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FICHE DE LECTURE

"Representation and Party Politics"

B.D. Graham

Monday 4 July 2005, by VERNIERS*Gilles

L’ouvrage de Bruce D. Graham, paru en 1993, attaque un ensemble de questions fondamentales relatives ? la place et au r?le des partis politiques dans les d?mocraties lib?rales. Quelles fonctions les partis politiques servent-ils? Quelle est la nature de la relation qui les lie aux citoyens? Constituent-ils un simple moyen/v?hicule de reproduction des ?lites? Il entend, pour r?pondre ? ces questions, poursuivre le double objectif de combler d’une part quelque vide dans la litt?rature sur les partis et les syst?mes de parti et de traiter d’autre part ces th?ories en les appliquant ? des cas et des situations concr?tes rythmant la vie des partis politiques, d’o? l’importance accord?e ? la question des conflits intrapartisans. Pour ce faire, il structure son livre de mani?re assez syst?matique, d?butant par un compte-rendu des diff?rentes th?ories relatives aux partis politiques et aux syst?mes de partis pour poursuivre l’examen d’une s?rie de questions tir?es de l’observation de cas particuliers, qu’il met en relation avec les cadres th?oriques pr?c?demment d?crit.

1) Les th?ories des politiques de partis

La r?fl?xion sur les partis d?bute sur une dichotomie s?parant la vision sceptique du ph?nom?ne de l’organisation partisane - qui consid?re les partis comme facteurs de divisions artificielles et inhibiteurs de l’expression de l’opinion publique - d’une vision lib?rale, insistant sur le besoin n?cessaire d’organisation de la discussion des affaires publiques.

Repr?sentation et g?n?alogie des organisations partisanes

Les premi?res approches, intraparlementaires, faisaient g?n?ralement ?tat d’une m?fiance sourde contre les organisations partisanes et les politiques de partis. Attentif aux conditions d’?tablissement de la d?mocratie, Tocqueville critique le caract?re pl?biscitaire de l’?lection et des partis qui en fournissent l’instrument. John Stuart Mill met en garde contre la menace que repr?sente le radicalisme partisan centrip?te et souligne la n?cessit? de la bonne entente entre les factions mod?r?es de chaque camp pour agir comme effet stabilisateur. Bagehot, quelques d?cennies plus tard, met en question l’efficacit? du parlement et d?nonce le r?le des personnalit?s et des partis qui les supportent dans le d?voiement des missions des instances de repr?sentation. Ces trois approches partagent un int?r?t commun pour la repr?sentation comme moyen de d?signer des d?put?s ? m?me de porter le changement social et les opinions des divers communaut?s locales mais restent fort critiques et sceptiques quant ? la r?alisation de ces objectifs par les organisations partisanes.

D’autres approches, ult?rieures et extraparlementaires cette fois (c’est-?-dire s’int?ressant davantage ? l’insertion des partis dans le paysage politique et s’attachant davantage ? leurs caract?ristiques interne), s’attaquent ?galement aux organisations partisanes. Ostrogorski d?nonce l’effet de distorsion du syst?me de repr?sentation que nourrissent les partis, par des dispositifs de patronage et par la m?canisation du processus ?lectoral. Il accuse les partis de diviser artificiellement les ?lecteurs en camps s?par?s par un processus de "formalisme politique" et consid?re les partis politiques avant tout comme le v?hicule des oligarchies. Dans une perspective moins n?gative, Lawrence Lowell fait l’?loge du bipartisme, qui permet de transformer des myriades de demandes en programmes pour l’action gouvernementale distincts et permet ainsi de renforcer le soutien populaire aux r?gimes d?mocratiques. Son ?loge reste cependant une critique a contrario du multipartisme.

Dans la m?me lign?e, James Bryce, qui consid?re les partis comme un incident naturel et probablement in?vitable du gouvernement d?mocratique, souligne leur fonction ?ducatrice, les masses ?tant au naturel politiquement passives. Ces approches ont en commun de se m?fier a minima du multipartisme et de la polarisation. L’efficacit? du syst?me est jug?e comme ?tant inversement proportionnelle au nombre de partis.

Les premiers travaux sur les partis politiques - fortement marqu? d’un point de vue normatif - varieront tous de la m?me mani?re, entre une acception optimiste (les partis fournissent des liens essentiels entre les citoyens et le gouvernement et permettent dans une certaine mesure leur ?ducation politique) et pessimiste (distorsion de la repr?sentation et dangers des oligopoles et de la comp?tition destructrice).

L’exp?rience actuelle et les th?ories plus r?centes fournissent un point de vue plus r?aliste et nuanc? que ces deux positions. Il est ainsi g?n?ralement admis que la comp?tition partisane sert ? r?guler des conflits latents entre des groupes sociaux et ? repr?senter diverses sections de la communaut? au Parlement. Plus g?n?ralement, les partis sont vus comme le moyen le plus efficace pour g?n?rer une acceptation du principe de souverainet? populaire et de responsabilit? des mandataires devant les ?lecteurs.

2) Les th?ories des syst?mes de partis

Graham rel?ve deux types de th?ories, les unes portant sur la g?n?alogie des syst?mes de partis et sur le poids de l’histoire dans leurs processus de formation, les secondes s’attachant aux aspects plus formels et abstraits des syst?mes de partis et se penchant davantage sur la mani?re dont ceux-ci organisent le d?bat politique et sur la structuration de la comp?tition politique.

Th?ories historiques et sociologiques des syst?mes de partis

Les premi?res th?ories normatives favorisent le mod?le bipolaire, pl?biscit? pour ses vertus stabilisatrices et organisatrices et d?noncent les effets d?stabilisateurs d’une comp?tition politique trop intense. Ces analyses, dominantes au cours du 19e si?cle, soulignaient la congruence entre un syst?me bipartisan et la propension naturelle des soci?t?s ? se diviser en deux camps (lib?raux - conservateurs, propri?taires travailleurs, etc;).

Ces th?ories furent remises en cause par la fragmentation progressive des syst?mes de partis europ?ens, du fait de l’apparition de nouvelles forces politiques (pour l’essentiel socialistes) et du d?placement du lieu de la comp?tition politique des chambres parlementaires ? l’espace public (r?sultat de l’extension du droit de vote). Point commun ? tout ces travaux : les syst?mes de partis sont consid?r?s comme le prolongement quasi organique des clivages sociaux, et constituent ? ce titre des projections dans l’ar?ne politique des groupes sociaux sous-jacents.

Premi?re grande synth?se des th?ories sur l’?volution des syst?mes de partis de Duverger, qui confirme cette propension quasi m?canique de l’espace social ? se scinder en deux groupes antagonistes (nature duale de l’opinion), avec des ?volutions de contenus (de la dyade lib?ral - conservateur ? la dyade travailliste - conservateur). Duverger entend construire une th?orie g?n?rale du comportement politique qui conditionne l’autonomie relative des syst?mes de partis ? leurs relations avec les gouvernements et l’?lectorat. Les syst?mes multipartites sont le r?sultat de processus de scissions de partis, du fait du croisement de clivages en leur sein et au sein du syst?me ?lectoral (caract?re non-mutuellement exclusif des clivages sociaux). Il rel?ve ?galement quatre types de processus explicatifs des variations du changement des syst?mes de partis, reposant sur les variables du syst?me ?lectoral et du changement social : l’alternance, favoris?e par un syst?me ?lectoral majoritaire et une soci?t? fortement polaris?e, la distribution relativement constante de la force de parti du fait du scrutin proportionnel, la domination du fait de la pr?sence d’un parti h?g?monique et la tendance pour un parti de passer ? gauche, du fait de pressions de nouvelles couches sociales.

Toujours dans le m?me paradigme, les travaux de Lipsett et Rokkan approfondissent l’?tude entre clivages sociaux et syst?mes de partis. Les partis politiques et les syst?mes de partis sont la traduction politique de transformations sociales majeures. Les trois grandes phases r?volutionnaires (nationales, industrielle et internationale) furent g?n?ratrices de clivages sociaux qui trouv?rent leur traduction politique dans la formation d’organisations partisanes vou?es ? la repr?sentation des diff?rentes sections de l’?lectorat ainsi constitu?es. Ces ?tudes ont fournit la mati?re n?cessaire ? l’?dification de typologies de syst?mes de partis politiques, s?parant, dans la formulation de Giovanni Sartori les syst?mes bipartisans des syst?mes multipartisans. Reposant davantage sur des crit?res de pertinence que de nombre, cette typologie, raffin?e par la subdivision des syst?mes multipartisans en cinq cat?gories (extr?me et polaris?, mod?r?, syst?me dominant, de parti unique et atomis?) est fond?e sur la permanence de configurations de relations de partis dans des soci?t?s donn?es (relative permanence des rapports de forces, avec plus ou moins de variations possibles selon le type de syst?me) et constitue une base pour l’?tude des rapports entre syst?mes de partis et structure sociale.

On reste toujours dans un sch?ma explicatif d’ad?quation entre structure du syst?me de partis et structure sociale. Il est donc naturel que des chercheurs aient explor?s les bases sociales mais aussi g?ographiques des partis pour rendre compte des rapports de force politiques. A cet ?gard, c’est la classe qui constitue la variable de choix dans l’explication des fondations des partis politiques, en structurant l’?lectorat en cat?gories d?limit?es et quasi endogames (Butler et Stokes). Si l’on admet aujourd’hui que la classe a perdu de sa pertinence comme facteur structurant privil?gi? des all?geances ?lectorales(apparition de nouveaux clivages, renforcement de la classe moyenne et recentrement de la comp?tition et du d?bat politique), elle reste un "agent actif" du "processus d’apprentissage tout au long de la vie" (Rose et MacAllister) : socialisations, engagement normatif, h?ritage, etc. autant de r?miniscence du poids structurant du clivage de classe.

De leur c?t?, les th?ories du r?alignement critique entendent d?montrer l’importance du facteur g?ographique et le caract?re cyclique et non lin?aire du changement des syst?mes de partis. Ces th?ories postulent qu’une conjonction de facteurs cumulatifs pr?parent un territoire donn? (une province, une r?gion, une localit?) ? un balancement du soutien ?lectoral d’un gros parti vers un autre (Key et Burnham). Divers auteurs ont montr?s que les crises ?conomiques (Key et Sundquist), les r?alignements s?culiers (Burnham) ou certaines politiques particuli?res (Sundquist) constituent autant de signes avant-coureur de ces r?alignements. Si ces th?ories ne permettent pas ou peu la comparaison (elles sont n?es et rest?es circonscrites dans le cadre nord-am?ricain) et malgr? une valeur pr?dictive discutable, elles soulignent avec raison le r?le actif des partis dans le saisissement des opportunit?s g?n?r?es par les crises et les r?actions de m?contentement de l’?lectorat, et permettent ainsi de relativiser les analyses de r?alignements partisans uniquement formul?s en terme de ph?nom?nes ?lectoraux (Clubb, Flannigan et Zingale).

Th?ories abstraites des syst?mes de partis

Si les th?ories pr?c?dentes, historiques et sociologiques, permettaient de r?pondre aux questions de l’origine et du d?veloppement des syst?mes de partis dans des contextes culturels donn?s, les th?ories abstraites se concentrent sur des questions plus fonctionnelles et utilitaristes relatives aux relations g?n?rales entre les syst?mes de partis et les autres syst?mes au sein d’une structure politique. Une premi?re famille de th?ories veillera ? introduire la rationalit? des acteurs dans les processus et dynamiques politiques. Une autre soulignera l’importance des variables syst?mique dans l’?tude des processus politiques.

Schumpeter d?veloppe une th?orie rationnelle et instrumentale du ph?nom?ne des partis en faisant de ceux-ci les instruments de la comp?tition entre ?lites rivales, en permettant ? celles-ci d’aggr?ger des voix et de former l’opinion publique par la m?me occasion. L’incapacit? politique et le peu de conscience politique des ?lecteurs fournissent le terreau de leur instrumentalisation par des ?lites en comp?tition, comp?tition qui, pour ?tre efficace, recquiert l’aggr?gat d’un certain nombre de conditions, au nombre desquelles l’existence d’une bureaucratie capable et respect?e, la "qualit?" des leaders, la limitation des domaines expos?s au processus de d?cision d?mocratique, l’auto-contr?le d?mocratique des citoyens (respect de la loi) et un degr? de tol?rance minimal pour les diff?rences d’opinion.

Anthony Downs rendra leur rationnalit? aux ?lecteurs, atomis?s ou organis?s en groupes d’int?r?t, en ?difiant un mod?le explicatif du comportement politique reposant sur le choix rationnel en situation d’incertitude (incertitude du fait de l’insuffisante information de l’ensemble des acteurs sur les autres), la sc?ne politique fournissant l’ar?ne de rencontre de rationalit?s divergentes. Il montre que les opinions et les syst?mes de partis se structurent sur un axe gauche-droite et que la configuration des partis et de l’opinion d?pend de la distribution de ceux-ci sur cet axe. Une distribution unimodale et sym?trique concentr?e au centre nourrira un syst?me bipartisan plus ou moins convergents et une distribution unimodale concentr?e aux extr?mes nourrira un syst?me antagoniste instable. Une distribution polymodale avec plusieurs points de concentration offrira ? consid?rer un syst?me multipartisans avec une forte propension ? former des coalitions.

Cette th?orie utilitariste repose sur deux hypoth?ses centrales (motivation des partis et rationalit? des citoyens) et peut s’appliquer ? de nombreux cas empiriques et permet de se d?gager du caract?re trop individualiste ou trop organiciste des th?ories pr?c?dentes.

Exemple de th?orie organiciste, l’approche syst?mique de David Easton. L’id?e de base d’une th?orie syst?mique est que tout sch?ma coh?rent d’activit? peut ?tre abstrait de son ancrage et peut ?tre sp?cifi? comme un ensemble de variables ind?pendantes existant dans un environnement qui influence sa stabilit? et ses op?rations. Easton d?finit le syst?me politique comme un "syst?me d’interaction ? travers lequel des valeurs sont autoritairement allou?es pour une soci?t?", syst?me ins?r? dans un double environnement, intra-soci?tal (syst?mes sociaux, ?cologiques, biologiques, etc.) et extra-soci?tal (syst?mes politiques internationaux, syst?mes ?cologiques internationaux et syst?mes sociaux internationaux). Ce double environnement fournit des "inputs" (des demandes et des soutiens politiques) au syst?me politique qui les convertit en output (sous forme de d?cisions politiques, de lois ou de formes de r?tribution diverses). Ces outputs servent ?galement ? entretenir une boucle ("loop") de feedback par lequel l’environnement re?oit les r?ponses aux demandes qu’il a formul?. La survie du syst?me politique d?pend d?s lors de sa facult? ? produire des outputs ad?quats et de convaincre les demandeurs de les accepter.

Dans un tel sch?ma, qui pr?suppose un net distinguo entre syst?me politique et les autres syst?mes existant (sociaux et ?conomiques), le syst?me de partis fait office de m?canisme r?gulatoire. Cette th?orie repose en d?finitive sur l’hypoth?se de l’existence de certains processus caract?ristiques de tous les syst?mes politiques, sans ?gard aux variations de formes et de structure. Il a pour cons?quence de r?duire le r?le des institutions en tant que producteur des normes.

L’approche syst?mique d’Easton consiste en d?finitive ? accorder au syst?me politique une fonction particuli?re dans un syst?me plus g?n?ral. C’est dans cette voie que s’engage Gabriel Almond lorsqu’il d?finit le syst?me politique comme un "syst?me d’interaction que l’on trouve dans toute soci?t? ind?pendante qui remplit les fonctions d’int?gration et d’adaptation (de mani?re interne et vis-?-vis d’autres soci?t?s) au moyen de l’emploi - ou de la menace de l’emploi - de compulsions physiques plus ou moins l?gitimes. Le syst?me politique est le syst?me l?gitime, garant de l’ordre et transformateur de la soci?t?". Les institutions politiques ont une fonction essentiellement aggr?gative (articulation des demandes et des int?r?ts aggr?g?s ou combin?s dans une soci?t? politique). Le syst?me politique est nourrit par la socialisation politique et le recrutement, l’articulation et l’aggr?gation des int?r?ts ainsi que par la communication politique (fonctions d’inputs). Il produit en ?change des d?cisions politiques, les applique et veillent ? leur maintien (fonctions d’output). Un syst?me politique sera d’autant plus efficace que les fronti?res entre institutions, entre soci?t? et politique seront bien trac?es. Les pays ? forte bureaucratie (comme l’Inde) ne se distinguent pas par leur efficacit? politique du fait du brouillage des fronti?res institutionnelles.

L’approche fonctionnaliste d’Almond ne permettant pas la comparaison avec les syst?mes politiques ?mergeants de la p?riode postcoloniale, la th?orie des syst?mes de partis s’orientera vers des th?ories de moyenne port?e, comme celle de Myron Weiner sur les politiques des aires en d?veloppement. Le succ?s des organisations partisanes en Asie du Sud reposera davantage sur leur capacit? ? construire des mouvements de masse, ? formuler des id?ologies nationalistes rassembleuses et ? d?velopper des techniques d’agitation contre les puissances coloniales que par leurs capacit?s aggr?gatives des demandes du syst?me.

Pour Graham, ces approches g?n?rales varient les unes des autres du point de vue de l’approche et des objectifs, mais partagent un certain nombre de caract?ristiques communes. Elles soutiennent toutes que les syst?mes de partis agissent comme des agents effectifs pour l’Etat en ?valuant et r?solvant des probl?mes politiques et donc en maintenant la coh?rence et la stabilit? du syst?me (ou du moins, c’est ce qu’ils devraient faire). Elles soutiennent toutes que les partis - au sens occidental du terme - ne peuvent exister que dans des soci?t?s urbaines, ?duqu?s et ne connaissant pas trop de divisions sociales. Il fait remarquer que l’Inde constitue un contre-exemple, en montrant que des institutions, une comp?tition ?lectorale libre et intense peuvent ?tre compris et valoris?s par une population massivement rurale et peu ?duqu?e.

Enseignements

Ces comptes-rendus partiels des th?ories des syst?mes de partis le conduisent ? souligner quelques vides dans la th?ories ds partis politiques - particuli?rement dans l’?tude des processus internes - et ? formuler plusieurs voies d’enseignement :

Premier enseignement : Ne pas consid?rer les syst?mes de partis comme une entit? constitu?e mais plut?t comme une ar?ne sociale peu organis?e dans laquelle divers groupes d’acteurs se battent pour maintenir leurs marges de man?uvre et leurs positions relatives. Plaidoyer pour une th?orie dynamique des syst?mes de partis.

Deuxi?me enseignement : Etudier les propri?t?s formelles et produire des classifications ne permettent pas en soi d’?tudier les aspects dynamiques des syst?mes de partis, et plus particuli?rement les processus dynamiques internes. Pour ce faire, Graham propose l’?tude des syst?mes de partis et des partis politiques en situation, c’est-?-dire au cours des p?riodes particuli?res qui rythment leur existence et les affectent tant en forme qu’en contenu, ? savoir : les campagnes ?lectorales, les d?bats parlementaires, les crises externes et internes, les processus de nomination, etc. L’?tude des processus internes permet par ailleurs de rendre compte de leur continuit? ou de leur disparition dans un environnement syst?mique ?volutif

Troisi?me enseignement : Consid?rer les partis politiques et les syst?mes de partis comme une simple translation des rapports sociaux (McIver parle de "translation d?mocratique de la lutte des classes") ne permet pas de rendre compte des dynamiques internes ni de l’autonomie relative des partis politiques, qui peuvent d?cider d’?largir leur base sociale au-del? des clivages sens?s les structurer.

Quatri?me enseignement : Les approches organicistes ne permettent pas la comparaison du fait de leur volont? de recherche d’invariants explicatifs des syst?mes politiques.

Cinqui?me enseignement : n?cessic? de se d?partir des analyses normatives des partis politiques typiques des premiers travaux en la mati?re. Les partis politiques doivent ?tre ?tudi? pour ce qu’ils sont et ne doivent pas ?tre ?valu?s selon un mod?le de r?f?rence inspir? de la th?orie politique (la repr?sentation politique, par exemple).

Commentaires


- Graham ne fait pas tout ? fait justice ? l’approche syst?mique en ne soulignant que son caract?re extr?mement g?n?raliste et anti-particulariste. L’approche syst?mique peut inclure des ?l?ments sp?cifiques ? un syst?me particulier et peut permettre de faire ?merger un mod?le sp?cifique d’organisation. On peut distinguer l’approche syst?mique ainsi caract?ris?e de l’analyse syst?mique, qui vise comme le fait Easton ? d?finir des mod?les d’organisation d’application g?n?rique. L’approche syst?mique doit en outre int?grer non seulement les propri?t?s formelles d’une organisation mais ?galement ?tudier les interactions r?elles et rep?rer, le cas ?ch?ant, des ph?nom?nes de congruence ou d’interf?rence entre les deux types d’interaction.

- Pour autant, il a raison de critiquer le caract?re par trop d?terministe et r?ducteur des approches rationnelles, qui laissent peu de place ? l’analyse des processus internes du syst?me politique (et plus particuli?rement les conflits internes) ainsi que l’ambition holistique des th?ories syst?miques et fonctionnalistes, antinomiques ? l’effort comparatif du fait de leur volont? d’effacement des particularit?s au profit de la recherche d’invariants explicatifs du syst?me politique. Ceci dit, ces th?ories peuvent fournir un cadre heuristique de base pour des th?ories de moyennes port?es qui, elles, r?introduisent les particularit?s et s’int?ressent aux processus d’interaction r?els ? l’?uvre au sein des syst?mes politiques.

3) Les partis politiques en tant qu’organisation

Graham souligne le caract?re vain de rechercher une d?finition g?n?rique des organisations partisanes. La structure des partis, leurs objectifs, et leur force sont variables dans le temps et l’espace au sein d’un m?me territoire. C’est pourquoi toute tentative de d?finition des partis politiques est une tentative de classification, visant ? d?crire les diff?rents types de partis.

Cet effort classificateur ?tait d?j? pr?sent dans les th?ories des syst?mes de partis reposant sur l’hypoth?se de l’ad?quation entre clivages sociaux et configuration du syst?me de partis (Lipsett et Rokkan). L’id?e que les partis politiques se sont ?difi?s sur et se d?finissent en fonction des clivages sociaux pr?-existant a ?t? formalis?e par Daniel-Louis Seiler, qui identifie quatre types dyadiques de partis selon les types de clivages ? l’?uvre dans le champ social : partis de classe (clivage propri?taires - travailleurs), partis cl?ricaux et anti-cl?ricaux (clivage Eglise - Etat), partis centralistes et s?paratistes (clivage centre - p?riph?rie) et partis agraires (clivage ville-campagne). Outre le probl?me de la position de l’observateur dans cette th?orie, mis en situation de juge sur la port?e des clivages et de l’ad?quation avec des partis politiques, cette typologie n’?puise pas le spectre des formes de partis, notamment en n’incluant pas les partis r?gionaux non s?paratistes. Par ailleurs, cette th?orie n’explique pas que plusieurs partis puissent coexister et entrer en comp?tition sur un m?me clivage. Cette th?orie m?ne ? penser enfin que chaque parti chasse dans un domaine r?serv?, ce que ne refl?te pas la r?alit? de la comp?tition politique dans la plupart des soci?t?s d?mocratiques.

Une autre voie de classification des partis politiques consiste ? les distinguer selon le type d’unit? locale qui les compose. Maurice Duverger distingue ainsi le caucus (comit? de notable soucieux de nommer les candidats) de la branche (corps de membres actifs entre les ?lections), de la cellule (petit corps disciplin? aptes ? l’agitation et la propagande) de la milice (petits groupes de citoyens organis?s pr?ts ? prendre les armes pour prendre le pouvoir ou d?fendre le parti). Il associe ces quatre types ?l?mentaires d’unit?s locales ? des types de partis particuliers : le caucus et les partis de cadre, la branche et les partis de masses, la cellule et la milice pour les partis communistes et fascistes.

Cette distinction entre parti de cadre et de masse servira de base ? William Wright pour distinguer les partis rationnels-efficients - machines vou?s ? la conqu?te du pouvoir par des moyens d?mocratiques - des partis-d?mocraties, davantage tourn?s vers la production et la d?fense d’id?es, de programmes. Pour Wright, tous les partis peuvent ?tre distribu?s dans un des deux c?t?s.

Probl?me de ces approches : elles ?difient souvent des typologies aux variables non-mutuellement exclusives. De nombreux partis peuvent emprunter des caract?ristiques propres ? diff?rents types de partis, peuvent parfois mimer un type d’organisation qui a r?ussi ? un autre type de parti et y greffer un contenu id?ologique ambigu, etc. D’autres ?tudes - dites de moyenne port?e - vont se concentrer davantage sur le mode d’organisation des partis politiques.

Un groupe d’?tudes allant dans cette direction vient des travaux de Robert Michels sur l’oligarchie, caract?ristique m?canique et n?cessaire de toute forme d’organisation politique. Joseph Schlesinger tentera de d?montrer la forme g?n?rale que doit prendre une th?orie de l’organisation de parti, en diff?renciant ce type d’organisation particulier des autres types d’organisations (entreprise priv?e, agence publique et groupe d’int?r?t). Contrairement aux autres types d’organisation, toute organisation partisane est confront?e au probl?me du maintien dans le temps et de la compensation de ses membres. Les partis politiques sont des organisations non permanentes tributaires du soutien des ?lecteurs et de ses membres, dont l’all?geance est obtenue gr?ce ? des m?canismes de compensation mat?rielles et symboliques. Autre caract?ristique des organisations partisanes : celles-ci peuvent d?velopper des organisations informelles constitu?e autour d’un leader b?n?ficiant d’appuis institutionnels, ce qui explique pourquoi nombre de crises de leadership accompagnent souvent des crises d’organisation.

Si l’on s’accorde sur les pr?misses de la d?finition d’un parti rationnel-efficient (machine ? gagner les ?lections), on ne peut qu’?tre surpris de la vari?t? de forme que peuvent prendre ces partis. Panebianco fournit une explication ? cette diversit? en produisant un sch?ma classificatoire des partis prenant en compte leur d?veloppement historique. La th?se de cette explication est que les bases du d?veloppement d’un parti politique sont mises en place lors de la lutte pour les positions en son sein au cours de sa phase de formation. Cette lutte et sa cristallisation/institutionnalisation dans une forme organisationnelle constitue l’empreinte g?n?tique du parti, qui se perp?tuera malgr? les variations ult?rieures. Cette th?orie remet en cause le postulat de Kirscheimer selon lequel les grands partis d’int?gration de masse se transformeraient en partis attrape-tout. Partant de cette perspective, Panebianco d?crit la vieille forme comme parti bureaucratique de masse et la nouvelle comme parti ?lectoral-professionnel, transformation pouss?e par les changements sociaux et de la communication politique.

Autre voie pour distinguer les partis politiques, Ken Lawson distingue les mani?res par lesquelles les partis fournissent du lien entre les citoyens et l’Etat (les partis comme m?diateur du lien entre citoyens et Etat). Il distingue quatre formes de liens : participatif (agences de participation au gouvernement), ?lectoral (structuration de l’offre politique), client?liste (octroi de faveurs en ?change de l’all?geance) et directif (parti employ? par l’Etat comme agent du contr?le social).

Enseignements

Premier enseignement : Danger de consid?rer le parti comme un acteur unique. Si un parti doit pour des raisons de coh?rence et de strat?gie faire montre d’un visage unique vis-?-vis de l’?lecteur et de ses opposants, ce n’est pas pour autant que celui-ci soit monolythiquement constitu? et ne tol?re pas un certain degr? de diff?renciation en son sein, diff?renciation territoriale ou de faction (?tude de la stratarchie par Samuel Eldersveld).

Deuxi?me enseignement : Importance des th?ories de moyenne port?e pour mieux rendre compte de la diversit? de formes et pour ?largir le champ d’investigation de la politique compar?e.

Troisi?me enseignement : N?cessit? de la comparaison pour ?difier des typologies les plus inclusives possibles

Quatri?me enseignement : l’analyse des partis comme organisations distinctes, malgr? leurs diff?rences de forme, a permis de comprendre de quelle mani?re les partis diff?rent de tout autre type d’organisation.

Cinqui?me enseignement : Le recours aux analyses en termes de types-id?aux permet de plonger dans la diversit? des formes d’organisations partisanes.

Sixi?me enseignement : Dans les deux cas, l’analyse des structures peut permettre de rendre compte des dynamiques de l’activit? des partis dans le temps. Une analyse des structures n’est pas n?cessairement une analyse structurelle ou structurale, cherchant une fois encore ? identifier des invariants.

Commentaires

- Toute typologie est par d?finition une r?duction visant ? ?tre aussi exhaustive que possible en d?finissant les variables de comparaison susceptibles d’int?grer l’ensemble des cas de figures. Le probl?me tient que g?n?ralement, un seul type de crit?re ne permet pas cette exhaustivit? et que souvent encore, le recours ? des crit?res crois?s emp?chent l’?dification de typologies claires et bien d?limit?es. Cela ne doit pas d?courager ? l’effort de produire des typologies, celles-ci ayant davantage une vocation heuristique que de rendre compte du r?el dans des termes formalis?s. Ainsi, cela n’est pas tr?s grave que certains partis se situent ? la frange de cat?gories ou de types si ceux-ci permettent de rendre lisible un paysage politique complexe.

- Contrairement aux th?ories pr?c?dentes relatives au syst?mes de partis et ? leurs int?grations dans leurs environnements, ces th?ories de l’organisation r?v?le que les partis, en tant qu’organisation, poursuivent des objectifs et des int?r?ts qui leurs sont propres avant d’agir comme courroie de transmission des demandes sociales. Les partis politiques, au cours de leur formation et institutionnalisation, deviennent des organisations dont le maintien devient un objectif en soi et qui d?veloppe toute une gamme d’activit?s pour parvenir ? cet objectif.

Deuxi?me partie : Rassemblements et partis

Comme annonc? dans son introduction, Bruce Graham s’attaque ? l’?tude des partis politiques en situation particuli?re, fort de l’id?e que c’est pr?cis?ment l’?tude contextualis?e des organisations partisanes qui permet d’?tablir les outils et cadres conceptuels idoines ? l’?tude des syst?mes politiques

- les leaders exceptionnels et l’ordre d?mocratique : concentration des pouvoirs dans une main unique lors de circonstances exceptionnelles

- les politiques de rassemblement : union de forces politiques plus ou moins antagonistes lors de circonstances particuli?res (cas de la France dans les ann?es 1940)

Les leaders exceptionnels et l’ordre d?mocratique

Graham s’interroge sur la place et les fonctions des leaders exceptionnels dans les r?gimes d?mocratique et r?fl?chit sur leur propension ? octroyer sous certaines circonstances ? un individu des pouvoirs exorbitants. Diverses th?ories tentent l’explication et toutes reposent a minima sur trois ?l?ments de base, ? savoir :

La reconnaissance qu’un r?gime constitutionnel doit ?tre souple et adaptable au changement, que le peuple doit pouvoir reprendre les choses en mains une fois les circonstances exceptionnelles pass?es et non ad?quation n?cessaire entre leadership exceptionnel et tyrannie, l’exercice de celui-ci s’effectuant dans un cadre l?gislatif et conventionnel.

Premier courant de pens?e initi? par Max Weber, qui associe le leadership exceptionnel ? l’autorit? charismatique, marqu?e par la d?votion suscit? par le leader du fait de ses qualit?s exceptionnelles. Dans un cadre de repr?sentation, ce leadership peut prendre la forme d’une d?mocratie pl?biscitaire, dans laquelle un leader proclame agir au nom de la masse. Cette th?orie est influenc?e par la croyance que le processus de repr?sentation est domin? par des ?lites (David Beetham) et donne ? penser qu’il peut y avoir antagonisme entre un leader charismatique et les imp?ratifs des organisations partisanes (Reinhard Bendix). Un leader charismatique peut ?tre tenter ? s’adresser ? la masse pour contourner son propre parti.

Ces th?ories furent vite discr?dit?es car associ?es aux concept de leader national dans les r?gimes fascistes. Il ?tait tentant alors de distinguer une sph?re rationalis?e de l’exercice du pouvoir de la sph?re sociale "irrationnelle" l’entourant (Karl Mannheim). Cette distinction devait expliquer l’all?geance massive et aveugle des peuples ? la tyrannie d’un seul, bien au fait du fonctionnement de l’appareil social et politique. Ernst Cassirer poursuit dans cette voie en discutant la relation entre le peuple priv? de sens et le leader habile ? la construction et ? l’utilisation de mythes politiques. Les situations de crises, de stress, poussent les masses ? l’irrationalit? et ? la recherche d’all?geance sous une banni?re unique, d’un individu unique incarnant les aspirations populaires. Ces th?ories reposent sur l’id?e que tout syst?me d’organisation politique rationnelle repose sur un fond d’irrationalit?, lequel ressurgit lorsque le syst?me rationnel ne parvient plus ? assurer la stabilit? voire la p?rennit? du syst?me politique. Cela dit, depuis la fin de la guerre, on distingue les types de leadership et les techniques associ?es au fascisme, montrant par l? la compatibilit? des leaders exceptionnels (de Gaulle, Churchill, Mend?s-France...) ? l’ordre d?mocratique.

Ce sont bien les circonstances (crises, guerres) qui expliquent le retour ? des formes d’exercice du pouvoir plus aristocratiques (Stanley Hoffman). Les soci?t?s d?mocratiques modernes reposeraient ainsi toujours sur un fond d’Ancien r?gime, qui ressurgit lorsque les d?mocraties sont gravement perturb?es. Exemple : coexistence dans le r?gime d?mocratique fran?ais de la double tradition bonapartiste et r?publicaine (Andr? Siegfried).

L’exemple des rassemblements gaulliens successifs (chapitre 7) illustre bien la pr?sence de ce dualisme. Le XXe si?cle fournira ? plusieurs reprises au m?me homme (? une exception pr?s) les circonstances favorables et n?cessaires ? l’exercice quasi solitaire du pouvoir dans un cadre d?mocratique. La guerre et la formation d’un gouvernement en exil tout d’abord, la guerre froide, la crise indochinoise et la guerre d’Alg?rie fournirent ? de Gaulle et ? Mend?s-France les circonstances favorables ? la conduite de politiques de rassemblement. Les nombreuses sorties de de Gaulle contre les partis, ses tentatives de modeler un r?gime centralis? et pr?sidentialiste, la cr?ation du RPF, sont autant d’indice d’un individu conscient du caract?re opportun de l’exercice solitaire du pouvoir en circonstances difficiles.

Graham distingue enfin la rh?torique de rassemblement de la rh?torique populiste, qui, contrairement ? la premi?re, ne s’adresse qu’? une section de l’?lectoral - f?t-il majoritaire (la masse vs ?lites), insiste sur les diff?rences entre masses et ?lites l? o? le rassembleur (par d?finition) cherche ? les unir, consid?re l’?lection comme l’occasion d’une mise au proc?s du pouvoir en place et des institutions.

L’exp?rience des politiques de rassemblements

Les mythologies sous-tendant les cultures politiques affectent l’attitude des peuples ? l’?gard des politiques de rassemblement. L’examen de diff?rents cas permet ? Graham d’en rendre compte.

La France

Politiques de rassemblement li?es au bonapartisme, syst?me dans lequel un homme fort en appelle aux masses en utilisant les techniques du pl?biscite pour obtenir l’approbation pour ses actions, r?duire et subordonner le parlement et finalement r?tablir l’ordre dans un cadre d?mocratique. Tous les dirigeants ult?rieurs de la IIIe R?publique furent attentifs ? l’?mergence de leaders potentiels, particuli?rement issus des rangs de l’arm?e (boulangisme) et des partis, tenus ? l’?cart des th?ories fran?aises de la repr?sentation. L’introduction progressive de scrutin ? la proportionnelle sera consid?r? comme un rem?de ? la concentration des pouvoirs et favorable ? la stabilisation des partis.

L’Angleterre Graham remarque que la conduite de parti y a toujours ?t? plus forte et acceptable qu’en France (structuration des partis ce masse, h?ritage ancien, forte organisation locale des partis, polarisation de l’?lectorat). Plus grande ad?quation entre le syst?me de partis et l’appareil institutionnel (ou les partis ne s’opposent pas ? la une conception g?n?raliste de la repr?sentation, comme c’est le cas en France). Les leaders de rassemblement ?taient g?n?ralement issus des marges des organisations partisanes (exemple de Churchill mis sur la touche des ann?es avant la guerre).

Etats-Unis Graham note une forte propension ? la conduite de rassemblement, du fait du poids du suffrage universel et de l’?lection pr?sidentielle. Le mode de scrutin et le cadre institutionnel influence grandement la mani?re dont les partis d?signent leur candidat, devant ?tre ? m?me de ratisser plus large que dans les rangs du parti.

L’Inde Graham souligne la figure ambivalente de Nehru, leader d’un vaste parti appareil tout en ?tant attach? ? se situer au-del? du jeu politique, de mani?re ? garder un lien direct avec le peuple. Il continuera de s’adresser et de se r?f?rer aux masses malgr? le travail de terrain sectoriel du parti. Apr?s Nehru, le parti continua de d?pendre de ses leaders.

Enseignements

Premier enseignement : Les conventions et les attentes li?es ? l’exercice du pouvoir en circonstances exceptionnelles font partie int?grante des cultures politiques des d?mocraties lib?rales. Les mythologies sous-tendant les cultures politiques affectent l’attitude des peuples ? l’?gard des politiques de rassemblement. Ce type d’exercice du pouvoir n’a donc en soi rien d’exceptionnel eu ?gard au cadre d?mocratique dans lequel il op?re. Ce dualisme est une variable explicative de la nature du leadership et de la place des partis dans le champ politique permettant de rendre compte des changements de nature du r?gime en circonstances exceptionnelles et de la permanence de configurations particuli?res en cas de circonstances normales. Les politiques de rassemblement ne doivent pas ?tre jug?es syst?matiquement comme ?tant r?trogrades mais comme pouvant parfois constituer une r?ponse intelligente ? la menace de d?sordre, d’effondrement, etc.

Second enseignement : coexistence possible dans les d?mocraties lib?rales d’une dualit? de traditions dont au moins une est h?rit?e de la forme de r?gime ant?rieure ? la constitution de la d?mocratie (bonapartisme...). Cela doit nous amener ? relativiser les analyses historiques de l’?volution politique en terme de ruptures et de renversement des ordres normatifs propres aux diff?rents types de r?gimes politiques.

Troisi?me enseignement : L’existence de ces styles de leadership contrast?s est le signe que le jeu libre des institutions repr?sentatives g?n?re deux champs distincts du pouvoir politique que l’on peut d?signer soit en terme de "conduite de parti" soit en terme de "conduite de rassemblement". Ces deux forces sont mutuellement d?pendantes et se renforcent en r?agissant l’une contre l’autre. La premi?re s’adresse g?n?ralement ? une section de l’?lectorat, la seconde s’adresse ? la communaut? dans son ensemble. Elles sont les traductions extr?mes (dans le cadre d?mocratique) des doubles aspirations l?gitimes de la recherche de l’int?r?t particulier ? certains groupes de la soci?t? et la poursuite de l’int?r?t g?n?ral.

Quatri?me enseignement : ces deux composantes se retrouvent dans l’ensemble des institutions composantes du champ politique, y compris les partis politiques. C’est la culture politique qui va favoriser l’une ou l’autre dimension en temps normal.

Cinqui?me enseignement : Ces deux impulsions sont de force variable selon les lieux et le temps et varient selon la culture politique propre aux diff?rentes soci?t?s d?mocratiques.

Commentaires


- Le deuxi?me enseignement ne doit cependant pas conduire ? ?mettre l’id?e qu’il reste un fond de dictature ou d’"esprit de dictature" dans les d?mocraties europ?ennes r?centes (anciennement fascistes et plus r?cemment sovi?tiques). Ces soci?t?s ont elles-m?mes connus diff?rents r?gimes politiques ant?rieurement ? ces phases autoritaires.

- El?ment peu pr?sent dans cette analyse : la structure sociale. Celle-ci peut ?galement influencer le type de conduite ? l’?uvre, selon son degr? de fragmentation et le type d’int?gration (horizontale ou verticale), fond?e sur des liens ascriptifs (de type communautaire) ou volontaires (des groupes d’int?r?ts). Une politique de rassemblement a d’autant plus de chance d’?tre tol?r?e et de r?ussir si la soci?t? d’ancrage est homog?ne. [1]
- Autre ?l?ment peu pr?sent : la configuration du syst?me de parti (ou plus g?n?ralement du champ politique) qui peut favoriser ou emp?cher l’?mergence d’un leader exceptionnel ou "d’un p?le de rassemblement" en cas de circonstances exceptionnelles (? l’exception sans doute des menaces ext?rieures et des conflits arm?s).

- L’argument de Graham (quatri?me enseignement) aurait gagn? ? ?tre crois? avec les typologies de partis d?velopp?es plus haut. Certains partis, notamment les single issue parties, ne font pas vraiment ?tat de cette "conduite de rassemblement", au m?me titre que les partis anti-syst?mes (voir Sartori). Par ailleurs, soit dit en passant, la d?finition g?n?rique g?n?ralement accept?e des partis politiques, selon laquelle ceux-ci constituent des organisations particuli?res entrant en comp?tition pour l’acquisition du pouvoir, ne colle pas toujours ? la r?alit?. Du moins est-ce la notion de pouvoir qui est plus complexe et qui gagnerait ? ?tre remplac?e par la notion de marge de man?uvre (un parti pouvant conserver des marges de man?uvre - et donc du pouvoir - plus important en restant ? l’?cart des instances ex?cutives qu’en participant ? un gouvernement de coalition. Les communistes indiens en fournissent un bon exemple. Certains partis verts en Europe ?galement.

- Contrairement ? ce qu’affirme Graham, le recours aux politiques de rassemblement n’est pas n?cessairement favoris? par des exp?riences pass?es. Une exp?rience traumatisant d’une p?riode de forte concentration des pouvoirs (l’Etat d’urgence en Inde, par exemple) peut ?tre r?dhibitoire ? la tentation de renouveler l’exp?rience.

- Un probl?me r?current des analyses du leadership politique est le recours massif ? des notions relevant du normatif et du symbolique (le charisme, l’autorit?) pour expliquer le sentiment de ralliement que les leaders pourvus de ces qualit?s suscitent dans la population, au risque d’?carter de l’analyse certains ?l?ments structurels et contextuels qui peuvent permettre de rendre compte des ph?nom?nes de concentration du pouvoir dans les d?mocraties lib?rales. Exemples de ces ?l?ments contextuels : structuration des ?lites et de l’opposition. Ces ?l?ments sont peu pr?sent dans la pr?sentation de Graham.

- Derni?re critique : on ne trouve pas ? ce stade de diff?renciation entre la rh?torique (de rassemblement) et la pratique, l’exercice du pouvoir en circonstances exceptionnelles.

Troisi?me partie : les politiques intrapartisanes

Les politiques internes aux partis sont fonction du cycle de leurs activit?s routini?res, ? savoir la conduite des ?lections internes, la discussion des questions politiques et le travail parlementaire. Ces activit?s requi?rent des degr?s divers de coop?ration et de comp?tition entre les membres, responsables et leaders. Graham s’int?resse ici dans un premier temps aux logiques de faction - ou la propension ? la fissiparit? des partis - et ? leurs formes, pour aborder dans un second temps les types de conflits intrapartisans. Une fois encore, il fait un compte-rendu d’une th?orie g?n?rale qu’il pr?cise par la suite par la description de plusieurs th?ories de moyenne port?e ainsi que de cas concrets.

Les th?ories du factionalisme

La Premi?re tentative de th?orie g?n?rale du factionalisme fut d?velopp?e par V.O.Key. Dans son ?tude sur le parti d?mocrate dans les ?tats du Sud des Etats-Unis, Key pose certaines bases n?cessaires ? toute th?orie du factionalisme. Il souligne tout d’abord que le degr? de tol?rance d’un parti pour le factionalisme est fonction de la domination qu’il exerce sur un territoire donn?. Il d?finit ensuite la faction comme "toute combinaison, clique ou groupe d’?lecteurs et de leaders politiques s’unissant ? un moment donn? pour soutenir un candidat" et distingue le bifactionalisme du multifactionalisme, en fonction du nombre de factions pertinentes en pr?sence. Il met ? jour les m?canismes par lesquels les factions tendent ? cro?tre au sein d’une organisation partisane (contr?le de ses organes financiers, ?tablissement de cha?nes de patronage, contr?le de l’acc?s aux emplois publics et recrutement s?lectif). Il note l’importance des facteurs locaux et de "sections" (divisions horizontales recouvrant plusieurs localit?s). L’analyse des factions se fait ? un double niveau d’analyse. A un premier niveau, c’est la configuration du syst?me de parti et l’intensit? de la comp?tition qui d?terminera le nombre de factions et le degr? de comp?tition interne. A un second niveau, interne, c’est le poids relatif des diff?rents principes d’organisation qui d?termine les caract?ristiques sp?cifiques ? l’organisation.

Il distingue donc quatre logiques distinctes ? l’?uvre, que l’on retrouvera ? des degr?s divers dans la plupart des ?tudes ult?rieures : l’?dification du parti ("machine building"), le populisme, le sectionalisme et le localisme. Chaque candidat peut faire une combinaison de facteurs et dans certains cas, un seul facteur est dominant. Dans ce premier cadre g?n?ral, Key distingue le parti politique des groupes intrapartisans qui le compose, sur base de leurs objectifs et strat?gies diff?renci?es.

Zariski compl?tera ce mod?le en d?finissant la faction de la mani?re suivante : "toute combinaison intrapartisane, clique ou groupe dont les membres partagent un sentiment d’identit? commune et d’objectifs communs et sont organis?s de mani?re ? agir collectivement - comme des blocs distincts au sein du parti - ? fin de parvenir ? leurs objectifs". Il ?nonce ensuite les objectifs multiples des factions : le patronage, la r?alisation d’int?r?ts locaux ou r?gionaux, ou de groupes particuliers, l’influence de la strat?gie et de la direction du parti et la promotion discr?te d’un certain nombre de valeurs.

Nicholson distingue les mod?les relativement ouverts ou ferm?s de factionalisme, qu’il d?finit comme "un syst?me politique [...] caract?ris? par la comp?tition informelle d’une pluralit? de segments amorphes informels op?rant dans un syst?me culturel attribuant une haute valeur au pouvoir personnel diffus et non restreint, men? par une ?lite dont les orientations sont auto-centr?es et instrumentales". Il admet cependant que le factionalisme de "jeux de pouvoir" repose avant tout sur des m?canismes complexes d’affiliation (charisme et autorit? du leader, relation de client?le...).

Par ailleurs, d’autres auteurs se sont pench?s sur les conditions d’?mergence des factions au sein des partis dans les situations de conflits/tensions id?ologiques ou programmatiques. Richard Rose distingue ainsi la faction (groupe d’individus fond? sur des repr?sentants ?lus cherchant ? faire avancer leur politique au travers d’activit?s politiques organis?es) de la tendance (ensemble d’attitudes exprim?es au Parlement ? propos d’un vaste ensemble de probl?mes) et des positions de non-alignement (occup?e par des individus uniquement pr?occup?s par la ligne du parti, sans ?gard pour les factions).

Cette id?e fut appliqu?e par David Hine sur le factionalisme dans les partis europ?ens. Il ?tend la typologie aux groupes intrapartisans constitu?s autour de la d?fense d’une id?e particuli?re pour ?noncer ensuite les sources possibles du factionalisme. Cela l’am?ne ? distinguer les conflits ?mergents de d?saccords sur la strat?gie, les politiques ou l’id?ologie des conflits de personnes (lutte pour le pouvoir et l’influence au sein du parti).

L’apport majeur de l’?tude des factions dans une perspective comparative sera produit par Franck Belloni et Dennis Beller. Ceux-ci soul?veront, au terme de leurs travaux, les trois questions fondamentales de toute ?tude comparative sur le sujet, ? savoir : le degr? d’organisation des structures factionnelles, les fonctions des factions pour les partis, le syst?me de partis et les politiques, les causes du factionalisme. Ils soulignent ?galement l’aspect "mat?riel" des factions (structure organisationnelle concr?te constitu?e autour d’un leader ou d’un groupe de leaders), ?l?ment inspir? de la th?orie du "machine-building" (Key) et font ?tat d’une grande variabilit? de forme et de contenu du factionalisme.

En mati?re d’orientation th?orique sur l’?tude des conflits intrapartisans, Graham recommande une subdivision de la question selon les niveaux auxquels ces conflits ont lieu. Il s?pare ainsi les conflits internes au niveau de la l?gislature et les conflits internes aux niveaux inf?rieurs ? la l?gislature. En pratique, cela revient ? diviser les conflits relatifs aux d?bats sur l’action du parti dans le champ politique des conflits portant sur les modalit?s de son organisation interne (en p?riode de campagnes, de congr?s et autour des questions d’allocations de ressources). Les premiers types de conflits touchent le parti en son centre et ? sa t?te, en remettant sur la table des d?bats des questions d’orientations strat?giques et id?ologiques. Ce faisant, ils menacent l’int?grit? du parti. Les seconds types de conflits s’op?rent davantage entre les diff?rentes entit?s constitutives du parti et leur int?r?t principal r?side dans l’interaction entre les disputes intrapartisanes et les conflits sociaux et ?conomiques au sein de la communaut?. Cela revient ? mettre en relation les politiques internes de parti et la structure sociale au niveau local et r?gional, particuli?rement sous l’angle des lignes de divisions horizontales. Plus les divisions horizontales existent, plus les groupes de conflits ne peuvent pas compter exclusivement sur le client?lisme pour obtenir des soutiens.

Graham dessine ensuite trois types-id?aux de conflits intrapartisans, qui lui serviront de grille de lecture pour les ?tudes de cas ult?rieurs (le PS fran?ais et le Congr?s en Uttar Pradesh). Il distingue le conflit sectaire du conflit sectionnel et du conflit factionnel. Le conflit sectaire porte sur les valeurs morales fondatrices du parti et vise soit ? un renversement des objectifs normatifs du parti soit ? une restauration de l’ordre normatif pr?c?dent ou initial. Le groupe porteur de ce conflit agit ? la mani?re d’une secte, en ne pr?chant qu’aux convaincus et en comptant sur la force de persuasion pour faire percoler ses id?es ? la base du parti. Le conflit sectionnel ?merge lorsqu’un leader cherche ? s’appuyer sur un groupe ascriptif particulier (classe, communaut?, groupe linguistique...) pour avancer dans le parti. Celui-ci cherchera ? imposer ses vues au sein de l’organisation et ? pousser les autres composantes ? s’y conformer. La propension au conflit sectionnel d?pend du degr? de fragmentation de la structure sociale.

Le conflit de faction, enfin, repose sur l’objectif de la prise de contr?le de l’organisation par un individu (ou une clique) et par l’entretien de rapports verticaux (de type client?listes) entre un patron-leader et des suivants (recrut?s individuellement). Le leader d’un groupe de conflit de faction prendra soin d’?carter les questions id?ologiques et programmatiques pol?miques pour convaincre une majorit?s des membres et cadres du parti. Ce type de conflit se situe toujours ? la d?licate fronti?re entre la poursuite d’int?r?ts priv?s (tol?rable) et la conspiration (intol?rable). Les factions sont plus vuln?rables que les autres types de groupes de conflits et sont g?n?ralement de courte dur?e. Dans la r?alit?, on retrouve toujours un m?lange des trois. Dans l’absolu, les groupes de conflits ont int?r?t ? affaiblir l’autorit? centrale du parti. Ils peuvent pour cela recourir ? des soutiens ext?rieurs au parti. C’est ce qu’offrent ? consid?rer le parti socialiste fran?ais et le Congr?s en Uttar Pradesh.

Le PS fran?ais d?note par sa propension ? se d?chirer en conflits sectaires successifs, ? se diviser sur des questions de doctrine et de strat?gie au cours de congr?s traumatisants. Il se caract?rise ?galement par sa facult? ? transformer les conflits sectaires en conflits de personnes (Jaur?s vs Guesde, Blum et Faure vs Marquet et D?at, Zyromski, Pivert, Mollet vs n?o-guesdistes...) et donc en conflits de factions, menant ? l’exclusion parfois brutale des leaders dissidents. Le parti s’est peu ? peu construit sur cette base pour aboutir ? son apog?e ? la victoire de Mitterand, appuy? davantage par les leaders et une batterie de leaders secondaires des factions institutionnalis?es - les "courants" - que par un large soutien populaire au sein de son parti. C’est l? qu’appara?t l’aspect fonctionnel des factions, particuli?rement puissantes lorsque le parti est relativement isol? de sa base sociale (notamment des syndicats, dans le cas du PS fran?ais).

Le cas du Congr?s de l’Uttar Pradesh offre ? consid?rer un bon exemple de conflit de faction contredisant le postulat selon lequel les factions ont du mal ? se maintenir dans le temps. En l’esp?ce, c’est le recours massif au client?lisme qui ont permis aux factions internes au Congr?s de se maintenir dans le temps, ainsi que la capacit? des factions ? aller chercher des soutiens en dehors du parti. La structure sociale en UP, largement agraire, fournissait a priori les bases id?ales pour le d?veloppement de politiques de factions. Cette soci?t? ?tait un kal?idoscope de groupes exprimant pour certains des int?r?ts fonciers, pour d’autres de classes, de castes ou encore sectionnels. Graham montre que les lignes de division ?taient nombreuses au sein du Congr?s (clivage religieux, gandhiens - anti-gandhiens, socialistes - lib?raux...). Toutes ces lignes de division n’ont pas constitu? des groupes oppos?s les uns aux autres mais ont plut?t nourrit des champs crois?s d’opinions parmi les membres du parti et ont donc fa?onn? un contexte doctrinal diffus pour les groupes en comp?tition au sein du parti. Le croisement des clivages et l’incapacit? du parti et de ses leaders ? s’appuyer sur des groupes sociaux distincts a emp?ch? la constitution de conflits sectaires et a favoris? au contraire le d?veloppement de conflits de personnes (lutte entre Gupta - leader quasi r?gional, et Tripathi - davantage affili? ? la direction centrale du parti).

Ces conflits de personnes firent peu pour permettre au Congr?s de nouer des liens avec sa base sociale. Graham souligne ? cet effet les ?l?ments structurels qui permettaient au Congr?s en quelque sorte de se payer le luxe de ces divisions : l’?tat de domination du Congr?s, l’ampleur de ses ressources, la politique lib?rale de recrutement, l’?loignement ou l’instrumentalisation des syndicats). Il d?montre que le client?lisme restait la principale force liante pour les groupes au sein du parti et ce jusqu’en 1956, date ? partir de laquelle la "cha?ne de patronage" s’intensifiera ? mesure qu’elle se centralisera (jusqu’? la rupture de 1969).

Dans les soci?t?s d?mocratiques o? les lignes de divisions sont moins nombreuses ou sont surd?termin?es par un nombre limit? de lignes de division particuli?re divisant la population en groupes relativement distincts et homog?nes, la probabilit? de l’?mergence de conflits sectionnels est forte et la capacit? des partis ? les contr?ler amoindries. C’est ce qu’illustrent les cas de l’Australie des ann?es 1920, o? le syst?me de partis est largement issus des conflits de classe dans le secteur ouvrier et paysan, l’importance du sectionalisme sur les politiques de partis aux Etats-Unis et l’impact des syndicats ouvriers et agraires sur le Labour en Angleterre.

L’Australie des ann?es 1920 ?tait politiquement divis?e entre deux grands groupes sociaux relativement homog?nes et bien distincts les uns des autres, chacun nourrissant un organe politique charg? de les repr?senter (?mergence des country parties pour la repr?sentation des fermiers et des ?leveurs de plaine et du Labour, issu des rangs ouvriers et syndicaux). Dans la plupart des provinces, ce furent les principaux syndicats qui form?rent et soutinrent les partis. Les leaders de ces partis cherchant ? s’imposer au sein du parti ?taient tent? d’aller chercher des soutiens directement dans la matrice du parti (cas de Lang pour le Labour). Ce faisant, ils s’ali?naient le soutien de nombre de leaders et de membres et confiaient une part de leur ind?pendance aux syndicats qui leurs fournissaient le soutien qui leur ?tait n?cessaire. Cette logique, d?j? ?voqu?e dans la discussion sur les leaders exceptionnels, peut ouvrir la voie au populisme (au sens o? le leader s’adresse ? la masse d’une section particuli?re de la soci?t? contre ses dirigeants).

L’Australie fournit un cas extr?me dans lequel les partis sont des produits et des extensions politiques des syndicats, ce qui contribue ? renforcer l’aspect sectionnel des conflits qui s’y d?roulent. Ceci dit, dans la r?alit?, la relation est plus complexe et davantage dialectique, partis et syndicats s’influen?ant mutuellement, ce qu’illustrent les cas am?ricains et anglais offrent ? consid?rer deux formes diff?rentes de relations entre int?r?ts organis?s et partis politiques.

Aux Etats-Unis, les conflits agraires de la seconde moiti? du XIXe si?cle fournirent le terreau au d?veloppement de politiques populistes visant ? rassembler les masses paysannes contre les minorit?s bourgeoises et urbaines. D?s le d?but du XXe si?cle cependant, les fermiers prirent une direction oppos?e ? la voie australienne en constituant de vastes r?seaux d’associations de d?fense des int?r?ts agraires (American Farm Bureau Federation, National Farmer’s Union et National Grange) qui allaient agir directement sur l’appareil d’?tat et non via la m?diation de partis particuliers. Le sectionalisme agraire dans le syst?me de parti am?ricain fut ainsi transform? en un vaste ensemble d’activit? de groupe de pression, visant ? la fois l’administration et les partis.

En Angleterre, les liens ?troits entre le Labour et les syndicats offrent un autre exemple d’intrusion de groupes d’int?r?t dans les politiques de partis. L’histoire du Labour est celle de la recherche permanente d’un relatif ?quilibre des pouvoirs entre ces deux entit?s, avec une autonomisation relative et croissante en faveur du parti (notamment par les m?canismes et proc?dures de repr?sentation au sein des instances d?lib?ratives et d?cisionnelles du parti). Ce processus d’autonomisation croissante fut renforc? par le contexte politique qui fit que les syndicats, malgr? leur poids au sein du parti, furent tenu ? lui laisser une certaine marge de man?uvre, la composition du reste du paysage politique ne lui permettant pas de chercher des m?diateurs ou des agents en dehors du Labour.

Ceci dit, les syndicats n’ont pas le monopole de l’intrusion au sein des politiques de partis. Il en va de m?me pour les milieux d’affaire et ? ce sujet, Graham fait ?tat d’une carence consid?rable de la litt?rature. Cela rel?ve principalement selon lui de la discr?tion n?cessaire de ces interactions et fait remarquer que le contexte culturel joue ?galement un r?le. Ainsi, les Etats-Unis pr?sentent une situation fort diff?rente de l’Europe, o? les liens entre politiques et monde des affaires font l’objet d’une grande publicit?. De mani?re g?n?rale, c’est l’activit? de lobbies qui b?n?ficie d’un statut tout particulier, tout en op?rant dans un cadre normatif solidement ?difi?.

La stabilit? des partis

Tout parti doit compter pour assurer sa stabilit? interne sur le soutien de diverses cat?gories d’acteurs, que Graham r?partit en deux cat?gories : les participants et les experts. Ceux-ci produisent deux types de soutiens diff?rents et n?cessaires pouvant entrer en contradiction. La t?che du parti sera de trouver l’?quilibre entre ces deux types de soutien. Les participants fournissent la loyaut? mais peuvent constitu? un obstacle au changement demand? par les experts s’ils prennent trop de terrain. Inversement, une d?pendance trop grand envers les experts risque de couper l’appareil du parti de sa base.

Par ailleurs, la fluidit? et l’irr?gularit? du leadership (du fait du caract?re fluctuant de l’?lection) et le caract?re ouvert de l’organisation (facilit? de devenir membre) est une autre source possible d’instabilit?. Il n’en reste pas moins que les partis, selon Graham, sont le dernier terrain d’exercice de la comp?tition interpersonnelle (les autres terrains ?tant davantage r?gi sous un mode l?gal-rationnel). Ces trois caract?ristiques du fonctionnement des partis - tension entre activistes et leaders, fluidit? du leadership et ouverture de l’organisation - aident ? comprendre les caract?ristiques des conflits intrapartisans. Les conflits ?mergent lorsqu’une dimension devient pr?dominante (les activistes contre les experts, une trop grande ouverture de la politique d’affiliation et la noyade des membres actifs, etc.). Le cas australien offre un exemple de partis domin?s par leurs structures de soutien, le Congr?s en UP fournit un exemple de conflit intrapartite vid? de toute substance politique (non-n?cessit? et inefficacit? de la lutte id?ologique dans un parti-machine hypertrophi?). Dans le premier cas, la coh?sion du parti devient fonction de la coh?sion du groupe qui le porte. Si le parti cherche ? ?largir sa base, il sera sanctionn? par ce dernier. Cela dit, les partis disposent de m?canismes pour mettre un terme aux conflits internes. Les ?lections (et la motion de censure) en sont l’outil principal.

Enseignements

Premier enseignement : il y a une diff?rence de nature entre le parti politique et les groupes intrapartisans (les factions) qui le composent. Ceux-ci se distinguent sur les objectifs poursuivis, les strat?gies mises en oeuvre et le mode d’organisation.

Second enseignement : l’analyse des factions ne doit pas se r?duire ? une analyse des jeux de pouvoir au sein d’une organisation partisane. Il existe une multiplicit? d’objectifs des factions et les m?canismes d’affiliation sont plus complexes qu’une simple relation de client?le.

Troisi?me enseignement : en tant qu’organisation politique relativement autonome dont l’impact d?passe largement le cadre du champ organisationnel des partis politiques, la faction peut ?tre consid?r?e comme un agent ou comme une unit? d’analyse pertinente dans l’analyse de certains types de ph?nom?nes politiques (rapports interpartisans, alliances et coalitions, processus de d?cision, etc.).

Quatri?me enseignement : la mani?re de r?agir des factions (et par ailleurs les logiques constitutives des factions) sont socialement et culturellement d?termin?es, ce qui pose probl?me ? la comparaison.

Cinqui?me enseignement : les objectifs vis?s par le groupe de conflit au sein d’un parti affecteront profond?ment les modalit?s d’action de la lutte.

Sixi?me enseignement : la structure sociale et son degr? de fragmentation influence la nature des conflits prenant place au sein des organisations partisanes. Ainsi, des conflits de types sectionnels seront plus ? m?me d’?merger dans une soci?t? fortement divis?e horizontalement. Le cas du Congr?s en Uttar Pradesh indique que des factions peuvent se maintenir sans appuis de sections sp?cifiques de la population en maintenant des m?canismes organis?s de client?lisme.

Septi?me enseignement : les circonstances peuvent ?galement d?terminer la nature des conflits pr?sent au sein des partis, ou du moins peuvent-ils en infl?chir la forme. Par exemple, une d?faite ?lectorale peut provoquer un conflit sectaire au sein du parti. Il arrive souvent que lorsqu’un conflit dure, il change de forme. Ainsi, l’intensification d’un conflit sectaire peut se cristalliser autour d’un conflit de personne et donc de factions.

Huiti?me enseignement : pour r?sumer, les aspects structurels (cadre institutionnel et constitutionnel, place des partis dans le paysage politique...), de tradition et de contexte des partis (syst?me de partis, relation avec les autres sections de la population...) influencent la forme, le contenu, l’intensit? et la dur?e des conflits intrapartisans.

Neuvi?me enseignement : la vie de faction ne repr?sente pas n?cessairement le gros de la vie interne du parti. Une majorit? de membres ne prenant pas part ? des factions s’entends g?n?ralement pour soutenir l’appareil central et d?fendre l’unit? du parti (Panebianco).

Dixi?me enseignement : les trois caract?ristiques du fonctionnement des partis - tension entre activistes et leaders, fluidit? du leadership et ouverture de l’organisation - sont autant de sources d’instabilit? interne pour les partis et aident ? comprendre les caract?ristiques des conflits intrapartisans. Le conflit ?merge lorsqu’une dimension devient pr?dominante. Cela explique ?galement les changements de forme des conflits intrapartisans (d’un conflit sectaire vers un conflit de factions, le plus souvent).

Onzi?me enseignement : les cas indiens et australiens, de mani?res diff?rentes, r?futent le postulat selon lequel que les politiques de repr?sentation ne peuvent r?ussir que dans les pays urbanis?s ? forte classe moyenne et des modes d’administration rationnels-bureaucratiques. Les institutions repr?sentatives sont suffisamment robustes pour fonctionner dans divers types de soci?t?, y compris les soci?t?s agraires, bas?es sur le village.

Douzi?me enseignement : la vari?t? de r?actions des partis face au stress (accentuation des politiques de rassemblement ou intensification des conflits intrapartisans) interdit de consid?rer les partis comme fonctionnant sur un mode purement rationnel. Les partis politiques sont des organisations hybrides, qui s’engagent d’une part dans la gestion de marchandages impliqu?s par les processus de r?partition des ressources et qui s’offrent par ailleurs comme une ?quipe d’hommes et de femmes aptes ? g?rer le pouvoir de fa?on responsable. Au gr? des al?s politiques, le processus de repr?sentation peut varier entre une forte comp?tition entre les partis et diverses formes de rassemblements.

Commentaires

- Ce chapitre a l’avantage de mettre en lumi?re non seulement les diff?rentes composantes du factionalisme intrapartisan mais encore de pointer leur fonctionnalit? dans la vie quotidienne du parti. Cette approche permet de se d?partir des points de vue couramment cyniques et mat?rialistes relatifs aux factions intrapartisanes. L’analyse du factionalisme revient souvent ? faire une analyse des organisations partisanes uniquement en terme de "jeux de pouvoirs" (strat?gie, client?lisme...), mettant ? l’?cart les autres dimensions qui structurent l’organisation interne d’un parti politique (affiliation id?ologique, dynamiques du syst?me de partis, g?n?alogie de l’organisation, etc.).

- Il aurait ?t? int?ressant de croiser l’analyse de factions aux diff?rents types de partis politiques. Par exemple, les factions au sein des partis vert - davantage id?ologiquement marqu?es ("courants") diff?rent des factions au sein des partis de droite, par exemple, ou le facteur personnel acquiert plus d’importance).

- Difficult? m?thodologique majeure dans l’effort de distinction des factions au sein d’une organisation politique par d?finition mouvement?e. La difficult? r?side dans le fait que bien souvent; la mani?re dont un parti ?nonce son organisation correspond peu ? la mani?re dont il est r?ellement organis?. C’est particuli?rement vrai ? propos de la d?licate question de la d?mocratie interne dans les organisations partisanes et dans les cas o? les factions correspondent ? des entit?s sociales pr?-existantes. Nous regrettons que cette discussion soit pour ainsi dire absente des consid?rations et des comptes-rendus de Graham.

- Il n’est pas certain que la fragmentation sociale soit en soi un ?l?ment favorable ou en tout cas d?terminant des conflits sectionnels. Ceux-ci peuvent prendre place dans un ensemble social relativement homog?ne et contribuer ? fa?onner a posteriori des lignes de divisions au sein de cette communaut?. Par ailleurs, ? un niveau local, les diff?rents types de groupes ascriptifs peuvent ?tre suffisamment entrecrois?s pour emp?cher la mobilisation d’un seul contre les autres.

- A propos du parti socialiste fran?ais, Graham n’insiste pas assez sur le caract?re initialement f?d?rateur du parti (rassemblement et int?gration progressive de plusieurs forces politiques de gauche), qui explique au moins en grande partie cette propension ? la division doctrinale. Cela pouvait pourtant ?tre mis en relation avec l’affirmation de Panebianco selon laquelle les bases du d?veloppement d’un parti politique sont mises en place lors de la lutte pour les positions en son sein au cours de sa phase de formation, affirmation d?crite dans le chapitre consacr? aux th?ories des syst?mes de partis.

- Chez Graham, l’?tude des formes de conflits ne semble pas avoir de vertu pr?dictive quant ? leur issue. Sans doute n’y a-t-il pas d?terminisme en la mati?re, mais il semble que l’on puisse ?voquer certaines r?gularit?s, notamment sur les types de conflits d?g?n?rant plus g?n?ralement en scissions ou en divisions de partis (sur une base "volontaire" plut?t que comme le r?sultat d’une ?viction voire d’une ?puration des ?l?ments dissidents au sein du parti). Il semble ?galement, dans sa description des changements de forme des conflits intrapartites avoir une approche s?quentielle de la chose (des conflits sectaires au conflit de factions) et ce faisant, semble exclure la possibilit? de l’instrumentalisation des questions id?ologiques, programmatiques ? des fins personnelles par des leaders de factions d?j? existante. En somme, il ne parle pas de la possibilit? que des conflits sectaires cachent d?s le d?part des conflits de factions, que les premiers fassent ?crans et que la pr?tendue transformation de forme ne soit qu’un abattage des masques.

- Graham oublie de sp?cifier dans sa partie consacr?e aux Etats-Unis et aux relations entre partis et int?r?ts organis?s les particularit?s des partis am?ricains, typiquement partis de cadre non aptes ? servir de m?diateur privil?gi? pour de vastes int?r?ts organis?s. L’on constate davantage des regroupements ("cluster") de groupes d’int?r?ts autour de certains partis du fait d’une certaine affinit? id?ologique (la NRI et le Parti r?publicain, par exemple), encore que dans bien des cas, les principaux lobbies veillent ? alimenter les deux camps.

- Son analyse des rapports entre partis et secteur organis? est assez pauvre. Il laisse entendre par exemple et par omission qu’il y a translation directe entre une cat?gorie sociale et un groupe d’int?r?t sens? la repr?senter. Pour lors, c’est la question de la repr?sentativit? de la repr?sentation qui n’est pas abord?e. Par ailleurs, l’analyse sur le lobbying est pratiquement absente. Elle constitue pourtant une donn?e majeure de la vie interne et externe des partis, affecte leur organisation.

- On peut s’?tonner que Graham ne fasse pas mention de la question de d?mocratie interne au sein des partis. Pour sensible et mal connue qu’elle soit (les partis n’en parlent pas facilement et quand ils en parlent, il s’agit souvent de porter la lumi?re sur un point pr?cis pour jeter de l’ombre sur d’autres), elle influe sensiblement l’organisation du parti et renseigne sur les rapports de force et les ?quilibres de pouvoir en sein. Les partis se distinguent quant ? la mani?re dont ils ?lisent leurs dirigeants, dans la mani?re dont ceux-ci construisent les bureaux politiques (vote d’assembl?e, ?lection indirecte, vote ? main lev?e ou par acclamation, etc.). Certains conflits internes peuvent prendre des formes diff?rentes selon les proc?dures de nominations internes (et en fonction ?galement du degr? de publicit? accord? ? ces processus).

- Graham fait preuve d’une certaine na?vet? dans sa description du fonctionnement interne des partis du point de vue de sa stabilit?, particuli?rement sur la question de l’avancement et de fluidit? relative du leadership. Les partis sont g?n?ralement organis?s de mani?re centralis?e, avec un leadership fort ou qui, pour le moins, veille ? maintenir une ?chelle hi?rarchique stricte et ? garder le contr?le sur cette hi?rarchie.

- On peut ?tre d’accord sur la validit? du dixi?me enseignement, mais les deux exemples choisis (l’Inde et l’Australie) et leur caract?re tr?s particulier (rare d?mocratie postcoloniale, forte bureaucratisation et longue histoire de la repr?sentation politique en Inde, et le caract?re anglo-saxon industrialis? de l’Australie) n’en font sans doute pas les plus repr?sentatifs des pays non-industrialis?s, agraires. On sait par ailleurs depuis longtemps le r?le central jou? par les classes moyennes en Inde dans la structuration du champ politique et de la comp?tition politique.

- Derni?re critique, il y a un fort d?s?quilibre dans le traitement des partis "en situation", avec une majorit? du propos sur les conflits internes et une relative ?vacuation des questions relatives ? l’action parlementaire des partis en ?non?ant des ?l?ments assez banals sur la question (n?cessit? de convaincre le public, d’y gagner en cr?dibilit? et en publicit?...).

Conclusion : Quelques enseignements de m?thode

Au-del? des enseignements particuliers relev?s dans les diff?rentes parties de ce livre, on peut d?gager de ses lignes un nombre restreint de r?gles, recommandations de m?thode utiles ? l’?tude des ph?nom?nes politiques incluant - mais de mani?re non exclusive - les ?tudes de partis politiques.

Tout d’abord, ne pas consid?rer les entit?s ?tudi?es (partis, groupes d’int?r?t...) comme des acteurs uniques mais pr?cis?ment investir leurs modes de fonctionnement et de r?gulation internes pour comprendre leur comportement au sein des syst?mes dans lesquels ils s’ins?rent. L’?tude des factions largement d?taill?e dans ce livre en fournit un bon exemple. Cette ?tude devrait ?tre mise en rapport avec celle des modalit?s formelles d’organisation des partis poliltiques et l’?clairage sur les divergence et les ?carts entre les deux fournit un bon mat?riau pour l’analyse. L’?tude du fonctionnement "r?el" ne doit pas faire oublier celle de son fonctionnement formel.

Ensuite, redonner leur valeur aux th?ories abstraites g?n?ralistes en les nourrissant par des th?ories de moyennes port?es, d?finies par la rencontre entre les donn?es issues de l’observation des faits politiques et le bagage conceptuel mobilis? pour leur analyse. C’est bien ce Bruce Graham met en pratique dans son livre, en fondant son analyse des partis politiques sur des mod?les abstraits (rationnels, syst?miques, fonctionnalistes...) pour les enrichir au moyen de l’observation, de l’?tude de cas et des apports de th?ories de moyenne port?e (souvent des typologies ou des classifications). Le rappel de la valeur d’une telle d?marche peut sembler ?tre frapp? d’une grande banalit? mais elle prend tout son sens lors de la confrontation avec les donn?es, au moment de leur interpr?tation et de l’?bauche de sch?mas d’explication.

Cet ouvrage plut?t p?dagogique constitue une tentative r?ussie de r?concilier th?orie et observation empirique, en r?unissant sous une m?me couverture, des comptes-rendu des principes th?ories relatives aux partis politiques, tout en traitant ceux-ci en condition "r?elle". Son principal apport et sa force tiennent sans doute dans le plaidoyer formul? en faveur des th?ories de moyennes port?es qui, inscrites dans des cadres conceptuels g?n?raux voire g?n?riques, rendent possible la comparaison.

Il invite ? se d?partir des lectures unilat?rales et normatives des politiques de partis (en terme de "jeux de pouvoir cyniques", par exemple) et consid?rer les aspects fonctionnels des diff?rents aspects de la vie des partis politiques. Les conflits intrapartisans sont moins les signes d’une d?cadence organisationnelle qu’un signe de vitalit? rappelant que des organisations entendant structurer la comp?tition politique dans le champ politique ne sauraient faire l’?conomie de la comp?tition en leur sein.

Footnotes

[1] Voir Anthony Oberschall, "Social Conflict and Social Movements" (1973)

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