Debating India
Home page > Public directory > Indian Politics > Sangh Parivar / Hindu Nationalism > Communalism > Ayodhya > Un gouvernement qui n’a plus de la?c que le nom

AYODHYA

Un gouvernement qui n’a plus de la?c que le nom

Swami Agnivesh, Valson Thampu

Thursday 21 March 2002, by AGNIVESH*Swami , THAMPU*Valson

Article paru dans le Courrier International, ?dition du 21 mars 2002.

Le parti hindouiste au pouvoir a r?ussi ? contr?ler les foules qui se manifestaient ? Ayodhya pour la construction d’un temple d?di? ? Rama. Mais il ne s’en est pas suffisamment d?marqu? pour rester cr?dible.

Le message d?livr? par les r?cents ?v?nements d’Ayodhya est on ne peut plus clair : le gouvernement peut, s’il le veut, ma?triser les fauteurs de troubles qui envahissent nos rues et nos lieux sacr?s avec un m?pris flagrant pour la loi. Ayodhya 2002 remet Ayodhya 1992 en perspective et emp?che d?sormais les acteurs de l’?poque d’invoquer leur impuissance face ? la ferveur populaire. [En d?cembre 1992, les extr?mistes hindous avaient d?truit la mosqu?e d’Ayodhya, avec l’intention de construire ? la place un temple d?di? au dieu Rama. Les ?meutes qui avaient suivi avaient fait 2 000 morts. La Cour supr?me ayant interdit toute c?r?monie sur le site m?me, le 15 mars, une c?r?monie pour la construction du temple a bien eu lieu, mais en dehors du site, et sous haute surveillance polici?re.]

Il est aujourd’hui manifeste que rien n’avait ?t? fait en 1992 pour prot?ger la mosqu?e. Et le carnage du Gujarat appara?t comme ce qu’il est. [D?but mars, plus de 700 personnes, en majorit? des musulmans, ont ?t? tu?es dans des ?meutes interconfessionnelles. Le 27 f?vrier, un train de p?lerins hindous avait ?t? incendi? par des islamistes, faisant pr?s de 60 victimes.] La bonne nouvelle, c’est qu’? Ayodhya comme ailleurs la population en a assez des invectives politiques que ce non-probl?me provoque p?riodiquement. Les gens de Faizabad, un district qui compte quelque 6 000 temples, sont compl?tement indiff?rents ? la question du temple d?di? ? Rama, fait qui a largement contribu? ? la chute du VHP [le parti ultranationaliste hindou qui est ? l’origine du projet de construction]. Et les r?actions ne sont pas diff?rentes dans le reste du pays. Les volontaires hindouistes ont pris conscience d’avoir ?t? manipul?s comme des pions dans un jeu politique.

La politique communautariste [au sens des communaut?s religieuses] et le fondamentalisme religieux emp?chent in?vitablement le d?veloppement d’un Etat-nation et aggravent la mis?re de son peuple. Si les chefs fondamentalistes prosp?rent, le peuple y perd gros. Le mouvement en faveur de la construction du temple a permis ? L. K. Advani [ultranationaliste] de devenir ministre de l’Int?rieur, ? des individus comme Ashok Singhal [l’un des chefs du VHP] d’attirer sur lui tous les projecteurs et ? Ramchandra Paramhans [leader du mouvement pour la construction du temple] de se retrouver au centre de l’attention des m?dias internationaux durant quelques jours.

Il est incroyable que le Bharatiya Janata Party [BJP, parti nationaliste hindou, au pouvoir ? New Delhi] refuse de lire le message qu’indiquent ses revers ?lectoraux successifs. Dans plusieurs Etats, les ?lecteurs rejettent sa politique communautariste et son cort?ge de violence, de corruption et d’inefficacit?. On aurait pu penser que les r?sultats de l’Uttar Pradesh allaient tirer brutalement le parti de son aveuglement d?lib?r? [le BJP y a perdu la majorit? aux ?lections de f?vrier]. Cela ne semble pas ?tre le cas.

Loin d’agir en gouvernement la?c*, le pouvoir central s’est couvert de honte - et, avec lui, la nation enti?re - par sa gestion du d?fi communautariste ? Ayodhya. Le respect de la loi exigeait que l’on manifest?t de la fermet? ? l’?gard du VHP, qui avait annonc? son intention de d?fier les arr?ts de la Cour supr?me, en particulier le 14 mars. Comment un Etat central qui se pr?tend la?c peut-il justifier qu’un haut fonctionnaire re?oive de Ramchandra Paramhans un pilier sculpt? destin? ? ?tre utilis? dans la construction d’un temple sur le site [de la mosqu?e d?truite en 1992] alors que l’affaire est encore devant les tribunaux ?

Il ne peut y avoir qu’une interpr?tation ? cet incident on ne peut plus regrettable, celle que donne le porte-parole du VHP : cela prouve, selon lui, que le gouvernement reconna?t comme fond? le droit de construire un temple sur ces lieux. Peut-on qualifier ces agissements d’outrage ? magistrat au sens juridique du terme ? Quoi qu’il en soit, il s’agit probablement d’un stratag?me qui vise ? orienter les d?cisions de la Cour dans une certaine direction et qui ruine les pr?tentions du gouvernement Vajpayee ? jouer les m?diateurs entre les deux parties en conflit.

L’ironie de la chose, c’est que le bl?me de cette situation d?solante retombera sur ses alli?s plut?t que sur le BJP lui-m?me, et ce pour une raison simple : le temple a ?t? son seul argument politique, et il est donc compr?hensible qu’il prenne des risques calcul?s ? ce sujet. La situation est bien diff?rente pour ses partenaires de la coalition gouvernementale, qui ont ?t? men?s en bateau (ce qui est une ?vidence m?me pour eux). Peu importent leurs objections, le fait est que leur cr?dibilit? en mati?re de la?cit? est aujourd’hui en miettes.

L’?lecteur indien n’est plus na?f ni mal inform?. Il ne se laissera plus influencer par les sir?nes communautaristes, par les gadgets politiques ou par les loyaut?s id?ologiques. Les gens aujourd’hui veulent que leur vie s’am?liore. Et c’est l? que le BJP, bien qu’ayant ?pous? avec z?le la cause de la mondialisation, s’est fait le plus de mal ? lui-m?me. Dans ses deux derniers budgets, le parti a trahi la classe moyenne et orient? l’?conomie en faveur de l’?lite du monde des affaires. Ce choix fait peser un tel fardeau sur les gens ordinaires que, m?me en se faisant le champion de milliers de temples, le BJP n’?vacuera pas la frustration de la population.

P.S.

* La notion de "s?cularisme" (synonyme de la?cisme) est employ?e en Inde pour signifier la reconnaissance et le respect de toutes les religions, sans aller jusqu’? la notion fran?aise de s?paration de l’Eglise et de l’Etat.

SPIP | template | | Site Map | Follow-up of the site's activity RSS 2.0