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L’internationalisation du Japon

dimanche 1er juin 2003, par VERNIERS*Gilles

Depuis l’éclatement de la bulle financière en 92, le Japon connaît une période de récession que les différentes vagues de réformes des gouvernements successifs n’ont pu enrayer. La crise asiatique de 97-98, l’étranglement du secteur bancaire, le poids de la dette, la grave crise de confiance et la baisse de consommation qui en résulte contribue à mettre à mal la légitimité des autorités politiques.

Si le Japon reste présent sur les marchés internationaux dans certains secteurs de pointe, c’est l’ensemble de l ’économie qui ralentit et c’est vers la politique que se concentrent les ressentiments des citoyens.

Dans ce contexte de morosité, le Japon entend jouer la carte de l’extérieur et cherche à s’affirmer sur la scène internationale, changeant ainsi la politique qu’elle avait menée jusque là. On assiste à un double mouvement :

• Participation, parfois symbolique, à la vie internationale (jeux d’hiver de Nagano, tenue de la conférence ONU sur le réchauffement climatique de Kyoto, le présidence du G7 2000, etc.)

• Préparation de l’autonomie du Japon avec une nouvelle politique de défense

3 volets sont à prendre en compte : la situation économique intérieure du Japon, l’évolution stratégique de la région et l’évolution des rapports avec les États-Unis. La situation économique contribue à expliquer l’actuel élan internationaliste du Japon, élan rendu nécessaire par l’évolution du paysage asiatique (montée de la Chine et prise de distance avec les États-Unis).

Nous verrons ensuite que cet internationalisme s’échoue sur une série d’écueils, posés par la États-Unis et par la Chine, qui ne sont pas prêt d’accepter de voir émerger une nouvelle puissance militaire dans la région pour des raisons à la fois historiques et relavant de la géostratégie.

I) les raisons de l’internationalisme

I.1) La situation économique interne

• Situation du secteur bancaire et des finances publiques aggravées. A l’heure actuelle, la dette publique s’élève à 130% du PNB ;

• Échecs des plans de relance Obuchi (injection de fonds massifs) et Mori (austérité monétaire) ;

• Malchance conjoncturelle : baisse du « .com » aux États-Unis et baisses des exportations électroniques japonaises (à elles seules 3% du PIB nippon) ;

• Baisse générale des exportations ;

• Accroissement du déficit public (injection de capitaux pour soutenir le secteur bancaire, mesures d’accompagnements du chômage en augmentation, capacité de crédit des banques réduite avec un impact sur les investissements des entreprises) ;

• Baisse de consommation des ménages ;

• Crise de légitimité politique et crise sociale

I.2) L’évolution du paysage asiatique

L’évolution des rapports de force entre les différents acteurs pousse le japon à vouloir accroître son autonomie en matière de défense, par la formulation d’une politique de prévention et une volonté de contribuer de manière plus active à la sécurité régionale. En témoigne le traité bilatéral de libre-échange et de coopération militaire avec Singapour, dans le cadre de la lutte contre la piraterie et la protection des voies maritimes (enjeu stratégique vital pour le Japon).

On assiste au Japon à une relance du débat sur la menace chinoise, face à la montée en puissance de cette dernière, qui profite, au niveau commercial, de l’instabilité des démocraties d’Asie du Sud-Est :

• Modernisation de son armée ;

• Explosion de son budget défense ;

• Avancée d la marine chinoise dans la ZES (zone économique spéciale) du Japon ;

• Multiplication des actes de pirateries

Les relations sino-japonaises n’ont jamais été simple, et les récent développements de celles-ci n’ont en rien arrangé les choses : Échec de la visite de Jiang Zemin en 98 , visite controversée de Junichiro Koizumi au temple Yazukuni, l’affaire des manuels scolaires ou encore les mauvais traitements persistant des hommes d’affaire japonais en Chine.

Le rapprochement des 2 Corée pourrait signifier un retrait américain de la zone, ce qui conférerait plus de responsabilités au Japon. De plus, le partenariat global conclut avec L’Inde confirme cette volonté de contrecarrer la Chine.

I.3) L’évolution des rapports avec les États-Unis

Le Japon est conscient de la prise de distance des États-Unis à son égard, États-Unis qui entendent devenir un arbitre partial en Asie plutôt qu’un allié inconditionnel de certains pays comme le Japon ou la Corée du sud. Le flirt entre l’administration Clinton et la Chine a été également une source d’inquiétude pour les Japonais (États-Unis qui ne s’étaient même pas prononcé sur l’affaire du missile nord-coréen qui avait survolé le territoire japonais avant de s’abîmer dans la mer).

La présence militaire américaine au Japon est elle-même contestée (suite, entre autres, aux affaires de viols de jeunes filles d’Okinawa), ce qui n’a pas empêché un renforcement des liens de sécurité entre les deux pays, notamment au cours du conflit afghan (révision de la disposition n°7 de la Constitution japonaise, disposition limitant les capacités militaires du Japon à la prévention et l’autodéfense).

Toutefois, il ne faut pas oublier que le Japon reste le premier partenaire stratégique des USA (accord sur la coopération technologique en vue du projet TMD) et que ceux-ci entendent garder un pied ferme dans la région.

II) écueils de cet internationalisme

Les autres acteurs de la scène internationale asiatique ne sont pas prêt à accepter une remilitarisation du Japon (Japon de fait déjà remilitariser mais ne sachant que faire de ses armes).

Les États-Unis ne veulent pas d’un concurrent politique de plus dans la région et entendent garder le Japon dans son giron sécuritaire via le projet TMD (remis à l’agenda après le 11 septembre).

Il en va de même pour la Corée, où les Américains freinent le processus de rapprochement des deux frères. De plus, les relations sino-américaines n’étant plus au beau fixe (affaire de l’EP3, augmentation de la répression politique, position anti-NMD de la Chine qui se rapproche de la Russie, accroissement du déficit commercial dans leurs échanges bilatéraux en défaveurs des américains, etc.), l’administration Bush renoue les contacts avec le japon.

La Chine, qui nourrit des relations conflictuelles ataviques avec son voisin, brandit le drapeau de la menace du militarisme japonais (avec qui elle a été en guerre pendant 14 ans).

A cette attitude chinoise, deux interprétations possibles :

• Difficultés relationnelles traditionnelles (poids de l’histoire) ;

• moyen pour la Chine d’occulter sa propre montée en puissance jeu de dupe)

En définitive, l’action internationale du Japon semble devoir, pour les raisons citées ci-dessus, rester cantonnée à des expressions plus symboliques qu’affirmatives de sa puissance.

Le Japon verra sans doute sa responsabilité et sa part d’action accrue pour le maintien de l’équilibre des forces de la région (en matière de lutte contre la piraterie par exemple) mais sera sans doute écartée par les grandes puissances politiques de la région des grandes questions de sécurité générale et devra se contenter de son rôle d’équilibreur économique.

De plus, il n’est pas certain que le Japon veuille réellement s’attribuer ce rôle de puissance politique. Un regain de la croissance et un redressement de l’économie japonaise permettrait de vérifier si cet internationalisme n’aura été qu’un faux-semblant des politiques en difficultés sur e plan interne.

On ne peut néanmoins préjuger de l’avenir, la vie asiatique étant sensible aux variations de température des relations entre les différents acteurs et en particulier aux attitudes de la première puissance de la région, les États-Unis.

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