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D?nonc?e comme "?trang?re", Sonia Gandhi renonce ? diriger l’Inde

Fran?oise Chipaux

Saturday 19 June 2004, by CHIPAUX*Fran?oise

Malgr? les supplications des d?put?s du Congr?s, l’h?riti?re de la dynastie Nehru-Gandhi a mis, mardi, un terme aux espoirs de ses fid?les. Evoquant sa "voix int?rieure", elle a indiqu? qu’elle restera toutefois ? la t?te du parti, apr?s sa victoire du 13 mai aux ?lections l?gislatives.

New Delhi de notre correspondante en Asie du sud

"Si vous avez confiance en moi, permettez-moi de prendre ma d?cision". Apr?s avoir ?cout?, deux heures et demi durant, des dizaines de d?put?s du parti du Congr?s se succ?der pour l’implorer, la supplier de reconsid?rer son refus d’?tre premier ministre, c’est par ces mots que Sonia Gandhi, h?riti?re de la plus grande dynastie politique de l’Inde contemporaine, a mis, mardi 18 mai, un terme aux espoirs de ses fid?les.

Dans sa br?ve d?claration, constamment interrompue par des cris de "Vive Sonia Gandhi", elle a annonc? officiellement aux d?put?s du parti qu’elle renon?ait au poste de premier ministre. Mme Gandhi avait ?t? ?lue, samedi 15 mai, chef du groupe parlementaire du Congr?s arriv? en t?te aux ?lections. Elle a soulign? que "le poste de premier ministre n’a jamais ?t? mon but. J’avais toujours d?cid? que, si un jour je me trouvais dans la position o? je suis aujourd’hui, je suivrais ma voix int?rieure. Aujourd’hui cette voix me dit que je dois humblement refuser ce poste", a-t-elle dit en lisant, visiblement tr?s ?mue, un texte pr?par? ? l’avance.

En r?f?rence aux nationalistes hindous du Parti du peuple indien (BJP), s?v?rement battus aux ?lections et qui ont engag? une violente campagne contre l’origine italienne de Mme Gandhi, elle a continu? : "Mon objectif a toujours ?t? de prot?ger les fondements la?ques de notre nation. Nous avons men? avec succ?s une bataille, mais nous n’avons pas gagn? la guerre. C’est une lutte longue et ardue, et je la poursuivrai avec une d?termination totale" a-t-elle ajout?. "Je vous demande de comprendre la force de ma conviction. Je vous demande d’accepter ma d?cision et de reconna?tre que je ne changerai pas" a-t-elle conclu, soulignant que la priorit? "en ce moment critique ?tait de donner ? l’Inde un gouvernement la?c, fort et stable".

Est-ce la crainte de ne pas ?tre en mesure de diriger un tel gouvernement qui a fait reculer Mme Gandhi ? Plusieurs raisons expliquent sans doute le choix de cette femme qui n’a jamais cach? son aversion pour la politique. Les diatribes lanc?es par des dirigeants du BJP contre "une ?trang?re" ? la t?te de l’Inde, la d?cision de l’Alliance d?mocratique nationale (au pouvoir jusqu’aux r?centes ?lections, autour du BJP) de boycotter la s?ance d’investiture du premier ministre s’il s’agissait de Mme Gandhi, ont tr?s certainement bless? cette femme qui se veut et se sent indienne.

Plus politiquement, Mme Gandhi aurait aussi laiss? entendre qu’elle ne voulait pas diviser le pays et que la dynastie Nehru-Gandhi, qui avait toujours ?t? un symbole d’union, ne serait pas un facteur de division. Sonia Gandhi ne voulait pas non plus d?tourner la nation de ce qu’elle consid?re comme une lutte pour la fid?lit? ? son h?ritage - le maintien d’une Inde la?que et plurielle - en donnant l’occasion au BJP de rassembler sur la mise en cause de son origine italienne.

LA FORCE DE L’OMBRE

Sonia Gandhi conna?t, d’autre part, trop bien la classe politique et ses dessous pour ignorer qu’au sein m?me de son parti et chez ses alli?s (dont certains avaient rompu avec le Congr?s sur ce th?me), son origine ?trang?re restait un probl?me. N’avait-elle pas demand? lundi ? un dirigeant communiste si le refus du parti de participer au gouvernement ?tait li? au fait qu’elle n’?tait indienne que depuis 1984 ?

Or, le refus des deux partis communistes (63 si?ges) de participer directement au gouvernement, en se contentant de le soutenir de l’ext?rieur fait peser des doutes sur la stabilit? du cabinet. Le Congr?s, qui va diriger pour la premi?re fois de son histoire au niveau f?d?ral un gouvernement de coalition, se doit de prouver qu’il peut relever ce d?fi, comme l’a fait le BJP. Mme Gandhi a peut-?tre estim? que les chances de succ?s ?taient plus grandes si elle restait dans l’ombre.

Enfin, selon M. Jyoti Basu, du bureau politique du Parti communiste indien-marxiste (PCI-M), les deux enfants de Mme Gandhi, Rahul, 34 ans, r?cemment ?lu d?put? dans la circonscription familiale d’Amethi, et Priyanka, 32 ans, ne souhaitaient pas que leur m?re devienne premier ministre. "Rahul et Priyanka ont dit : Nous avons perdu notre p?re, nous ne voulons pas perdre notre m?re", a-t-il confi?. Sonia Gandhi est la veuve du premier ministre Rajiv Gandhi, assassin? le 21 mai 1991 par un commando suicide des Tigres tamouls du Sri Lanka. Tr?s ?mus, Rahul Gandhi et Priyanka Vadra se sont content?s de rendre hommage ? la d?cision de leur m?re. "Cela a ?t? tr?s ?mouvant pour nous. La d?cision n’a pas ?t? facile" a indiqu? Priyanka Vadra. "Les gens ont dit toutes sortes de choses sur elle. Mais la qualit? d’une personne se manifeste toujours et personne n’aurait jamais cru que quelqu’un pouvait refuser le poste de premier ministre. Je suis fier d’elle" a rench?ri Rahul.

Suivant le choix de Mme Gandhi, c’est le Dr Manmohan Singh, ministre des finances du dernier gouvernement congressiste de Narasimha Rao, qui devrait ?tre d?sign? premier ministre, mercredi 19 mai. Mais devant le refus des dirigeants du Congr?s d’accepter le retrait de Mme Gandhi, aucune annonce n’a ?t? faite. Apr?s avoir tent? sans succ?s, depuis lundi soir, de faire revenir Mme Gandhi sur sa d?cision, les dix-neuf partis alli?s du Congr?s ont toutefois accept? le choix de cette derni?re.

Les march?s financiers ont bien r?agi ? la probable nomination de M. Singh, l’artisan des r?formes et le p?re de l’ouverture ?conomique indienne en 1991. La Bourse de Bombay est repartie ? la hausse mardi, et mercredi ? l’ouverture, r?cup?rant la moiti? de ses pertes du krach de lundi. N? en 1932 ? Amritsar (?tat du Punjab), la ville sainte des Sikhs, M. Manmohan Singh deviendrait le premier Sikh ? acc?der ? la t?te du gouvernement, l’Inde ayant d?j? eu un pr?sident de confession sikh.

P.S.

La x?nophobie du BJP cr?e de tardifs remous

Les nationalistes hindous du Parti du peuple indien (BJP), qui avaient engag? une violente campagne contre la pr?sence au poste de premier ministre d’une "?trang?re" - Mme Gandhi est n?e italienne -, n’a pas officiellement r?agi au retrait de celle-ci, autrement que pour revenir sur la d?cision de boycotter la s?ance d’investiture du prochain premier ministre. Des tensions se sont toutefois fait jour au sein de l’Alliance d?mocratique nationale (NDA), qui occupait le pouvoir central jusqu’aux r?centes ?lections l?gislatives.

Le Telugu Desam Party, dans l’Etat d’Andhra Pradesh, et le Trinamul Congress, au Bengale Occidental, ont refus? d’endosser la campagne contre l’origine ?trang?re de Sonia Gandhi. Ancien ministre de la d?fense, George Fernandes a cependant affirm? que "l’origine ?trang?re de Mme Gandhi demeurerait un probl?me qui devait ?tre r?gl?". Le BJP veut faire passer une loi interdisant aux personnes d’origine ?trang?re de briguer les postes sup?rieurs de l’Union indienne. - (Corresp.)

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du mardi 19 mai 2004.

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