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SOUDAN

?Une intensit? de barbarie inou?e?

Laure STEPHAN

Friday 23 April 2004, by STEPHAN*Laure

T?moignage d’une infirmi?re de M?decins sans fronti?res :

Travail humanitaire extr?mement difficile, politique de la terre br?l?e et situation alimentaire alarmante, Coralie Lechelle, infirmi?re, a pass? quatre mois au Darfour, de d?cembre ? mars dernier, avec la mission de M?decins sans fronti?res :

?En arrivant, en d?cembre, nous n’avions l’autorisation de nous rendre que dans les villes de Nyala et Zalingei. Au camp d’Intifada, dans la p?riph?rie de Nyala, il y avait pr?s de 8000 ou 9 000 d?plac?s, qui avaient fui leur village, certains dans la p?riph?rie proche, d’autres ? deux ou trois jours de marche, et qui recherchaient plus de s?curit?.

?Parmi les t?moignages des r?fugi?s, revenait tr?s souvent le nom de Mornay, comme un endroit o? s’?taient produites de nombreuses exactions. Apr?s une mission exploratoire avec un autre membre de la mission MSF et une ?quipe locale que nous avions constitu?e, nous nous sommes rendus ? Mornay. Un petit bourg d’environ 3 000 habitants o? s’?taient install?s d?but f?vrier quelque 50 000 d?plac?s. Tous les jours, durant la premi?re semaine de f?vrier, nous avons vu des afflux de population, venant d’une zone dans un rayon de 80 km autour de Mornay. Ils racontaient que leurs villages avaient ?t? br?l?s. Nous avons v?cu, ? ce moment-l?, une situation de "prison virtuelle" : les d?plac?s arriv?s ? Mornay avaient un besoin urgent de protection, alors qu’? l’ext?rieur les milices semaient la terreur et br?laient les villages, ?ventrant les sacs de nourriture, for?ant les gens ? fuir. En l’espace de dix jours, nous avons vu affluer des bless?s de guerre, principalement par balle. Nous avons install? un "h?pital de guerre" pour les soigner en urgence, faute d’avoir acc?s ? d’autres structures. Des hommes et des enfants qui essayaient de sortir de Mornay pour trouver de la nourriture ou nourrir les animaux ont ?t? bless?s, des femmes viol?es.

?Les d?plac?s parlent des milices arabes, les Jenjawids, avec terreur. Nous avons eu des attaques de Jenjawids, ? Mornay : ils tirent ? vue, volent des chevaux. Les militaires ne sont pas intervenus ? notre connaissance : quel poids ont-ils ? Ont-ils vraiment la volont? d’agir ? De temps en temps, des h?licopt?res arrivaient, mais on refusait toujours de nous donner des explications. Apr?s cet ?pisode de violence, les d?plac?s ont commenc? ? sortir du village par groupes de 40 ou 50 pour se prot?ger. A partir de ce moment-l?, nous avons pu effectuer des missions d’une journ?e hors de Mornay.

?Autour d’Al-Geneina, Krenik, Ciss?, tout est br?l?, vid?. Il y a toujours un ou deux Jenjawids qui montent la garde devant les villages br?l?s pour emp?cher les gens de revenir. Aujourd’hui, notre zone de travail a ?t? ?largie et nous avons re?u l’autorisation d’?tre plus nombreux, mais l’intervention des humanitaires reste extr?mement difficile. Nous avons assist? ? une violence et une intensit? de barbarie inou?e. Aujourd’hui, ce sont entre 70 000 et 80 000 d?plac?s qui ont trouv? refuge ? Mornay. Nous avons install? un syst?me de pompe ? eau, mais la quantit? fournie reste insuffisante. On a enterr? des cadavres d’animaux. A notre arriv?e, la situation alimentaire ?tait d?j? pr?occupante avec 10 % de malnutrition globale. Le Programme alimentaire mondial (PAM) a fait une seule distribution de nourriture d?but mars, pour quinze jours. Depuis, rien.?

?

P.S.

Article paru dans Lib?ration, ?dition en ligne du vendredi 23 avril 2004.

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