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La perp?tuation d’une dynastie li?e au destin de l’Inde moderne

Vanessa Dougnac

Friday 14 May 2004, by DOUGNAC*Vanessa

Veuve du petit-fils de Nehru, l’Italienne d’origine a relev? un d?fi qui semblait pourtant impossible.

Qui, mieux que les Gandhi, repr?sente une dynastie li?e au destin de l’Inde? Sous les couleurs du parti du Congr?s, qui pr?ne les valeurs socialistes d’une Inde plurielle, la famille Gandhi a cumul? quarante-cinq ans de pouvoir et produit trois premiers ministres: Jawaharlal Nehru, sa fille Indira Gandhi, qui elle-m?me d?signa son propre fils, Rajiv.

Aujourd’hui, tous les yeux se tournent vers Sonia Gandhi, 57 ans, ?pouse du d?funt Rajiv, qui a su mener le Congr?s ? la victoire ?lectorale, pousser le premier ministre en place, Attal Behari Vajpayee, ? d?missionner, et qui, d?sormais, pourrait bien diriger la plus grande d?mocratie du monde.

Le d?fi semblait pourtant impossible. Attaqu?e par ses adversaires pour ses origines italiennes, r?guli?rement critiqu?e par la presse pour son manque de charisme, Sonia dirigeait un parti dynastique que l’on disait d?cadent, vieillissant, min? par des guerres intestines et handicap? par son absence de vision. Il est vrai que le personnage de Sonia Gandhi reste une ?nigme. N’accordant que peu d’interviews, pr?parant avec soin la moindre de ses d?clarations, Sonia Gandhi ne laisse rien au hasard, et, du coup, d?gage un manque de naturel que ses adversaires ont utilis? ? loisir pour d?nigrer ses comp?tences politiques. Apr?s avoir opt? pour la nationalit? indienne en 1984, Sonia a pourtant pris soin de se rapprocher de l’hindouisme, d’apprendre le hindi, et d’effacer tous les signes occidentaux de son apparence, allant jusqu’? imiter le style oratoire de sa belle-m?re, Indira Gandhi.

M?thodique, infatigable

M?thodique et appliqu?e, sa campagne a finalement fait la diff?rence. A commencer par son discours: Sonia Gandhi a constamment soulign? que le boom ?conomique de l’Inde, dont se flattaient le premier ministre sortant et ses alli?s, ?tait une insulte pour les 250 millions d’Indiens qui vivent sous le seuil de pauvret?. Infatigable, elle a parcouru tous les Etats de l’Union indienne. A chaque meeting, elle rappelait que le mandat de M. Vajpayee, associ? ? son parti nationaliste hindou, le BJP, ?tait entach? par les massacres anti-musulmans du Gujarat de 2001. Et de r?affirmer, dans un discours ?galitaire et tol?rant, la philosophie du parti du Congr?s, d?fenseur de toutes les identit?s religieuses. Jouant la carte dynastique, elle a enfin lanc? dans l’ar?ne politique ses deux populaires rejetons, Rahul, 33 ans, ?lu d?put? au parlement indien, et Priyanka, 32 ans, qui s’est content?e de soutenir la campagne.

?La magie des Gandhi? a ressurgi comme par miracle, aupr?s d’un ?lectorat indien sensible ? la tradition familiale, gage du don de soi et de savoir-faire. Reste le vote f?minin, qui a ?t? un facteur crucial dans le succ?s du Congr?s. Car les Indiennes s’identifient ? l’extraordinaire destin de Sonia Gandhi, romanesque et dramatique. ?Tout ce que j’avais, je vous l’ai donn?. Mon joyau le plus pr?cieux ?tait mon mari, qui a donn? sa vie pour sa patrie. Je n’ai plus rien ? perdre?, a-t-elle d?clar? ? des foules ?mues.

Car sa vie, c’est l’aventure d’une petite Italienne de Turin, fille d’un entrepreneur en b?timent, qui, un jour de 1965, tomba amoureuse d’un jeune homme, dans un restaurant de Cambridge. Sonia, qui ne connaissait rien de l’Inde, venait de conqu?rir le c?ur de son h?ritier: Rajiv Gandhi, fils d’Indira et petit-fils de Nehru. Mari? trois ans plus tard, le couple s’installe ? New Delhi dans une vie sans histoire. A cette ?poque, Sanjay, le fr?re cadet de Rajiv, est destin? ? assumer la succession politique. Mais en 1980, il se tue dans un accident d’avion. En 1984, Indira est assassin?e par ses gardes du corps sikhs, et agonise dans les bras de Sonia. Rajiv devient premier ministre, avant d’?tre ? son tour tu? en 1991, dans un attentat- suicide des Tigres tamouls.

Endeuill?e pour la troisi?me fois, Sonia se mure alors dans le chagrin et le mutisme, et refuse obstin?ment de reprendre le flambeau du parti du Congr?s, qui, bient?t, vogue ? la d?rive. Il faudra attendre 1998, devant l’avanc?e du BJP, pour que Sonia accepte finalement la pr?sidence du parti pour sauver le legs familial. Pari gagn?.

P.S.

Article paru dans Le Temps, ?dition en ligne du vendredi 14 mai 2004.

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