de chef de l’arm?e n’est pas innocente, dans la mesure o? les g?n?raux qui sont imm?diatement derri?re lui dans l’ordre de succession devraient prendre leur retraite ? l’automne 2004. Il aura ainsi le loisir de choisir son successeur dans une nouvelle g?n?ration d’officiers. Le g?n?ral est bien plac? pour le savoir : au Pakistan, quel que soit le r?gime en place, le chef de l’arm?e occupe une place pr?pond?rante et demeure le recours supr?me.

Cet arrangement avec les partis islamiques est d?nonc? par les deux grands partis politiques traditionnels : la Ligue musulmane, de l’ancien premier ministre Nawaz Sharif, et le Parti du peuple pakistanais, de l’ancienne premier ministre Benazir Bhutto. Les deux dirigeants, qui vivent en exil respectivement en Arabie saoudite et ? Duba?, sont pour l’instant interdits de regagner le Pakistan. Le MMA, qui d?nonce pour sa part l’alignement d’Islamabad sur les Etats-Unis, a cependant indiqu? qu’il poursuivrait son opposition ? la politique de M. Moucharraf.

En choisissant de privil?gier un accord avec les partis islamiques, le g?n?ral Moucharraf a sans doute cherch? ? apaiser un front int?rieur au moment o? le pr?sident est soumis ? d’intenses pressions. De tout temps, l’arm?e a entretenu des rapports privil?gi?s avec les partis islamiques. Et le pr?sent accord, qui recouvre sans doute d’autres marchandages, en est une nouvelle illustration. Au moins, le pr?sident Moucharraf pourra-t-il dire qu’il a permis un retour au bon fonctionnement du Parlement et qu’il a man?uvr? dans le sens d’un retour ? un pouvoir civil. C’est aussi ce que lui demandait la communaut? internationale.

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