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TSUNAMI

La sinistre qu?te de corps de Ramesh et Premanand, fossoyeurs b?n?voles

Friday 31 December 2004

Kechankuppam (Inde)

A eux deux, Premanand et Ramesh, fossoyeurs volontaires, ont enterr? les corps de 150 victimes du village de p?cheurs de Kechankuppam, dans le district de Nagapattinam (sud-est), une des r?gions d’Inde les plus sinistr?es par les tsunamis de dimanche.

D’ordinaire, ils sont respectivement dipl?m?s d’?conomie et chercheur en intelligence artificielle. Mais depuis les raz-de-mar?e, ils sont venus avec cinq autres b?n?voles de l’association Anand Marg pour enterrer au plus vite les morts de ce district, le plus touch? de l’Etat de Tamil Nadu, avec pr?s de 4.400 morts officiellement recens?s.

"On m?dite beaucoup. Parfois pendant des heures. C’est l? que nous trouvons notre force", dit Premanand, dont l’organisation est c?l?bre en Inde pour prendre en charge des corps que personne n’ose approcher. "On peut dire que c’est notre sp?cialit?", dit Premanand avant d’ajouter: "Mais nous nous occupons aussi d’?coles et d’h?pitaux".

"Nous ne ressentons rien. Rien ne nous paralyse, rien ne nous d?range. C’est juste un travail clinique que quelqu’un doit faire", poursuit Ramesh qui semble se contredire imm?diatement: "Ce sont nos propres fr?res et soeurs".

Des milliers de corps ont d?j? ?t? incin?r?s dans le district. Mais ? Kechankuppam, cinq jours apr?s les vagues meurtri?res, la mer continue de charrier des cadavres sur la c?te. D’autres corps sont dissimul?s sous des amas de gravats.

Alors toute la journ?e, Premanand, Ramesh et leurs compagnons partent en qu?te de d?pouilles, en jeep, en se munissant de gants chirurgicaux, d’eau conditionn?e et de quelques m?dicaments.

Tout pr?s de Kechankuppam, un autre village de p?cheurs, Akkrapattai offre un visage de fin du monde quand l’?quipe y entre. Tandis que les tractopelles d?blaient les ruines laiss?es par les tsunamis, des dizaines de sauveteurs d?gagent les d?combres non loin de cadavres de chats, de ch?vres et de chiens.

Un habitant interpelle les fossoyeurs et les guide vers une maison: "L?-bas, l?-bas, de ce c?t?, allez l?-bas, il y a des corps". Premanand entre dans ce qui fut sans doute une chambre et d’o? s’?chappe une puanteur naus?abonde: "Il y a une femme ici. Br?lons-l? ici. On ne peut pas la sortir", crie Premanand.

"Non, non, sors-l? o? on va mettre le feu partout. Son enfant est dans la cour. Il faut le prendre lui aussi", r?pond Ramesh. Difficilement, le corps gonfl? d’eau de la femme est sorti par les chevilles, bient?t rejoint par celui du jeune gar?on. Le cadavre d’une autre femme est ?galement amen? d’une maison voisine.

Les trois sont empil?s et recouverts de feuilles de cocotiers qui servaient de toitures aux maisons. Il faut ?loigner des vautours, qui commencent ? se faire pressants. Quelqu’un demande ? ce qu’on apporte de l’essence.

Une bouteille est trouv?e dans les ruines mais elle n’est pas suffisante. Une tentative d’embrasement est faite avec une poign?e de brindilles et un briquet. En vain. Il faut aller chercher de l’essence aupr?s de responsables install?s pr?s d’un pont voisin.

Les trois corps restent, abandonn?s. Premanand et son ?quipe n’ont pas le temps d’attendre. Ils reprennent leur route, et leur course contre le temps.

L’Etat du Tamil Nadu, auquel appartient le district de Nagapattinam, est, avec 6.202 morts, le plus touch? d’Inde continentale (7.336 morts). Dans les ?les d’Andaman et Nicobar, ? 1.000 kilom?tres ? l’est des c?tes indiennes, le gouvernement f?d?ral a fait ?tat de 712 morts et de 3.000 disparus.

(AFP)

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