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Book Review

"Party Building in a New nation"

Myron Weiner

lundi 4 juillet 2005, par VERNIERS*Gilles

Introduction

"Party Building in a New nation" est la troisi ?me ?tude sur les partis politiques en Inde et sur la participation politique de Myron Weiner. Apr ?s s’ ?tre successivement int ?ress ? au d ?veloppement du multipartisme et ? la participation ?lectorale lors des ?lections g ?n ?rales de 1962 , Myron Weiner explore les conditions n ?cessaires au d ?veloppement et au succ ?s d’un parti politique moderne dans le cadre d’un pays sous-d ?velopp ?. Pour ce faire, il ?difie une m ?thodologie fond ?e sur la confrontation d’un cadre th ?orique abstrait et g ?n ?ral ? des donn ?es issues de l’observation de terrain dans cinq districts distincts, o ? il analyse les caract ?ristiques de la politique locale. Il entend ainsi expliquer pourquoi le Congr ?s, pratiquement le seul parmi les anciens mouvements nationalistes, a tellement bien r ?ussi ? gagner des ?lections comp ?titives et ? fournir au pays un gouvernement stable et cherche ainsi ? contribuer ? la th ?orie du d ?veloppement politique en explorant les conditions de d ?veloppement d’une organisation politiques moderne.

Pour Weiner, le succ ?s d’un parti se mesure par la r ?union de cinq facteurs essentiels : la capacit ? de recruter des membres, actifs et passifs ; la capacit ? de gagner des ?lections, de r ?soudre ou de contenir les conflits internes ; par son extension g ?ographique dans un territoire donn ? et enfin par sa capacit ? de gouverner un pays libre et un Etat de droit. Ayant r ?ussi ? rassembler dans son sillon de larges foules, en ayant remport ?s haut la main quatre victoires l ?gislatives successives, ?tant pr ?sent dans l’ensemble du pays (? quelques exceptions pr ?s, notamment celle du Kerala) et ayant fait preuve de son aptitude ? assurer des responsabilit ?s politiques au plus haut niveau, le parti du Congr ?s entre dans cette cat ?gorie des "partis ? succ ?s", fait rare pour un parti issu d’un mouvement de lib ?ration nationale.

La th ?se centrale du livre est contenue dans l’id ?e que le succ ?s d’un parti politique ? court et ? long terme tient ? sa capacit ? ? s’assurer un ancrage solide au niveau local , et que le succ ?s de cet ancrage est tributaire de trois conditions essentielles : la capacit ? ? recruter et former son personnel (et donc ? se perp ?tuer en tant qu’organisation), ? gagner le soutien, sous des formes diverses (volont ?, argent, voix) de la population (ou de cat ?gories particuli ?res de la population) et ? maintenir sa coh ?sion interne. Les deux premiers ?l ?ments d ?pendent en majeure partie des bonnes relations qu’entretient le parti avec les cat ?gories dominantes des circonscriptions dans lesquelles il est pr ?sent, le troisi ?me relevant davantage de la structuration de son organisation interne. Cette th ?se centrale est pr ?c ?d ?e d’un ensemble de consid ?rations / postulats g ?n ?riques relatifs aux partis politiques et aux conditions de leur succ ?s.

Partant de cette base, c’est donc logiquement que Myron Weiner va se pencher, entre 1961 et 1962, sur l’observation du parti dans quelques-unes de ses circonscriptions et va se concentrer sur trois aspects essentiel du d ?veloppement du parti, ? savoir de quelle mani ?re le parti recrute et forme ses membres, de quelle mani ?re il gagne les ?lections et de quelle mani ?re il r ?concilie les int ?r ?ts et les ambitions de ses membres aux besoins du parti. Il mettra en ?vidence la relation dialectique entre les politiques de partis (poursuivant les objectifs pr ?cit ?s) et la structure sociale locale, dictant au parti une majeure partie de sa strat ?gie d’implantation locale par la n ?cessit ? pour celui-ci d’accommoder les ?lites locales. Il met volontairement de c ?t ? les questions de performance de gouvernement - ? tous les niveaux de pouvoir - et l’ ?tude des pouvoirs des communaut ?s, pour se concentrer sur l’action des unit ?s locales du parti. En reliant ensuite les politiques locales aux politiques nationales de d ?veloppement, il se demandera si un parti dont la strat ?gie est avant tout de s’adapter ? une soci ?t ? rurale traditionnelle peut jouer un r ?le de transformateur social.

Les trois premiers chapitres mettent en place le cadre conceptuel, m ?thodologique et historique n ?cessaire ? l’ ?tude des partis en construction. Les dix-huit chapitres suivants, r ?partis en cinq parties, sont consacr ?s aux ?tudes de terrain et les deux derniers chapitres, conclusifs, traitent du succ ?s du Congr ?s et des conditions du maintien de son succ ?s.

Il est int ?ressant de constater que ce livre, qui entend expliquer le succ ?s du Congr ?s, fut publi ? pr ?cis ?ment l’ann ?e o ? celui-ci commen ?a ? entamer une phase de d ?clin qui ne fit que se poursuivre pratiquement jusqu’ ? nos jours. Les deux chapitres, conclusifs, furent d’ailleurs tr ?s probablement ?crit au moment ou au lendemain des ?lections g ?n ?rales de 1967, date ? laquelle le Congr ?s perd pratiquement d ?finitivement pied dans un grand nombre d’Etats. Il devrait ?tre possible, a posteriori, de v ?rifier la validit ? des hypoth ?ses de Weiner en examinant les causes de ce d ?clin, et voir si celles-ci ont un quelconque lien avec les raisons et conditions ?nonc ?es par lui de son succ ?s. On peut ?galement remarquer d’embl ?e que l’ ?tude de Weiner se d ?marque de celles r ?alis ?es par des auteurs comme Rajni Kothari, Gopal Krishna ou Morris-Jones, qui ont tous conceptualis ? le succ ?s du parti du Congr ?s autour de l’id ?e de "syst ?me Congr ?s", con ?u comme agent principal du d ?veloppement politique indien distinct du parti en tant qu’organisation (ou en tout cas plus large que celui-ci). Il est vrai qu’en se concentrant sur les aspects internes du parti et de son organisation et sur ses relations sociales avec le niveau local, Weiner a sans doute n ?glig ? les aspects contextuels macro explicatifs de son succ ?s, notamment les aspects relatifs au syst ?me de partis (et ? la structuration des alternatives au Congr ?s ? l’ ?poque de son succ ?s) et les soutiens (notamment financiers) dont b ?n ?ficiaient le parti au niveau national. Cependant, les ?l ?ments qu’il a mis ? jour ce faisant ont transform ? l’approche de l’ ?tude de la participation politique dans les pays en processus de construction nationale.

I. Les partis

Weiner entame son ?tude en formulant quelques hypoth ?ses g ?n ?rales sur le comportement des partis et sur les conditions de leur succ ?s. Chaque postulat devra, pour ?tre retenu, pouvoir ?tre v ?rifiable par la confrontation avec des donn ?es empiriques, issues de l’organisation interne du parti (d ?cisions majeures en mati ?re de structure et de caract ?re de l’organisation), de l’ ?tude des motivations, croyances et int ?r ?ts des cadres du parti et de ses leaders (analyse des relations d’ ?change entre leaders et membres), par l’examen des changements de la structure sociale et de la mobilisation des groupes constitu ?s autour d’objectifs changeants et par le comportement des militants.

Premi ?re hypoth ?se, un parti se maintient pr ?cis ?ment parce que ses leaders accordent une plus grande priorit ? ? maintenir l’organisation qu’ ? tout autre objectif ext ?rieur. Cons ?quence : en ?tudiant les ph ?nom ?nes de r ?sistances et d’incitations au changement au sein des organisations partisanes, on peut d ?couvrir ce que le leadership du parti consid ?re comme essentiel ? la survie de l’organisation. Seconde hypoth ?se : Une organisation ayant du succ ?s est capable d’int ?grer les besoins des individus qui la rejoigne dans les besoins d’auto maintenance de l’organisation. Weiner r ?concilie les ?tudes portant sur les incitations et motivations ? la participation au sein des organisations partisanes en insistant sur la n ?cessit ? de trouver un ?quilibre entre ce que le parti peut redistribuer ? ses membres et ce dont il a besoin d’eux pour maintenir sa survie. En somme, la question pos ?e est de savoir comment une organisation rend-elle ses objectifs congruents avec les ambitions, les motivations et les objectifs de ses membres ? L’hypoth ?se connexe de Weiner est de dire que la croissance des demandes de nombreuses sections de la population a cr ?? le besoin d’une structure institutionnelle capable de les int ?grer et d’y r ?pondre, soit un parti politique. Parti et mouvements sociaux sont en constante interaction, le parti r ?pondant aux demandes de son environnement social, compos ? d’organisations changeantes vis- ?-vis desquelles le parti doit continuellement s’adapter.

Weiner d ?duit de cela que la meilleure mani ?re d’ ?tudier comment un parti prend en main son environnement est de l’observer au niveau local. Pour Weiner, soit dit-en passant, toute ?tude sur un parti politique est une ?tude de son action au niveau local . Il faut donc observer l’action du parti et de ses membres au niveau local (la circonscription), observer le comportement de ses membres et de ses leaders locaux, la mani ?re dont ils s’inscrivent dans leur environnement. Cette observation l’am ?ne ? formuler deux consid ?rations th ?oriques relatives au caract ?re orient ? du comportement des militants, qui occupent des r ?les institutionnalis ?s qu’il convient d’identifier et d’analyser (premi ?re consid ?ration th ?orique), et qui, pour assurer le succ ?s au parti, doivent ?tre non seulement li ?s aux membres entre eux mais doivent ?galement ?tre essentiels au bon fonctionnement de l’organisation (seconde consid ?ration th ?orique). On peut ? ce stade noter que Weiner met d ?lib ?r ?ment de c ?t ? les aspects de performance gouvernementale ou de structure sociale dans l’ ?tude du succ ?s du Congr ?s, pour se concentrer sur les aspects d’organisation interne et de relations avec ses membres.

II. Le Congr ?s

Sur cette base, Weiner entreprends d’expliquer les raisons du succ ?s du parti du Congr ?s dans l’Inde ind ?pendante. Il entame sa d ?monstration par la r ?futation de deux explications courantes de ce succ ?s, l’une reposant sur le charisme et la personnalit ? de Nehru, et l’autre sur l’avantage comparatif immense du Congr ?s sur les autres formations politiques du fait de son pass ? de mouvement de lib ?ration nationale. Il rejette la premi ?re hypoth ?se au nom de son inv ?rifiabilit ? (p.12 : "La th ?se du grand homme ne peut ?tre ni r ?fut ?e ni fond ?e") et la seconde pour son caract ?re non suffisant (de nombreux mouvements de lib ?rations nationales n’ayant pas r ?ussi la transition en parti politique de masse. Par ailleurs, il souligne que le Congr ?s ne fit son apparition dans plusieurs ?tats qu’apr ?s 1947). Weiner admet que le Congr ?s s’est construit sur son leg de mouvement national mais souligne qu’i a ?tendu son organisation dans les r ?gions o ? il n’ ?tait pas pr ?sent et ? fait les ajustements n ?cessaires pour se transformer en parti capable de gagner les ?lections et d’assumer le pouvoir, ce que n’ont pas ?t ? capables de faire de nombreux mouvements nationaux dans d’autres pays. Weiner attribue le succ ?s du Congr ?s avant tout ? la capacit ? de ses leaders d’accro ?tre la participation dans les circonscriptions, de maintenir la stabilit ? de l’organisation, ? recruter des membres "primaires" et "actifs", ? aider des individus ? satisfaire leurs besoins naturel, ? partager le pouvoir avec les ?lites locales pr ?existantes et ? r ?guler les conflits internes et au sein de la communaut ?.

Toutes les explications alternatives que Weiner va ensuite examiner vont tourner autour du m ?me th ?me : "A fin de vaincre politiquement, les leaders du Congr ?s se soucient avant tout de faire ce qui est n ?cessaire pour adapter le parti ? l’environnement". C’est cette volont ? d’adaptation qui distinguera le Congr ?s de nombreux autres mouvements des pays en d ?veloppement qui chercheront a contrario ? ?tendre l’emprise de leur contr ?le sur leurs populations. Weiner insiste sur le fait que le Congr ?s se pr ?occupe d’abord de recruter des membres et de gagner des soutiens. "It does not mobilize, it aggregates. it does not seek to innovate ; it seeks to adapt. Though a few Congressmen dream of transforming the countryside, in practice most Congressmen are concerned simply with winning elections" (p.15). Le parti cherche avant tout ? s’adapter aux structures de pouvoir locales, ? recruter parmi ceux qui ont de l’influence, ? manipuler les disputes de castes, de factions, de langues, ? utiliser ses ressources et ses appuis au b ?n ?fice de ses soutiens ?lectoraux et financiers et ? utiliser les m ?thodes traditionnelles de r ?glement des diff ?rends pour maintenir sa coh ?sion interne. L’ ?tude des succ ?s locaux du Congr ?s repose sur le postulat suivant : "La capacit ? des unit ?s locales du parti ? recruter et former des membres, g ?rer les conflits internes et gagner des soutiens ext ?rieurs est fonction de la mani ?re dont les leaders de ces unit ?s locales r ?agissent aux changement du syst ?me social".

En affirmant cela, Weiner met peut- ?tre sans le savoir (? l’ ?poque) le doigt sur une des causes principales des probl ?mes du Congr ?s dans les ann ?es 1960 et suivantes. C’est pr ?cis ?ment le d ?calage croissant entre la poursuite des membres de leurs int ?r ?ts propres et les attentes des sections de la population lui fournissant les soutiens n ?cessaires qui explique la rupture croissante entre le parti et ses bases traditionnelles. Un parti vou ? ? s’adapter aux conditions locales est confront ? ? la difficult ? de s’adapter perp ?tuellement aux transformations consid ?rables que conna ?t son environnement. Or, ce processus d’adaptation peut trouver des r ?sistances au sein m ?me de son organisation et au niveau du gouvernement, o ? la volont ? de transformation sociale est nettement plus forte qu’au niveau du parti. Le but central de l’ ?tude de Weiner est donc d’examiner comment le parti g ?re un environnement changeant dans son effort de gagner et de garder des soutiens. Il montre, dans sa premi ?re ?tude de cas, comment l’unit ? locale du parti n’a pas su s’adapter au changement social et ? la mont ?e en puissance et l’alliance de deux cat ?gories sociales qui ne figuraient pas parmi ses soutiens traditionnels (dont les Kshatriyas).

Dans l’examen des caract ?ristiques du mouvement Congr ?s (par opposition au Congr ?s en tant que parti), Weiner insiste essentiellement sur son c ?t ? agr ?gatif, rassembleur (faible commun d ?nominateur id ?ologique entre les courants composant le mouvement, large ratissage de la population pour la recherche des soutiens...) et sur sa dimension "machinique" (base et structure de ressources et d’opportunit ?s pour ses cadres et ses membres). Il montre ensuite comment le mouvement se structurera de plus en plus comme parti, en baissant son niveau de tol ?rance pour la diversit ? d’opinions en son sein (expulsion ou d ?part des r ?fractaires de gauche - socialistes - et de droite - Mahasabha) ; en tentant (sans succ ?s) de faire correspondre ses unit ?s de base aux circonscriptions ?lectorales ; en fournissant une "base de repli" pour les factions ?cart ?es du pouvoir gouvernemental ; en organisant des structures de patronage verticales correspondant aux diff ?rentes aires r ?gionales Il montre ?galement qu’ ? mesure qu’il cro ?t, le Congr ?s devient un lieu investit des conflits r ?gionaux (luttes de factions, d ?bat sur la r ?organisation linguistique des Etats...).

Les chapitres suivants se concentreront sur les diff ?rentes aspects de l’activit ? locale du parti du Congr ?s au niveau des districts et t ?chent de montre comment le Congr ?s remplit ses t ?ches (recrutement, formation, campagnes, gestion des conflits internes) en interagissant avec une grande vari ?t ? de syst ?mes sociaux locaux, aspects culturels, relations ?conomiques et structures de pouvoir. Weiner montre ?galement que, lorsque les circonstances locales le permettent, le parti s’appuie volontiers sur des institutions/organisations interm ?diaires pour s’assurer des appuis ?lectoraux et ?ventuellement les utilisent comme base de redistribution de ressource et de canalisation des demandes vers les diff ?rents niveaux de pouvoir. Cette configuration est tr ?s pr ?sente dans le district de Kaira (Gujarat), o ? les syndicats, les organes de presses, les coop ?ratives, les ?coles et les ashrams fournissent des emplois pour les militants, constituent des centres de formation et peuvent servir d’instruments de propagande. Dans ce district, comme dans celui de Guntur, l’organisation du parti ?tait extr ?mement d ?velopp ?e, sans doute en partie du fait de l’intensit ? des relations d’ ?change et des infrastructures dans ces deux districts, fournissant ? la fois une base, des demandes et des moyens pour un haut degr ? d’organisation. Weiner observe une plus grande conscience politique dans les r ?gions impr ?gn ?es des logiques de march ?.

L’ ?tude du cas du district de Guntur est l’ ?tude de l’adaptation du parti ? de profonds changements sociaux induits par l’introduction des panchayats. Weiner montre que la d ?volution de pouvoirs et de comp ?tences au niveau local o ? le parti disposait d ?j ? du soutien des ?lites appel ?es ? participer et ? se faire ?lire dans les nouvelles instances de repr ?sentation, a renforc ? son implantation locale, en renfor ?ant les liens entre ses membres en pleine ascension politique et l’administration locale charg ?e de mettre ? leur disposition une s ?rie de ressources et de moyens. Au niveau de l’ ?tat, c’est la fragmentation du paysage, sa division en de nombreuses factions bien organis ?es qui structurent la vie politique.

Le district de Belgaum offre ? consid ?rer un bel exemple de diversit ? et de tensions sociales et linguistiques (entre une minorit ? marathie et une majorit ? parlant le Kannada). Weiner montre que si le Congr ?s n’a pas r ?ussi ? canaliser ces diff ?rends linguistiques (bien au contraire), il a pu accommoder avec davantage de succ ?s d’autres types de division en int ?grant des membres des principales castes jusqu’alors antagonistes (brahmanes et lingayat, principalement). En int ?grant en son sein des ?lites de communaut ?s diff ?rentes et en leur laissant la main-mise sur le pouvoir en remplissant bien leurs activit ?s traditionnelles (philanthropie, r ?solution des conflits), au nom du parti. Ce faisant, le Congr ?s a contribu ? ? forger le sens d’une communaut ? politique plus large que les groupes sociaux qui la compose. Ceci est une condition indispensable pour le bon fonctionnement du parti.

Il analyse ensuite le succ ?s relatif du Congr ?s ? Calcutta par la facult ? de celui-ci ? chercher du soutien en dehors des cat ?gories traditionnelles qui lui retir ?rent leur soutien apr ?s l’Ind ?pendance (essentiellement l’intelligentsia, les classes moyennes nationalistes et les r ?fugi ?s hindous du Bengale occidental). Le Congr ?s se tourna avec succ ?s envers les migrants travailleurs et les hommes d’affaires marwari et gujarati (note : qui aujourd’hui soutiennent le BJP), les musulmans et les Scheduled castes. Comme ailleurs en Inde, le Congr ?s parvint ? se maintenir au pouvoir en dirigeant une coalition des extr ?mes (au prix d’une gestion calamiteuse des affaires publiques). Cette ?tude montr ? n ?anmoins que le Congr ?s se d ?brouille moins bien dans les villes que dans les campagnes.

Enfin, avec sa structure ?conomique liant un c ?ur industriel ? son environnement rural, le cas de la ville de Madurai offre un exemple int ?ressant pour l’ ?tude du fonctionnement du parti dans un environnement o ? la ligne entre la vie politique urbaine et rurale est fine. Le parti se situant ? l’intersection de diff ?rentes formes de leadership, il lui ?tait difficile de faire ?merger une ?quipe dirigeante unie et coh ?sive. Ce manque de coh ?sion au niveau de la direction du DCC et les dissensions internes ? r ?p ?tition ont nuit aux performances ?lectorales du Congr ?s. Weiner montre ?galement comment les niveaux sup ?rieurs de l’organisation du parti (au niveau de l’Etat) peuvent intervenir dans la r ?gulation/r ?solution des conflits internes aux District Congress Committee (notamment sous la houle du CM Kamaraj). L’implantation du Congr ?s dans la ville de Madurai est relativement faible du fait de la faiblesse de son organisation et du sous-d ?veloppement du caract ?re "machinique" qui soutient cette organisation (m ?canismes d’agr ?gation des soutiens et ? redistribuer des ressources au b ?n ?fice des ?lites en place). Son succ ?s d ?pendait avant tout du pouvoir et de l’influence personnelle des candidats qu’il parvenait ? r ?unir dans son giron.

Ces ?tudes permettent de mettre ? jour quelques m ?canismes de la participation politique :

 ? La mobilit ? sociale est un moteur important de la qu ?te du pouvoir (par un m ?canisme de frustration relative) et montre ?galement que les relations de castes aspirant ? la repr ?sentation politique changent une fois celles-ci entr ?es en politique.

 ? L’int ?gration d’ ?lites de cat ?gories sociales diff ?rentes est indispensable ? l’ ?dification d’un sentiment d’appartenance politique plus large, condition n ?cessaire ? son bon fonctionnement en tant que parti.

 ? Les ?l ?ments incitants ? la participation politiques sont extr ?mement divers et vont de l’utilitarisme instrumentalisant ? la d ?dication pour le travail social. Cependant, le bien- ?tre du parti (son maintien) figure rarement parmi les priorit ? de ses membres. Il y a toujours un autre ?l ?ment motivant avant le sentiment d’all ?geance pour le parti.

En d ?finitive, loin des mod ?les qui font des partis politiques les agents instrumentalisant du pouvoir ex ?cutif et manipulateur de l’offre politique, l’ ?tude de Myron Weiner pr ?sente le Congr ?s comme une institution interm ?diaire entre le gouvernement et la soci ?t ?, tout en ?tant affect ? par les deux.

Le succ ?s du Congr ?s

Pour expliquer le succ ?s du Congr ?s, Weiner sort des cas particuliers pour traiter les quelques similarit ?s qu’il a relev ? dans ses cinq ?tudes de cas et rel ?ve leur congruence avec les pr ? requis essentiels ? la construction d’un parti ?nonc ?e dans sa partie introductive (capacit ? ? recruter, ? gagner des ?lections et ? concilier les int ?r ?ts de ses membres avec ses besoins). Si Weiner insiste tout au long de l’ouvrage sur la dimension organisationnelle du parti, il reconna ?t que celle-ci seule ne suffit pas ? rendre compte pleinement du succ ?s du parti. Il admet que le Congr ?s a pu r ?ussir ?galement parce que le contexte g ?n ?ral le lui a permis (cadre institutionnel, formation de ses cadres, pr ?sence d’une bureaucratie efficace...). Cela dit, s’il admet qu’il n’y a donc pas une seule hypoth ?se qui puisse expliquer le succ ?s du Congr ?s, il ?tablit tout de m ?me une hi ?rarchie, en donnant la priorit ? ? l’importance accord ?e ? l’organisation par le leadership du parti. Le Congr ?s fut un mouvement tr ?s vite et tr ?s intens ?ment pr ?occup ? par les questions d’organisation interne, de circulation de l’information et principalement pr ?occup ? par son propre maintien en tant qu’organisation. Parmi les autres facteurs explicatifs, Weiner cite les liens ?troit nou ?s avec les diff ?rents niveaux de l’administration, qui renfor ?aient sa capacit ? ? gagner des ?lections. L’ad ?quation du d ?coupage des unit ?s du parti et des divisions administratives fut ?galement un facteur aidant. Enfin, l’expansion des activit ?s gouvernementales dans les d ?cennies qui suivirent l’Ind ?pendance nourrirent et servirent l’organisation du parti. Par exemple, la mise en place des panchayat dans le district de Guntur a renforc ? les unit ?s locales du Congr ?s (du fait du transfert de comp ?tences et de pouvoirs ? des corps locaux ?lus).

L’influence des pouvoirs locaux fait partie des premi ?res priorit ?s des unit ?s locales des partis, leur soutien - voire leur collusion - ?tant indispensable ? la poursuite des soutiens. Le d ?veloppement d’une forte organisation au niveau local permettait au Congr ?s d’ ?tre constamment pr ?sent sur le terrain (r ?solution/arbitrage des conflits, distribution de biens et de services, travail social...).

Plus fondamentalement encore, le succ ?s du Congr ?s tint ? sa capacit ? ? s’adapter aux transformations sociales et ? int ?grer dans ses rangs les nouvelles ?lites des groupes sociaux en ascension. La question fondamentale qui se pose d ?s lors est de savoir pourquoi ces nouvelles ?lites aspirant au pouvoir ont-elles choisis le Congr ?s plut ?t qu’une autre formation politique (voire la leur) ? Pour Myron Weiner, cela tient pr ?cis ?ment en la capacit ? du parti ? int ?grer les nouvelles ?lites en son sein, ? cr ?er les "conditions pour un syst ?me ouvert d’ ?lites" (p.470). La question de savoir pourquoi ces nouvelles ?lites souhaitaient int ?grer le Congr ?s est assez simple ? r ?pondre, du fait de la position avantageuse du parti dans le champ politique indien et du fait de l’acc ?s aux ressources que celui-ci peut offrir. La question ensuite est de savoir pourquoi les ?lites en place furent-elles ? m ?me d’admettre l’int ?gration de ces nouvelles ?lites. Pour Weiner, cela tient au haut degr ? de comp ?tition interne et ? la division de ces nouvelles ?lites, qui peuvent, factions par factions, int ?grer diff ?rentes factions d ?j ? existantes au sein du parti. Ainsi, l’entr ?e de ces nouvelles ?lites ne signifie pas l’entr ?e en force des groupes sociaux desquels ils sont issus. Par exemple, les Kamma du district de Guntur qui entr ?rent dans le Congr ?s ?taient divis ?s et chaque faction de Kammas entra en alliance avec diff ?rentes factions de brahmanes. Au contraire, les Patidars congressistes du district du Kaira craignaient une entr ?e en force des Bariya et des Rajputs, ceux-ci cherchant clairement ? prendre le contr ?le du parti. Weiner ?voque deux raisons suppl ?mentaires. Une premi ?re, factuelle, est que l’ouverture du recrutement rend difficile le contr ?le de l’entr ?e de ces nouvelles ?lites. L’autre, plus fondamentale, tient au fait que les congressistes ont accept ? de partager le pouvoir parce qu’il y avait plus de pouvoir ? partager. Il d ?coule de cette hypoth ?se que plus un syst ?me politique est d ?velopp ?, plus grande est sa capacit ? ? prendre en compte les demandes de divers groupes. Remarque, dans les faits et bien qu’il n’en parle pas dans ces termes, il s’agit de cooptation, ce qui peut para ?tre contradictoire avec l’id ?e d’int ?gration d’ ?lites pr ?-existantes. Il existe peu de syst ?mes politiques dispos ?s ? coopter des ?l ?ments susceptibles de les d ?passer.

Par ailleurs, les ?volutions ult ?rieures de la structure de la mobilisation politique lui donneront tort, puisque de plus en plus, les cat ?gories sociales aspirants au pouvoir politique et ? la repr ?sentation souhaiteront entrer dans la sc ?ne politique comme tels (des groupes sociaux) et non pas en tant que rassemblement disparates d’individus guid ?s par leurs int ?r ?ts personnels ou de clan/faction. C’est pr ?cis ?ment la fermeture du Congr ?s ? l’int ?gration r ?elle de groupes sociaux d ?favoris ?s en tant que tels qui expliquent en large partie la d ?sertion d’ ?lectorats traditionnels du Congr ?s au profit de formations politiques alternatives. C’est particuli ?rement vrai dans le cas de la perte de l’ ?lectorat des basses castes dans le Nord de l’Inde, ?c ?ur ? par la partialit ? du parti envers les propri ?taires et fatigu ? d’attendre les r ?sultats des promesses de redistribution formul ?es par les diff ?rents gouvernements congressistes. Si ce mod ?le de "syst ?me ouvert d’ ?lites" semble se v ?rifier dans les districts qu’il a observ ? ? l’ ?poque, on peut ?mettre des doutes quant ? sa validit ? dans une perspective "All India".

Au-del ? de cela, Weiner admet que le Congr ?s repr ?sente bien plus qu’un simple instrument d’avancement social au service des ?lites. Il offre certainement des opportunit ?s pour ceux qui le con ?oivent comme tel mais offre aussi un espace d’opportunit ? pour tout ceux anim ?s par des motivations de nature autre. Ceux qui se vouent au travail social, guid ?s par l’ ?galitarisme gandhien, ceux qui cherchent ? convertir leur pouvoir ?conomique en pouvoir politique, ceux qui souhaitent b ?n ?ficier de son acc ?s au patronage, les r ?formistes et les progressistes, tous trouvent leur place au sein de l’organisation. Il en r ?sulte une base sociale h ?t ?roclite nourrissant des int ?r ?ts divers, for ?ant le parti par moment ? effectuer de solides grands ?carts. On peut comprendre pourquoi d ?s lors, vu cette mosa ?que d’int ?r ?t, le parti a fait voter des lois pour les r ?formes agraires et fait passer au niveau des amendements pour prot ?ger les propri ?taires, ou pourquoi il condamne le communalisme et le cast ?isme et s’engage au niveau local dans l’arithm ?tique ethnique.

Dernier ?l ?ment cl ? du succ ?s du parti, le maintien de la coh ?sion interne. Weiner tient une ici une position d’apparence paradoxale, puisqu’il soutient que c’est pr ?cis ?ment la diversit ? interne, la fragmentation et les divisions qui, en emp ?chant un individu ou une faction unique de prendre le dessus, fait tenir ensemble les diff ?rentes composantes du parti. Par ailleurs, les conflits internes se r ?solvent d’autant plus facilement qu’ils sont g ?n ?ralement exempts de tout contenu id ?ologique (ce qui rend les conflits divisibles). Tant que celles-ci nourrissent un int ?r ?t commun ? rester au sein du Congr ?s (principalement l’acc ?s au patronage), la coh ?sion interne du parti est sauve .

D’une certaine mani ?re, le Congr ?s est une coalition d’organisations de districts quasi ind ?pendantes (479). Le parti national tire sa force de celle de ces unit ?s locales et m ?me de ses divisions internes, m ?me s’il n’a pu pr ?venir ni r ?soudre tous les conflits. Les dissensions ont ?t ? nombreuses et ont conduit ? la cr ?ation de nouveaux partis dans certains ?tats (Madras, Bengale occidental et Andhra Pradesh). Cela dit, le caract ?re extr ?mement fragment ? de sa base sociale lui permet de contenir les d ?faites au niveau local. A titre de remarque, si Myron Weiner avait pressenti une tension croissante entre Indira Gandhi et certains leaders du parti (p.492), il semble ne pas envisager ? l’ ?poque la possibilit ? d’une concentration du pouvoir telle qu’on a pu le voir vers le milieu des ann ?es 1970.

Le souci premier du parti a toujours ?t ? de se maintenir en tant qu’organisation, avant les questions de politique nationale. Ce souci a contribu ? ? former les attitudes des leaders du parti vis- ?-vis des questions d’organisation interne, de politique gouvernementale et de relation entre le party et le syst ?me social. On peut douter que le parti ait r ?ussi s’il avait agit autrement.

L’avenir du Congr ?s : entre adaptation et innovation

Cette approche adaptative du Congr ?s n’est pas sans poser question quant ? la probabilit ? de se p ?rennit ?. Weiner souligne ? raison que ce qui est fonctionnel d’un c ?t ? peut ?tre dysfonctionnel de l’autre. Autrement dit, c e qui est bon pour le parti ne l’est pas forc ?ment pour le succ ?s de l’ ?conomie indienne ou pour sa politique. Un parti qui cherche ? s’adapter aux structures de la vie rurale sera peu ? m ?me de transformer la soci ?t ? et la question qui se pose d ?s lors est de savoir si un parti adaptatif peut ?tre innovateur. Le parti fut de tout temps accus ? de nourrir le conservatisme social, de favoriser la corruption au sein de l’administration et de favoriser l’esprit de paroisse au niveau local. Pour r ?pondre ? ces critiques, Weiner propose d’examiner le bilan des performances du parti en mati ?re de politique ?conomique et de d ?veloppement politique.

En mati ?re de politique ?conomique (planification, r ?formes agraires et de mesures destin ?es ? nourrir la croissance), Weiner constate que de nombreux efforts volontaires du gouvernement et de la direction centrale furent mis ? mal par la r ?action de leaders congressistes locaux et r ?gionaux. Le parti dans l’ensemble et dans ses unit ?s locales a ?t ? un facteur d’inertie. La fragmentation du parti et le manque de centralisation constituaient deux obstacles ? la percolation des mesures souhait ?es par le Centre. Peu ? peu, le parti s’est ali ?n ? le soutien des intelligentsia urbaines pour devenir le parti des paysans propri ?taires et des petits commer ?ants.

En mati ?re de d ?veloppement politique et malgr ? sa volont ? adaptative, Weiner souligne que le Congr ?s a proc ?d ? ? d’importants changements : abolition des ?tats princiers, du syst ?me zamindari, extension du suffrage, l ?gislation sur les panchayats, appels ? la tol ?rance religieuse... Le leadership du parti a choisi l’interaction avec la tradition, en s’accommodant avec certains de ses traits tout en essayant d’en changer d’autres. Fondamentalement, la capacit ? du Congr ?s ? se rendre attractif pour de tr ?s nombreux individus a contribu ? ? rendre acceptable et souhaitable la d ?mocratie repr ?sentative.

On le voit, le cadre d’analyse et les r ?sultats des ?tudes de terrain fournissent des ?l ?ments de compr ?hension du succ ?s mais aussi du d ?clin du Congr ?s. Cela dit, si Weiner est conscient de l’in ?vitabilit ? ? terme d’une d ?faite nationale pour le Congr ?s, il semble exclure toute hypoth ?se de d ?sint ?gration. La question centrale pour le parti n’est pas de savoir si il parviendra ? se maintenir ind ?finiment au pouvoir mais de savoir s’il pourra compter sur la loyaut ? de ses membres en cas de d ?faite. A l’ ?poque o ? Weiner ?crit ses lignes, il est le t ?moin de la d ?route des ?lections g ?n ?rales de 1967, au cours desquelles le parti perdit le pouvoir dans neuf ?tat et put se maintenir dans certains autres gr ?ce ? des coalitions. Il remarque une baisse g ?n ?rale (de 3 ? 8%) des votes en faveur du parti dans tous les Etats et souligne l’efficacit ? croissante des alliances anti-Congr ?s. Cette r ?partition plus ?quitable du rapport de force pourrait ? terme renforcer les volont ?s de dissenssions. Cela dit, le parti conserve un avantage consid ?rable sur ses rivaux en maintenant sa pr ?sence et son action sur le terrain.

Conclusion

Pour conclure et ne pas risquer de trop r ?p ?ter les ?l ?ments pr ?sent dans les pages qui pr ?c ?dent, l’on peut se concentrer sur un commentaire des apports m ?thodologiques de l’ ?tude de Myron Weiner et sur la discussion de quelques points paraissant probl ?matiques, au terme de la lecture de l’ouvrage et de la confrontation de ses conclusions avec les d ?veloppements subs ?quent du parti du Congr ?s apr ?s la fin des ann ?es 1960.

Du point de vue de la th ?orie du d ?veloppement politique (ambition macro et comparatiste de l’ouvrage), on peut souligner trois apports essentiels :

 ? La primaut ? des objectifs internes des organisations partisanes sur les objectifs politiques. Les partis politiques sont avant tout des organisations soucieuses de leur maintien dans le temps et subordonnent toutes les questions auxquelles ils sont sens ?s apporter des r ?ponses ? cette question de l’organisation interne. Cela emp ?che de penser les partis politiques comme de purs instruments manipul ?s par des groupes sociaux ? des fins politiques et extra-politiques.

 ? Weiner s’int ?resse au lien entre organisation politique et d ?veloppement social et ?conomique et s’oppose ? la vue dominante de son ?poque selon laquelle l’ ?mergence d’une organisation partisane dans une soci ?t ? donn ?e proc ?de d’une suite/s ?quence logique allant du changement technologique et de la croissance ?conomique ? l’organisation politique. Il y a un probl ?me de logique dans cette affirmation. Dans le r ?el, on ne trouve pas cette s ?quence d’ ?v ?nement. L’organisation politique pr ?c ?de souvent et peut m ?me ?tre un facteur important du changement ?conomique. Il conclut que l’Inde est un exemple frappant d’un pays o ? "il est possible d’avoir un faible niveau de d ?veloppement ?conomique avec un niveau de d ?veloppement politique relativement ?lev ?".

 ? Au-del ? des questions techniques relatives au "State-building", l’ ?mergence et le d ?veloppement d’organisations politiques sont des facteurs essentiels au d ?veloppement politique, au sens o ? ils cr ?ent par divers biais directs et indirects des structures d’adh ?sion ? la d ?mocratie repr ?sentative. Ces organisations sont essentielles au processus de modernisation. On prend donc le sch ?ma inverse g ?n ?ralement admis du d ?veloppement politique, selon lequel les partis politiques d ?coulent des transformations sociales ant ?rieures, pour faire des organisations partisanes dans les pays en d ?veloppement un facteur majeur de modernisation et de changement social (avec certaines r ?serves dans le cas du Congr ?s sur ce dernier point). Pour ce faire, le parti doit ?tre ? m ?me d’accommoder les int ?r ?ts de ses membres ? ses besoins et int ?r ?ts propres. Le Congr ?s a permis ? ses membres de poursuivre leurs objectifs personnels (de toutes natures) de mani ?re telle que ce faisant, ces derniers mettaient en place les conditions du succ ?s ?lectoral r ?p ?t ? du parti.

Ensuite, du point de vue m ?thodologique, plusieurs points sont ? souligner ;

Avant toute chose, la m ?thode appliqu ?e par Myron Weiner, consistant ? enrichir l’analyse des d ?veloppements politiques par des donn ?es de type anthropologiques issues de l’observation de terrain et par la s ?lection de postulats empiriquement v ?rifiable est certainement tr ?s fructueuse et fondamentale pour l’ ?tude des organisations partisanes. Insister sur l’importance du niveau local dans la construction des structures d’all ?geances au parti et sur la n ?cessit ? de l’ ?tude des interactions entre les unit ?s locales du parti et les groupes sociaux au niveau des circonscription est indispensable et permet pr ?cis ?ment de confronter les grands cadres d’analyse existant (sur le comportement des partis ou m ?me les th ?ories de la repr ?sentation) ? des donn ?es empiriques. C’est l ?-dessus que repose la force du livre, dans cette recherche du "lien manquant" entre les ph ?nom ?nes politiques macro et la vie politique et sociale locale. Cependant, cette approche ne va pas sans difficult ?s, particuli ?rement dans l’ ?tude d’un "cas" aussi vaste que le parti du Congr ?s en Inde. Weiner prend soin d’expliquer dans sa premi ?re partie les pr ?cautions qu’il prend et les crit ?res qu’il a s ?lectionn ? dans le choix de ses cas d’observation mais l’on peut se demander si la recherche de cas diversifi ?s ? fin de repr ?sentativit ? n’encourre pas le risque d’agr ?ger des cas particuliers plut ?t que d’assurer pr ?cis ?ment la repr ?sentativit ? recherch ?e. La m ?thode des cas d’ ?tude ne permet pas de produire des donn ?es statistiques relatives ? la relation entre le succ ?s ?lectoral du parti et les variations de comportement des ?lecteurs et des ?lites (confront ?es aux diff ?rents ?l ?ments constitutifs du succ ?s des partis). Cela dit, cette critique tombe rapidement ? plat devant l’absence r ?elle d’alternative (impossibilit ? pratique d’observer le comportement du parti dans toutes les circonscriptions). Myron Weiner ajoute dans sa conclusion que son approche est davantage clinique que statistique et que cette premi ?re n’emp ?che pas n ?cessairement les g ?n ?ralisations. Une bonne connaissance pr ?alable des r ?gions abord ?es et des contextes politiques ?conomiques et sociaux devrait ?clairer le choix des cas d’ ?tude.

Autre difficult ?, plus s ?rieuse cette fois : la concentration sur le niveau local peut d ?tourner l’attention du chercheur d’autres pistes de recherches de facteurs explicatifs, issus notamment des diff ?rents contextes d’inscription de l’organisation partisane (cadre institutionnelle, structure du champ politique et de la comp ?tition politique, pr ?sence ou absence d’alternative, etc.). Autre ?l ?ment plut ?t absent de l’ ?tude de Weiner, l’ ?tude des relations - et notamment des conflits - entre les diff ?rentes composantes du parti et l’environnement ext ?rieur (rapports divers avec les partis de l’opposition, structurations des soutiens g ?n ?raux au parti - notamment financier). Ainsi, l’ ?tude des ressources dont le parti du Congr ?s dispose renseigne sur sa politique au niveau local. Dans son ?tude sur les politiques de partis et le factionalisme Bruce Graham indique que les ressources consid ?rables dont disposait le parti lui permettaient de pr ?senter des candidats dans toutes les circonscriptions et de ne pas devoir consacrer trop d’efforts ? tisser des liens profonds avec sa base sociale . Les ?tudes consacr ?es au "syst ?me Congr ?s" (Kothari, Morris-Jones...) faisaient ?tat de la pr ?sence d’une organisation (d’un syst ?me) d ?passant largement le cadre du parti en tant qu’organisation, incluant par exemple les partis de l’opposition, jouant davantage un r ?le de groupes de pression sur le parti que de comp ?titeur au sein du syst ?me de parti et le gouvernement, instance distincte du parti et non instrumentalis ?e par ce dernier. Dans ce mod ?le ?galement, Rajni Kothari insistait sur l’importance des relations verticales "top-bottom" de client ?lisme et de leur structuration autour de leaders nationaux et r ?gionaux . Selon ces ?tudes, l’approche de Weiner, qui se concentre sur l’organisation du parti au niveau local, serait r ?ductrice et ne rendrait pas compte par elle-m ?me du succ ?s du parti. Ceci dit, on peut soutenir que ces deux approches se compl ?tent plus qu’elles ne s’opposent et pour att ?nuer ces critiques, nous remarquerons que Weiner consacre quelques pages (24-30) ? l’impact des politiques gouvernementales sur la politique au niveau local, affectant ainsi ? la fois la structure sociale et les politiques de partis devant d’adapter ? ces changements (r ?formes dans le domaine de l’ ?ducation, des r ?servations, des r ?formes agraires, des panchayats et de la planification ?conomique et sociale).

Enfin, et m ?me si le propos du livre se consacre au parti du Congr ?s, il aurait ?t ? souhaitable de d ?velopper davantage la question de l’alternative ou des alternatives au Congr ?s aux niveaux locaux et r ?gionaux et d’ainsi rendre compte de l’aspect dynamique du syst ?me de parti - le succ ?s du Congr ?s s’explique aussi par la faiblesse des alternatives et par les rapports ambigus qu’entretenaient de nombreux partis d’opposition avec des factions particuli ?res du parti.

Pour conclure, l’on observera qu’au-del ? de ses apports m ?thodologiques, cette ?tude a ouvert la voie ? tout un champ de questionnement sur la vie politique et sociale en Inde trouvant encore aujourd’hui toute son actualit ?. Que l’on pense seulement au r ?le des groupes ascriptifs comme les castes dans la mobilisation politique, ? la d ?finition des lieux de la comp ?tition politique et des instruments ? disposition des partis politiques pour poursuivre ses objectifs. Une telle ?tude pourrait ?tre reproduite - avec des ajustements (notamment l’introduction de la comp ?tition politique et des donn ?es contextuelles) et appliqu ?e aux organisations partisanes ayant ?merg ? et grandit depuis la fin de la domination du parti du Congr ?s.

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