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Environnement

Union Carbide a échappé à la justice

Pierre PRAKASH et Pascal RICHE

Wednesday 3 December 2003, by PRAKASH*Pierre , RICHE*Pascal

Article paru dans Libération, édition en ligne du mercredi 03 décembre 2003.

Le pollueur a été racheté par une firme qui refuse d’endosser toute responsabilité.

Dans la longue chronologie officielle dressée par les services d’Union Carbide, qui commence en 1917, la date de 1984 n’occupe que deux lignes. «En décembre, une fuite de gaz dans une usine à Bhopal, en Inde, causée par un acte de sabotage, se traduit par de tragiques pertes de vies.» Point final. L’épisode, présenté comme anecdotique, détermine pourtant tous les événements qui lui ont succédé dans la vie de la compagnie.

Recherché par la justice. Affaibli par l’accident, l’américain Union Carbide est devenu une proie à Wall Street. En 1985, le groupe GAF a lancé une OPA hostile sur la compagnie. Pour se défendre, Union Carbide a dû vendre ses usines non rentables et ses produits de grande consommation (sacs-poubelle, piles, antigel...), il s’est endetté pour racheter son propre capital, et a engagé un plan de réduction d’effectifs. Alors âgé de 64 ans, le président du groupe, Warren Anderson, traumatisé par l’affaire de Bhopal, a pris sa retraite. Depuis, il se terre entre Long Island et la Floride (il est officiellement recherché par la justice indienne).

En 1989, au terme d’un accord avec le gouvernement indien, la compagnie a accepté de débourser 470 millions de dollars, pour dédommager les 500 000 personnes directement exposées aux retombées de l’accident. Somme qui paraît dérisoire par rapport aux dommages effectivement infligés à la santé et à l’environnement par la tragédie de 1984. L’Inde avait demandé six fois plus.

En 1992, devant le refus de Warren Anderson et des autres responsables américains d’Union Carbide de se présenter devant le tribunal, la haute cour de Bhopal a saisi les avoirs de la filiale indienne du groupe. Jugement renversé par la suite par un juge de la Cour suprême : Union Carbide a pu revendre ses parts à des entreprises indiennes, en échange du financement d’un hôpital. En 1998, ce juge, arrivé à la retraite, s’est vu confier la direction de cet hôpital...

Rachat et polémique. Union Carbide et ses 4 000 employés ont été repris, en août 1999, par Dow Chemical, qui a d’emblée décliné toute responsabilité dans la tragédie de Bhopal. Le rachat n’a pas pour autant fait cesser la polémique. Cet été encore, 18 représentants démocrates au Congrès ont envoyé une lettre à la direction de Dow Chemical, condamnant son refus d’assumer ses responsabilités. Et, il y a quelques jours un groupe de pression, le Boston Common Asset Management, a déposé une résolution au nom d’un des actionnaires de Dow Chemical, le Brethren Benefit Trust, invitant la direction du groupe à changer de politique et à reconnaître enfin sa responsabilité.

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