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L’Afrique du Sud c?l?bre les dix ans de la fin de l’apartheid

Fabienne Pompey et Stephen Smith

Tuesday 27 April 2004, by POMPEY*Fabienne , SMITH*Stephen

Le 27 avril 1994, les premi?res ?lections libres en Afrique du Sud mettaient fin, pacifiquement, ? un demi-si?cle de r?gime d’apartheid et de discrimination raciale. Dix ans plus tard, tout le pays s’appr?te ? c?l?brer ce nouveau "jour de la libert?". En pr?sence de repr?sentants de 119 pays et d’une quarantaine de chefs d’Etat, les c?r?monies officielles devaient s’accompagner, mardi, de f?tes populaires. Apr?s le triomphe ?lectoral de l’ANC, lors des ?lections du 14 avril, Thabo Mbeki devait ?tre officiellement investi pour un second mandat de pr?sident et pr?ciser, en pr?sence du "p?re de la lib?ration", Nelson Mandela, son programme pour les cinq ans ? venir. Le pays conna?t de nombreuses difficult?s. Pr?s de la moiti? de la population vit avec moins de 2 dollars par jour et les in?galit?s sociales se creusent.

Pretoria de nos envoy?s sp?ciaux

L’anniversaire de la fin de l’apartheid co?ncide avec le d?but de son second mandat, "dix ans de libert? = dix ans d’ANC". Pour le pr?sident Thabo Mbeki, la tentation de graver dans le marbre de l’histoire l’?quation de son pouvoir a ?t? grande.

Il devait y succomber, mardi 27 avril, lors d’une c?r?monie fastueuse, mi-investiture de gala mi-f?te populaire, pour marquer sa r??lection et la premi?re d?cennie depuis l’abolition de la s?gr?gation raciale en Afrique du Sud.

Pour comm?morer le "miracle" sud-africain, les ?lections libres qui ont mis fin, le 27 avril 1994, le plus pacifiquement du monde, ? pr?s d’un demi-si?cle de discrimination institutionnalis?e, sinon ? trois si?cles et demi d’histoire coloniale, rien n’?tait trop beau ou trop grand. Apr?s neuf mois de pr?paration, la f?te, programm?e de l’aube au cr?puscule, devait ?tre grandiose.

Dans les jardins de la pr?sidence ? Pretoria, une sc?ne g?ante coiff?e d’un toit transparent, des gradins pour 6 000 h?tes de marque et des pelouses am?nag?es pour accueillir 40 000 spectateurs ont englouti 50 tonnes d’acier et 14 millions de dollars pour fournir le cadre ? un "?v?nement mondial" hors pair. Quelque 400 artistes, dont les Sud-Africains Miriam Makeba, Hugh Masekela et Vusi Mahlasela, devaient s’y produire devant les repr?sentants de 119 nations, dont une quarantaine de chefs d’Etat, une dizaine de premiers ministres, des t?tes couronn?es, de la princesse Astrid de Belgique au roi Mswati III du Swaziland.

DES IN?GALIT?S GRANDISSANTES

Pour la France, le nouveau chef de la diplomatie, Michel Barnier, et, parmi les "camarades" de la lutte anti-apartheid invit?s par Thabo Mbeki, la secr?taire nationale du PCF, Marie-George Buffet, devaient participer ? cette journ?e exceptionnelle. Il ?tait pr?vu que celle-ci d?bute par sa partie officielle, l’investiture du pr?sident sud-africain, r??lu par le Parlement ? la suite du triomphe - avec presque 70 % - de son parti, l’ANC, au scrutin l?gislatif du 14 avril.

Thabo Mbeki devait pr?ter serment, puis s’adresser ? la nation pour fixer les objectifs de son second et, aux termes de la Constitution, dernier mandat de cinq ans. D’avance, Thabo Mbeki s’?tait employ? ? calmer les attentes. "Les objectifs sont fix?s. il s’agit maintenant de les atteindre", avait-il r?p?t?.

Dans un climat propice ? l’auto-congratulation, en souvenir de l’union sacr?e qui avait permis de sortir de l’apartheid, peu de voix se sont ?lev?es pour questionner le bilan du premier quinquennat. Ce n’est qu’en filigrane, dans ses pages ?conomiques int?rieures, que la presse a cit? des chiffres inqui?tants : une croissance deux fois trop faible pour permettre de r?sorber les injustices du pass? ; des d?penses sociales qui ont augment? de 35 % depuis dix ans, alors que les dividendes vers?s aux actionnaires ?trangers ont quadrupl? pendant la m?me p?riode ; une moiti? de la population - 45 % - survivant avec moins de 2 dollars par jour ; une diminution du pouvoir d’achat des foyers noirs de 19 %, face ? une augmentation de 15 % pour les foyers blancs, m?me si ces chiffres masquent, des deux c?t?s, des in?galit?s grandissantes qui brouillent "l’apartheid social" ; enfin, une "?mancipation ?conomique des Noirs" qu’on r?sume comme "cappuccino deal" : de rares p?pites noires sur la cr?me blanche, pour faire semblant.

LA QUESTION DU ZIMBABWE

C’est depuis Londres, en voyage, que l’archev?que anglican Desmond Tutu a jou? le trouble-f?te en d?clarant, lundi sur la BBC, qu’il ?tait favorable au boycottage du r?gime de Robert Mugabe au Zimbabwe voisin, du moins pour ce qui ?tait des comp?titions sportives et "pour les m?mes raisons que du temps de l’apartheid". Retournant le couteau dans la plaie, il a ajout? : "Faisons donc ce que la plupart des Zimbabw?ens, surtout ceux qui souffrent, nous demandent de faire."

Apr?s s’?tre d?j? d?clar? favorable ? des poursuites judiciaires contre des responsables de l’ancien r?gime, en vue d’obtenir des r?parations pour les victimes de l’apartheid, le pr?lat, qui avait pr?sid? la commission V?rit? et R?conciliation, a ainsi marqu? une nouvelle dissidence par rapport ? Thabo Mbeki, hostile ? tout proc?s. Avec le Zimbabwe, il lui a rappel? le plus grand ?chec de son premier quinquennat, l’?quivalent, sur le plan ext?rieur, de son refus d’engager la lutte contre le sida en Afrique du Sud. Pendant ce temps, Robert Mugabe, arriv? d?s dimanche, ?tait log? dans une r?sidence d’Etat, deux h?tels cinq ?toiles ayant refus? de l’accueillir sous leur toit.

Le fait qu’aucun chef d’Etat occidental n’ait voulu se d?placer a ?t? interpr?t? par la plupart des commentateurs sud-africains comme un "signe de normalisation", un bon point pour le pouvoir en place. Moins consensuelles ont ?t? les gloses sur un chant - un motet - sp?cialement compos? ? la gloire de Thabo Mbeki et une "performance th??trale" d’une heure pour mettre en sc?ne les r?ussites des dix derni?res ann?es.

Si personne ne comptait bouder le requiem de l’apartheid, qui devait ?tre joyeusement retourn? dans sa tombe lors d’un "concert du peuple" dans un stade, un ?ditorialiste a cru d?celer une "dimension ?dipienne" des r?jouissances. En pr?sence de Nelson Mandela, le "p?re de la lib?ration", un Thabo Mbeki triomphalement r??lu aurait voulu marquer de son empreinte le dixi?me Freedom Day.

P.S.

Article paru dans Le Monde, ?dition en ligne du mardi 27 avril 2004.

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