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PORTRAIT

Un ?conomiste sikh devient le nouveau premier ministre indien

Fran?oise Chipaux

Thursday 20 May 2004, by CHIPAUX*Fran?oise

Ministre de 1991 ? 1996, il a ?t? l’artisan de l’ouverture de l’?conomie indienne. Manmohan Singh, charg? de former le gouvernement apr?s le retrait de Sonia Gandhi, s’engage ? "poursuivre les r?formes".

New Delhi de notre correspondante en Asie du Sud

Nomm? officiellement, mercredi soir 19 mai, premier ministre de l’Inde par le pr?sident A. P. J. Abdul Kalam, le Dr Manmohan Singh, 71 ans, s’est, dans sa premi?re d?claration, engag? "? poursuivre les r?formes ?conomiques, mais avec un visage humain".

Architecte de ces r?formes, au poste de ministre des finances du dernier gouvernement dirig? par le Parti du Congr?s, entre 1991 et 1996, il avait commenc? ? ouvrir une ?conomie totalement centralis?e et brid?e par une bureaucratie tatillonne. M. Singh a notamment d?clar? : "Les politiques du nouveau gouvernement viseront ? promouvoir un d?veloppement ?conomique et social ?quilibr? ; nous pratiquerons une politique macro?conomique responsable qui mettra l’accent fortement sur l’agriculture, l’emploi et un filet social viable."

La nomination ? la t?te du gouvernement de ce bureaucrate modeste arriv? par son travail a ?t? quasi unanimement salu?e par les milieux d’affaires, qui vantent son exp?rience et sa d?termination ? faire bouger les choses. Chacun se souvient qu’en pr?sentant son premier vrai budget r?formiste, en 1994, il avait, citant Victor Hugo, martel? : "Aucun pouvoir sur Terre ne peut stopper une id?e dont le temps est venu." Il a r?cidiv?, jeudi, en ajoutant : "L’?mergence de l’Inde comme puissance ?conomique globale fait partie de ces id?es dont le temps est venu."

HONN?TET? L?GENDAIRE

Fils d’un modeste commer?ant en fruits secs, Manmohan Singh qui a pass? son enfance ? Amritsar, ville sainte des sikhs, au Pendjab, a ?tudi? ? Cambridge et ? Oxford et fait sa th?se de doctorat sur les exportations indiennes. D’abord professeur d’?conomie ? l’universit? du Pendjab, il enseigne ensuite ? la Delhi School of Economics avant de rentrer dans l’administration o? il occupe diverses fonctions jusqu’? celles de gouverneur de la Banque centrale, entre 1982 et 1985.

Dans un pays o? la corruption de la bureaucratie est la norme, son honn?tet? l?gendaire est connue de tous. Vraie ou fausse, l’histoire veut que, appel?, en 1991, ? d?valuer la roupie pour stimuler les exportations, il ait demand? ? l’ONU, o? il avait travaill? entre 1966 et 1969, que sa pension continue de lui ?tre pay?e ? l’ancien taux, pour ne pas b?n?ficier d’une d?cision qu’il avait prise.

"Honn?te au-del? de toute imagination", affirme un de ses amis, M. Singh est aussi rest? simple. Il conduit lui m?me sa Maruti (voiture indienne de base) pour se rendre au Parlement, o? il ?tait jusqu’? maintenant chef de l’opposition au S?nat. Car, bizarrement, il n’a jamais gagn? une ?lection. En 1999, il avait ?t? battu ? New Delhi. Il est aussi r?put? pour une qualit? tr?s rare chez les politiciens indiens : il est ponctuel.

Si l’Inde a d?j? eu un pr?sident de confession sikh, c’est la premi?re fois qu’un sikh acc?de ? la t?te du gouvernement. Venant de la part d’un Parti du Congr?s tenu par beaucoup de sikhs de Delhi comme responsable des ?meutes meurtri?res contre leur communaut? qui avaient suivi, en novembre 1984 l’assassinat d’Indira Gandhi par un membre de sa garde, lui-m?me sikh, la nomination de M. Singh a ?t? bien accueillie par ses coreligionnaires. Ceux-ci n’ont ni oubli? ni pardonn?. D’autant plus qu’aucun coupable n’a jamais ?t? jug? et que des dirigeants congressistes, alors tr?s m?l?s ? cette affaire, occupent toujours des fonctions en vue, certains ayant m?me ?t? ?lus d?put?s.

Homme de confiance de Sonia Gandhi, il est aussi "acceptable" pour les hi?rarques du Parti du Congr?s, en lutte permanente pour le pouvoir, parce qu’il ne dispose pas d’une base politique. M. Singh n’a jamais, d’autre part, fait montre d’ambition politique.

DEMANDES CONTRADICTOIRES

Le Dr Singh, qui va retrouver une ?conomie en bien meilleur ?tat qu’en 1991, avec un taux de croissance qui devrait tourner autour de 8 % en 2004 et des r?serves en devises de plus de 100 milliards de dollars (83,3 milliards d’euros), va toutefois devoir g?rer les demandes contradictoires d’une vingtaine d’alli?s. Soutien indispensable du gouvernement de coalition, les communistes ont d?j? rendu publique une impressionnante liste de demandes de r?formes, dont certaines, si elles ?taient adopt?es, am?neraient l’Inde ? revenir sur ses engagements vis-?-vis de l’OMC.

M. Singh va certainement suivre de tr?s pr?s l’?laboration du Programme minimum commun que l’Alliance progressiste unie qu’il va diriger cherche ? mettre au point. Outre l’?conomie, M. Singh a fix? ? son gouvernement deux autres priorit?s. Sur le plan int?rieur, le maintien "de l’unit? et de la paix entre les communaut?s. Le Gujarat -massacre d’environ 2 000 musulmans, en f?vrier 2002, dans cet Etat de l’ouest de l’Inde) et 1984 -r?f?rence aux ?meutes contre les sikhs- ne se produiront plus jamais", a-t-il dit. Sur le plan ext?rieur, la paix avec le Pakistan sera la priorit?. "Nous devons trouver les moyens de r?soudre tous les probl?mes avec le Pakistan. Nous devons regarder le futur avec espoir." Ironie et symbole de l’histoire mouvement?e de la r?gion, M. Singh est n? ? Gah, aujourd’hui au Pakistan, alors que le pr?sident pakistanais, le g?n?ral Pervez Moucharraf est, lui, n? ? Delhi...

P.S.

Le choix de Sonia Gandhi

C’est une Sonia Gandhi souriante et comme soulag?e qui est apparue, mercredi soir 19 mai, aux c?t?s du nouveau premier ministre indien, Manmohan Singh. Admettant que les ?normes pressions de ces derniers jours pour la faire revenir sur sa d?cision de renoncer au poste de premier ministre l’avaient quelque peu "d?prim?e", Mme Gandhi a affirm? que le gouvernement "serait en de bonnes mains avec M. Singh". Le Dr Singh est le choix de Mme Gandhi, qui l’a fait ent?riner par les parlementaires du Parti du Congr?s. A ces derniers et aux militants, toujours ?branl?s par son retrait, Mme Gandhi a fermement assur? : "Je ne vais nulle part. Je reste totalement en politique. Je continuerai comme pr?sidente du Congr?s aussi longtemps que vous le voudrez." La prestation de serment du nouveau gouvernement pourrait intervenir samedi 22 mai. Elle ne pouvait, en effet, pas ?tre organis?e vendredi, jour du treizi?me anniversaire de l’assassinat, dans le sud de l’Inde, le 21 mai 1991, du mari de Sonia Gandhi, Rajiv Gandhi. - (Corresp.)

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du jeudi 20 mai 2004.

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